Le chanteur Glenn Hughes (au centre), en compagnie du batteur Jason Bonham et du guitariste Andrew Watt, complices de California Breed.

California Breed: les neuf vies de Glenn Hughes

California Breed, c'est trois générations de musiciens au service d'un rock lourd teinté de soul: l'ancien Deep Purple Glenn Hughes, au chant et à la basse, l'héritier de Led Zeppelin à la batterie, Jason Bonham, et le petit dernier, Andrew Watt, à la six-cordes. Les trois hommes viennent de pondre un solide album, éponyme, l'occasion de faire le point sur la fascinante carrière du leader, Glenn Hughes.
«Dis-moi bien franchement, Nick, quand tu écoutes l'album, tu peux me dire quel gars a 62 ans et lequel en a 23?» interroge Hughes.
La réponse est non. Il règne une indéniable complicité au sein du nouveau trio. Bonham fait vibrer ses fûts avec puissance, le jeune Watt affiche fraîcheur et vitalité à la guitare, tandis que Glenn Hughes, alias «The Voice of Rock», est survolté au micro et à la basse. Lorsqu'on lui demande sur quel voltage il s'est branché, Hughes s'esclaffe avant de préciser que le réalisateur, Dave Cobb, lui a proposé une façon particulière d'enregistrer : capter sa voix live, tandis que ses comparses jouaient pour ensuite ajouter ses lignes de basse - et non le contraire.
«On n'avait pas tellement répété, donc ce que vous entendez là, c'est la première fois ou presque que je chantais les pièces et c'est pourquoi il y a tellement de tension, d'agression et que ça vient du coeur - c'est presque punk. Je qualifie ça de soulful agression
Au lendemain de Black Country Communion, le supergroupe où il évoluait avec Bonham, Joe Bonamassa (guitares) et Derek Sherinian (claviers), Hughes a voulu pour­suivre en optant pour une formule en trio, comme au sein de Trapeze, sa toute première formation. Andrew Watt, rencontré par l'entremise de Julian Lennon, lui a permis d'aller de l'avant.
«Quand il est venu à mon studio, il a commencé à jouer et j'ai dit : "OK, la bonne nouvelle est qu'il ne sonne pas comme Joe Bonamassa, ni comme Tony Iommi ou Ritchie Blackmore." Il me fait penser à Angus Young, avec son jeu à la main droite et son groove.»
D'un Glenn à l'autre
Quiconque connaît la trajec­toire de Glenn Hughes ne peut que s'étonner qu'il soit encore en vie. Celui qui s'est joint à Deep Purple en 1973, sur le mythique album Burn, a vite développé une dépendance aux drogues dures et à l'alcool. Ce qu'il nomme sa «maladie» a handicapé sa production artistique de 1977 à 1991 - il en parle abondamment dans son autobiographie préfacée par Lars Ulrich. Mais tout ce qui a pu lui arriver nourrit son travail, si bien qu'il n'a jamais été aussi actif qu'aujourd'hui.
«J'ai eu une attaque cardiaque, on a tiré dans ma direction, j'ai été poignardé... Je ne te dis pas ça pour vendre de la copie, mais pour te dire ce qui m'est arrivé, et j'ai la chance de chanter là-dessus et de réaliser que je suis toujours là. [...] Tu ne parleras pas à quelqu'un cette année qui est plus reconnaissant envers la vie que moi!»
Le plus fascinant à travers tout cela, c'est que la voix de Hughes soit sortie indemne de ces dures années et que le compositeur demeure aussi inspiré. Il dit écrire chaque semaine depuis une quinzaine d'années et, de fait, on a pu constater les résultats. Chad Smith (Red Hot Chili Peppers), qu'il a assurément inspiré avec son amour du funk rock, est venu lui prêter main-forte sur Soul Mover (2005) et sur l'excellent Music for the Divine (2006), où s'est ajouté John Fruscitante. Parallèlement, il a renoué avec Tony Iommi, auquel il avait prêté sa voix pour l'album Seventh Star, de Black Sabbath.
C'est toutefois en formant Black Country Communion, en 2009, que son étoile a pleinement brillé de nouveau. Qui plus est, dans un contexte rock. Voilà qui pouvait quelque peu étonner, puisque Hughes n'a jamais caché, dès son entrée au sein de Deep Purple, qu'il préférait le funk et la soul...
«De la même manière que des gars comme Rich Robinson ou Robert Plant ont pu faire de la musique marocaine ou des Appalaches, j'ai fait d'autres trucs. Mais quand je suis revenu au rock, je n'ai pas été forcé de faire ça et je ne l'ai pas fait pour des raisons pécuniaires. [...] Je prends présentement mon pied avec le rock et dans 10 ans, on se parlera sans doute de quelque chose de complètement différent...»
Dans son élément
Vrai que, lorsqu'on écoute ses derniers enregistrements, il paraît évident que Hughes est dans son élément. Après un cycle de trois albums solos, suivi de trois enregistrements avec BCC, est-ce que «The Voice of Rock» s'enligne pour une nouvelle trilogie avec California Breed? Sans s'avancer, le Californien d'adoption admet aimer travailler par séquence de trois. Mais il a aussi d'autres projets dans ses cartons, notamment un de type orchestral, où sa voix serait à l'avant-plan, de même que des titres où il s'accompagnerait à la guitare acoustique.
Reste que son plus vif désir est de donner davantage de spectacles - pomme de discorde avec Bonamassa dans BCC, le guitariste privilégiant sa carrière solo.
«La plus grande déception pour moi dans ma vie, c'est de ne pas avoir été capable de donner 100 shows par année au cours des 30 dernières années. [...] Avec California Breed, on démarre une tournée américaine en septembre et une anglaise en décembre. C'est comme un nouveau début. Je crois que je n'ai pas joué au Canada depuis 13 ans et je veux y retourner!»
L'ami Coverdale
En 1973, Glenn Hughes, 21 ans, et David Coverdale, 22 ans, étaient les deux jeunes recrues d'un des plus grands groupes de la planète : Deep Purple. L'aventure aura duré trois années, très remplies. Les deux hommes ne se sont jamais retrouvés en studio, sauf pour un rendez-vous manqué avec White­snake, en 1989. «Quand il m'a invité à chanter sur Slip of the Tongue, David ne savait pas que j'étais en si mauvais état, avec ma dépendance à la drogue. Quand j'ai chanté avec lui, je n'étais pas gelé, mais il a bien vu que je n'étais pas le même gars que dans les années 70. [...] Depuis que Jon Lord est parti, je n'ai plus d'amis proches dans Deep Purple, sauf David. Nous avons déjà parlé de chanter ensemble de nouveau, mais si nous le faisons, il faudrait que ce soit lié de près ou de loin à Deep Purple ou à quelque chose qui célèbre le groupe.»