Ça sent mauvais

Il se dit bien des choses dans les corridors d'un parlement. Des choses qui ne font pas nécessairement les nouvelles, mais qui permettent de comprendre. Or à la lumière de ce que j'entends, depuis deux jours, il est clair que c'est le gouvernement qui a pris l'initiative de lancer les allégations de Christine St-Pierre contre Jean-François Lisée. Des allégations selon lesquelles l'ancien ministre péquiste aurait abusé de ses missions à l'étranger pour aller visiter sa conjointe et ses enfants à Paris.
S'il est vrai, comme l'a affirmé mardi Lisée, qu'il a payé tous les frais liés à la portion personnelle de ses voyages, et s'il est vrai que le ministère des Relations internationales, présidé par Mme St-Pierre, en a la preuve, la ministre doit s'excuser. Mais si elle demeure convaincue que Lisée a abusé de ses fonctions, elle a le devoir de le démontrer maintenant, et de ne pas prendre prétexte que cela sera débattu devant les tribunaux. C'est au tribunal de l'opinion publique que Mme St-Pierre s'est adressée en lançant ses allégations. C'est donc à ce même tribunal qu'elle doit donner des réponses.
Évitons tout de même de porter un jugement définitif sur cette affaire. Comme le disait Bernard Landry : «audi alteram partem ["il faut entendre l'autre partie"]». Lisée n'a pas dévoilé le détail de ses remboursements et Christine St-Pierre n'a pas documenté ses soupçons. On ignore, par exemple, si la délégation du Québec à Paris lui a fait «un prix d'ami» en facilitant ses déplacements personnels. On ignore tout autant la nature des faits sur lesquels Mme St-Pierre s'est basée pour laisser entendre que son prédécesseur a abusé de ses fonctions.
Si c'est Jean-François Lisée qui a raison et que la ministre a lancé des allégations pour faire oublier l'affaire Bolduc, son comportement serait condamnable. Dans un tel cas, elle devrait démissionner. Mais on n'aura jamais la réponse à cette question.
En ce qui a trait aux frais d'avocats liés à une éventuelle poursuite en diffamation, Lisée est habile en demandant que Mme St-Pierre les assume, ce qu'il promet de faire également.
Les allégations de la ministre n'ont pas été lancées à l'Assemblée nationale, où elle aurait joui de l'immunité parlementaire. Le PLQ avait assumé les frais liés à la poursuite intentée par Yves Duhaime contre Thomas Mulcair, qui avait sali sa réputation hors de l'enceinte parlementaire. Il ne pourrait en être autrement dans le cas présent, si c'est Lisée qui a gain de cause.