Le Guellec a réussi à livrer la course que son entraîneur espérait qu'il fasse, et ce, même si le dernier mois menant à Sotchi n'a pas été facile.

«Ça commence bien!» pour Jean-Philippe Le Guellec

À son dernier tour de piste avant de remiser ses skis et sa carabine, Jean-Philippe Le Guellec n'est passé qu'à quatre secondes d'écrire une symphonie, samedi au Centre Laura de biathlon, où il a réussi son meilleur résultat olympique avec une brillante cinquième place dans le sprint de 10 km présenté sous les réflecteurs.
Il s'en est fallu de peu pour que le biathlonien de Val-Bélair grimpe sur le podium, mettant tout sur la table dans la dernière boucle de 3,3 km. Son temps de 24:43,2 ne lui permettait pas de faire partie du trio d'honneur, un mélange de satisfaction et de déception lui traversait l'esprit.
«Il ne me manquait pas grand-chose. Ma seule déception vient du dernier tour, où les entraîneurs et les techniciens me disaient que j'étais à deux secondes de la troisième place et à six de la première. Le monde pousse à la fin, c'est normal. Quand j'ai vu que j'étais cinquième, ça été une pointe de déception. D'un autre côté, je ne pouvais vraiment pas demander plus. J'ai tiré mieux qu'à Vancouver, j'en suis heureux; d'un autre côté, je suis passé tellement proche... Le sport, c'est ça», nous confiait le sportif de 28 ans, souriant et posé dans la zone mixte réservée aux médias.
En 2010, l'adepte de la guitare électrique avait terminé au sixième rang de la même épreuve, mais il avait commis une faute sur les 10 cibles à atteindre. Cette fois, il a été parfait, obtenant une note immaculée.
«Quand je compare à Vancouver, ça me remonte le moral. Mon objectif, c'était de tirer mieux qu'il y a quatre ans tout en skiant bien», indiquait celui qui s'offrait son meilleur classement de la saison sur cette distance pour faire la barbe à plusieurs gros canons de la discipline. Le Norvégien Ole Einar Bjoerndalen (24:33,5) a ajouté à sa légende en faisant une entrée en or dans l'histoire olympique des Jeux d'hiver avec sa 12e médaille, égalant le record de son compatriote Bjorn Daehlie. Sa huitième médaille d'or égale aussi le record de huit détenu jusque-là par trois olympiens, dont deux biathlètes.
À 40 ans et 12 jours, Bjoerndalen a effacé la marque du Canadien Duff Gibson (sacré en skeleton en 2006 à 39 ans et 190 jours) devenant ainsi le plus vieux médaillé d'or de l'histoire des Jeux d'hiver dans un sport individuel, De plus, il compte désormais au moins un podium dans cinq Jeux consécutifs, un autre sommet qu'il partage avec deux autres biathlètes, Uschi Disl et Ricco Gross. L'Autrichien Dominik Landertinger (argent) et le Tchèque Jaroslav Soukup (bronze) l'ont accompagné sur le podium
«Ole, c'est une légende. Il avait dit dans les médias de le surveiller à Sotchi. En plus, il gagne avec un tir de pénalité. Je lui lève mon chapeau», disait Le Guellec, admiratif.
Le jour n'est peut-être pas loin où lui aussi aura droit à son heure de gloire. Il le sait, il le sent. Il est en bonne posture pour attaquer la poursuite (départ selon l'écart du 10 km) avec confiance, demain (10h, heure du Québec). La clé : viser juste, encore une fois, surtout que le champ de tir ne contient pas de piège.
«C'est encourageant pour la suite. Lundi, je pars cinquième [de la poursuite], neuf secondes après le meneur. Que des promesses! Les chances sont là, il suffit de les saisir», notait le médaillé d'or d'une Coupe du monde en 2012 et champion du monde junior en 2004
Ce 10 km était son dernier en carrière, puisqu'il prend sa retraite après les Jeux de Sotchi. La pensée lui trottait dans la tête, mais il l'a vite écartée pour se concentrer sur le moment présent. «C'est vrai, c'était mon dernier sprint. Et ça en a été un solide!»
«Ça commence bien», selon l'entraîneur
«Ça commence bien!» L'entraîneur Jean Paquet hochait la tête avec un sourire moqueur, ravi de la cinquième place de Jean-Philippe Le Guellec à l'occasion de la première de cinq épreuves qu'il devrait se taper dans les six au programme.
Les deux partenaires avaient établi un plan précis pour être fin prêt au signal de départ. Après un dernier mois de préparation difficile et une impasse sur les courses individuelles de la dernière étape de la Coupe du monde, ils savaient qu'un échec au 10 km n'était pas permis.
«Ça faisait longtemps qu'on en parlait, le sprint était l'épreuve la plus importante. Si tu ne pars pas avec un bon [sprint], ça hypothèque la poursuite et ainsi de suite. Ça peut même t'empêcher de faire le départ de masse accessible par un cumulatif de points. Les médaillés y sont qualifiés automatiquement, alors il faut continuer...»
Selon Paquet, qui habite lui aussi à Val-Bélair, Le Guellec a prouvé que sa sixième place aux Jeux de Vancouver n'avait pas été le fait d'un hasard de la météo. «Il a montré qu'il pouvait rentrer cinquième dans des conditions stables et dans un parcours hyper dur en haute altitude. Il est tout près d'un podium, c'est la grosse classe», illustrait l'olympien de 1992.
Le Guellec a réussi à livrer la course que Paquet espérait qu'il fasse, et ce, même si le dernier mois menant à Sotchi n'a pas été facile. Ils ont dû rattraper le temps perdu à Québec pendant le temps des fêtes où le froid l'avait privé de nombreuses heures d'intensité. «Je ne te le cacherai pas, il y avait une d'incertitude ces derniers temps. Dans le dernier tour, j'espérais qu'il se faufile sur le podium, surtout qu'il n'était qu'à quelques secondes de la troisième place. Il a bien géré son effort et n'a pas baissé de régime. À neuf secondes du gagnant, ça veut dire qu'il a bien skié, en plus d'avoir été parfait au tir. Je pense que J.P. a donné tout ce qu'il avait à donner!»
Le Canadien Nathan Smith, qui avait eu la surprise la veille de découvrir qu'il serait le premier à ouvrir la marche, a terminé 13e, sa meilleure prestation à ce jour. Brendan Green (23e) et Scott Parras (74e) étaient aussi du départ. «Nous avons la meilleure équipe masculine de notre histoire, on peut rêver à un podium, sinon au meilleur résultat de notre histoire», prédisait Paquet à propos du relais canadien.