Dans le grand spectacle électoral, François Legault n'est jamais seul sur scène, toujours accompagné de sa conjointe Isabelle Brais, comme lundi, à Trois-Rivières.

Carnet campagne: nos journalistes sur la route (semaine 4)

Chaque samedi, nos journalistes racontent les faits marquants et des anecdotes de leur semaine à bord des caravanes des partis.
Dans l'autocar de la CAQ: viens voir les comédiens
On parle peu de culture dans la campagne de la Coalition avenir Québec (CAQ). À vrai dire, pas un mot sur ce secteur si ce n'est, en début de campagne, pour dire qu'un gouvernement caquiste rayerait de la carte le projet de Théâtre Le Diamant de Robert Lepage.
Pourtant, le théâtre a fait partie de l'imaginaire et du vocabulaire de la caravane qui suivait François Legault sur la route cette semaine.
Tout a commencé samedi en début de soirée. Une tuile s'abat sur la CAQ. Le Directeur général des élections venait de refuser 3 candidats de la CAQ sur 125. Dans le stationnement d'un resto de Québec où François Legault s'apprêtait à aller regarder le match du Canadien, il tente de banaliser. «Bonne nouvelle, on a 122 candidats», lance le chef. Vraiment? 
Le collègue du Devoir, Marco Bélair-Cirino, qui maîtrise l'art de poser des questions claires, avec une voix bien placée souligne qu'un tel rejet est plutôt étonnant pour un parti national.
Le contenu et le ton de la question, vaguement déclamée, font bondir M. Legault. «Mais vous faites des grands drames! Est-ce que vous êtes dans une pièce de théâtre?» s'exclame le chef caquiste.
«Vous écoutez trop Yves Desgagnés», ajoute-t-il à l'endroit des journalistes quelques secondes plus tard lorsque questionné sur l'image que cette décision donne de sa formation. Une pointe au metteur en scène et comédien qui accompagne Pauline Marois dans sa campagne électorale.
L'épisode a fait rigoler. Le théâtre est resté.
Plusieurs points de presse ont par la suite été ponctués d'autodérision entre M. Legault et les journalistes, s'accusant mutuellement de donner un peu «dans le théâtre».
Au-delà de l'anecdote, vrai que les parallèles sont nombreux entre une campagne électorale et le théâtre.
Les résultats d'un nouveau sondage négatifs ont quelque chose de shakespearien. «Être ou ne pas être un partisan de la troisième voie? Telle est la question», se demande sans doute François Legault par moments. 
Les bris mécaniques de l'autocar des médias télévisés ont aussi donné un petit côté vaudeville à la semaine.
Le théâtre, c'est aussi celui de François Legault, qui semble puiser son énergie comme un comédien qui donne tout pour jouer sa pièce même quand le nombre de billets vendus déçoit.
Et parfois, il y a le triomphe. Comme la performance du chef de la CAQ au débat des chefs de jeudi. Le deuxième après la «répétition générale» de la semaine précédente.
Plusieurs observateurs s'entendent pour dire que ce soir-là, François Legault a brûlé les planches.
Dans l'autocar du PLQ: le strip-tease du chef
Philippe Couillard ne repasse pas ses chemises. Jeune, il a déjà porté une coupe «afro»!
«Ça trahit mon âge», mais il aime Charlebois, Diane Dufresne, Jean Leloup et Harmonium, même s'il n'a pas encore écouté le dernier Serge Fiori. Et il a découvert tout récemment le reggae que sa garde rapprochée a proscrit à bord de l'autobus de campagne électorale. Il y a des limites à être chef.
On ne sait pas tout, mais on finit par en apprendre sur nos politiciens. Les scrutins les amènent sur toutes sortes de tribunes, y compris les «émissions de variétés». 
Demain soir, c'est Tout le monde en parle. Il y a fort à parier que lui mais aussi la première ministre sortante Pauline Marois se laisseront aller à quelques petites confidences.
L'ex-premier ministre Jacques Parizeau parlait de strip-tease au sujet de la plate-forme politique pour le Parti québécois qu'il dévoilait, petit bout par petit bout, avant d'en devenir chef. C'est maintenant les chefs qui se dévoilent sur la place publique.
Vous direz que c'est l'essence de la profession. À chaque jour que le Bon Dieu amène, un rassemblement avec ses partisans. En 2012, la psychose «carrés rouges» a soustrait Jean Charest à tout contact avec les manifestants.
À La Prairie, près de Montréal, M. Couillard s'y est hasardé avec des contestataires de sa modeste politique sur le logement social. Ça s'est relativement bien passé même s'il a poussé le bouchon un peu loin : «S'il y a un référendum, il n'y aura pas de logements.» «Ç'a pas rapport!» s'est-on écrié.
