Les filles aiment les banquettes. Au Café Bistro du Cap elles seront servies par ce repose-popotin occupé par des coussins en guise d'appuie-dos.

Café Bistro du Cap: coup de chance

Le Café Bistro du Cap se découvre à la manière d'une vieille connaissance croisée par accident au coin d'une rue. Il y a des accidents heureux. C'en est un!
Oui, je connaissais ce petit troquet, mais je l'imaginais à tort confiné aux baguettes comme la parisienne jambon-beurre. Or, entre vous et moi, le principal handicap de ce petit resto charmant-tout-plein : L'Échaudé, son voisin direct. Pourtant, ni l'un ni l'autre ne joue dans la même ligue. Sauf que le second rapaille les indécis.
D'où l'importance de remettre les pendules à l'heure et de positionner ce bistro pour ce qu'il est : une nappe familiale tournée vers une cuisine du marché capable de surprises. J'ai en tête les potages - un chaud et un froid - ainsi que le dessert, un sublime crumble à la rhubarbe. Libérée de son amertume, la vivace était broyée en compote acidulée et des pépites de sablé au beurre lui apportaient tout le craquant voulu.
Décoration
C'est connu, les filles aiment les banquettes! Ici, elles seront servies par ce repose-popotin en longueur, lui-même occupé par des coussins aux motifs limette et rouge en guise d'appuie-dos. Le choix des teintes et du mobilier puise dans le style champêtre actualisé. Illusion, des miroirs suggèrent un effet de grandeur trompe-l'oeil et des accessoires en acier brossé réverbèrent la lumière. Un passe-plat qui s'immisce dans l'intimité de la cuisine permet d'entrevoir une enfilade de casseroles solidement accrochées en ordre de grandeur et la bouille sympa du chef.
Retour sur les potages. Le mien, une crème de lentilles bien lissée par un filtrage au chinois, présente la saveur légèrement poivrée de la légumineuse. Pierrot, l'ami, a choisi le gaspacho, qui s'avère plutôt une crème de tomate serrée. Contre 150 $, lance à la blague la propriétaire aux yeux doux, je vous révèle la recette. Contre un sourire, elle s'exécute : «Des tomates, de l'ail, de l'huile d'olive, du sel et du poivre.» Homogène et soyeuse, «la tomate à boire» profite d'une température de service fraîche sans être glacée et sa présentation en verrine contribue à alimenter la sensation de cueillir le fruit sur plant.
Plats du midi
Les plats du midi - parmentier de boeuf gratiné, salade avec des abats, etc. - puisent à la même simplicité en plus d'une carte parallèle dédiée aux crêpes-repas, dont l'une au poulet fermier. «Abonné» au Billig (sur la rue Saint-Jean), l'ami s'y connaît en la matière. Il évaluera celle au bleu d'Auvergne et aux asperges. Moitié farine de froment et moitié de sarrasin, la pâte - un rien trop dorée - enveloppe tendrement les légumes cuits à point et une quantité équilibrée de fromage sale et fond progressivement dans une béchamel satinée qui lie ces ingrédients. Impeccable.
Il n'y a pas qu'Émilie de l'émission Les chefs! qui sait s'y prendre avec la peau de poisson. Celle de mon doré rôti croustille comme une chips. Sauf que la chair déposée sur des «patates nouvelles» compotées au vin blanc (miam!) s'avère un peu trop cuite. À 18 $ le midi (avec la soupe, mais le dessert en sus) contre quelques haricots verts, c'est un peu cher payé.
En contrepartie, pour reprendre le discours des juges des Chefs!, il y a de l'amour dans l'assiette...
Café Bistro du Cap
67, rue du Sault-au-Matelot, Québec
Tél. : 418 692-1326
Type de cuisine : bistro
Ouvert du mardi au dimanche. Fermé le lundi.
À la carte le soir ou menu pour soupe-tôt (jusqu'à 19 h) à 24 $
Table d'hôte du midi de 12 $ à 18 $
Crêpes de 7,50 $ à 14,50 $
Entrée de 6 $ à 12 $
Plat de 21 $ à 32 $
Bouteille de vin à compter de 28 $
Coût de l'addition pour deux avant taxes et service : 42 $ (incluant une table d'hôte du midi avec le dessert en sus, un potage, une crêpe et le dessert à la carte)
Stationnement : dans la rue
On aime : une authentique carte de bistro ni inutilement longue et à peine trop courte. Un service sympa orchestré par la patronne qui dévoile les secrets de la cuisine sans trop se faire tordre un bras.
On n'aime pas : des mets annoncés, par exemple le parmentier de boeuf gratiné, non disponibles un jeudi d'été avec l'affluence touristique. Attention à l'accueil «rigide» réservé aux petits groupes de sept personnes. L'un d'eux, avec trois fillettes très sages, agaçait visiblement l'autre serveuse, qui s'est tôt reprise... J'en conviens, les adultes «s'écoutaient» parler, mais ne dérangeaient personne.