Philippe Couillard a décidé lui-même de rapetisser son petit espace pour la vie privée au nom de la «transparence». Faites comme moi, a-t-il mis au défi ses adversaires. Dévoilez votre déclaration d'impôts et, surtout, tous vos actifs. Bien sûr, c'est destiné à embarrasser Pauline Marois, dont le mari, Claude Blanchet, a réussi en affaires.
Mais on sait quand même que le libéral possède une maison à Saint-Félicien (242 000 $), qu'il détient plus de 200 000 $ en actions boursières, autant en REER et 144 000 $ dans une firme de consultation. L'émission Enquête a complété à son insu le portrait en dévoilant que dans les années 90, M. Couillard a déposé son salaire dans un paradis fiscal lorsqu'il a travaillé en Arabie Saoudite.
L'autre matin, il soufflait un vent glacial sur le Champ-de-Mars, près de l'hôtel de ville de Montréal. Le chef du Parti libéral du Québec est arrivé à son point de presse quotidien, nu-tête, il va de soi. L'image, la perception. À la Baie-James, en Gaspésie, sous toutes latitudes au Québec, les leaders politiques préfèrent que le froid leur fasse tomber leurs oreilles que de porter un... couvre-chef.
Donc, sur le Champ-de-Mars, un journaliste de Radio-Canada a noté, après vos finances personnelles, M. Couillard, je suis surpris que vous n'ayez pas pensé à dévoiler votre bilan de santé. Ça se fait bien dans d'autres pays.
À la blague, on pourrait avoir un bilan de santé physique, mais aussi mentale. Sourire amusé. «Si je suis malade, les gens le sauront.» Il va s'arrêter où, le strip-tease?
Dans l'autocar du PQ: guerre totale
Ils ont tous appuyé sur le bouton rouge. Les bombes ont plu. Aucun n'en sort indemne. 
La guerre de l'intégrité a été déclenchée la semaine dernière. Exactement quand et par qui? Difficile à dire. Mais la caravane péquiste, qui a foncé tête baissée dans la bataille, est loin d'avoir joué aux pacificateurs. 
Comme pour tous les conflits, on peut en retracer les germes. Avant le premier débat, Pauline Marois a bien laissé tomber quelques mots sur la «vieille équipe» libérale. Mais tout le monde a retenu ses coups sur le plateau de télévision. L'éléphant dans la pièce se préparait à barrir un grand coup. 
C'est le lendemain soir, à Québec, à l'Hôtel Clarion, devant une assemblée militante, que le candidat vedette Pierre Karl Péladeau a tiré les premières vraies salves. Des mots durs envers les libéraux. Des obsédés de l'asphalte qui promettent des bouts de route pour gagner les élections. Puis, sa chef en a rajouté une couche sur le bilan libéral en matière d'éthique : les garderies, la commission Bastarache, les dépassements de coûts, Tony Tomassi, le financement. Le Parti libéral du Québec (PLQ) est devenu son «seul adversaire». 
À entendre le peu d'enthousiasme des militants souverainistes lorsque Mme Marois lance qu'il n'est pas question d'un référendum - tant que les Québécois ne seront pas prêts -, pas étonnant que la chef péquiste cherche à déserter ce front. 
Mais ce soir-là, la gifle de Mme Marois à l'endroit de Québec solidaire et de Françoise David donnait déjà à penser que tout ne tournait pas si rond dans la campagne péquiste. L'abandon d'une visite dans chacune des régions aussi, alors que la chef péquiste disait en 2012 que c'était son «devoir». 
Depuis, la chef péquiste et ses candidats ont tourné le gradateur au maximum. Un vote pour le PLQ, ont-ils dit dans le Bas-du-Fleuve, équivaut à endosser le mensonge, la magouille, la corruption, le copinage. Quitte à prêter flanc aux questions d'éthique et d'intégrité sur le Parti québécois (PQ) dont Mme Marois vante la «feuille de route impeccable» malgré le rapport Moisan. Quitte aussi à devoir faire l'aveu embarrassant de son «raccourci» dans le cas de Tony Tomassi, qu'elle cite à répétition, mais dont elle se trompait sur les accusations criminelles. 
Comme en temps de guerre, le message devient crucial. Depuis quelques jours, des histoires en provenance de sources anonymes tombent dans les boîtes courriel de journalistes. À propos de l'un ou de l'autre. Parfois invraisemblables. Toujours difficiles à vérifier. 
Très présent sur les réseaux sociaux, le personnel politique tente de mettre en lumière les contradictions chez l'adversaire. Un spin doctor du PQ a inondé la boîte courriel des journalistes de l'autobus pendant le dernier débat : «Couillard est sonné», «Couillard est clairement sur la défensive», etc. 
La dernière étape de la campagne s'engage avec deux partis qui peuvent légitimement croire en leurs chances d'être au pouvoir. L'armistice ne sera pas signé avant le 8 avril.