En militaire introverti et anxieux, Patrice Robitaille est vraiment solide, mais l'invraisemblance du scénario de Bunker nous empêche d'y adhérer pleinement.

Bunker: guerre d'usure **1/2

Dissipons un malentendu : si les deux protagonistes de Bunker sont soldats, ce n'est pas pour autant un film de guerre. Plutôt un drame psychologique où deux militaires aux antipodes et en détresse sont confinés et bientôt confrontés à un dilemme intenable. Le film de Patrick Boivin et Olivier Roberge pose une bonne question : doit-on obéir aux ordres ou à sa conscience? Malheureusement, sa réponse équivoque et ses invraisemblances empêchent une pleine adhésion.
Les soldats Tremblay (Martin Dubreuil) et Gagnon (Patrice Robitaille) sont affectés dans un bunker décrépit, perdu au milieu de nulle part, d'où ils doivent déclencher une réplique nucléaire en cas d'attaque en Amérique du Nord. Le premier, qui n'y croit pas du tout, y voit une occasion de vacances, alors que le second, accusé de trahison par ses supérieurs et se sentant trahi, y voit une occasion de se racheter.
Le scénario de Boivin et Roberge demande tout un acte de foi au spectateur. C'est-à-dire croire que l'armée canadienne entretient encore ce genre de bunker et qu'elle est prête à y envoyer pendant six mois des hommes avec de graves problèmes, sans aucune possibilité de contact avec l'extérieur. Le soldat Tremblay souffre de stress post-traumatique à la suite d'un séjour au Rwanda - bien sûr, c'est une façon d'évoquer le fait que l'armée préfère le tenir à distance que de le soigner. Sous des apparences de dur, sa santé psychologique est fragile.
On peut toujours adhérer à la prémisse, mais il y a trop de moments où le récit est tiré par les cheveux pour qu'on y adhère pleinement. Notamment dans la crise finale qui secoue nos deux hommes après que l'alarme eut retenti... Ceux-ci sont alors confrontés à une décision lourde de conséquences, peu importe leur choix.
Le film peine toutefois à dépeindre toutes les implications morales qui secouent les deux hommes. Ce qui est bien dommage parce que les acteurs se démènent avec beaucoup de conviction pour nous faire croire à leurs personnages, un petit extraverti gouailleur (Dubreuil) et un grand intraverti anxieux (Robitaille), avec son lot de secrets.
Patrice Robitaille, dans ce contre-emploi, est vraiment solide. L'acteur natif de Québec joue avec une belle intériorité. En fait, on croit aux personnages, le problème est ailleurs, comme je disais précédemment.
Les deux réalisateurs contribuent à la crédibilité des personnages avec une mise en scène très fluide, qui alterne les scènes de huis clos dans le bunker et celles où les deux hommes sortent pour explorer les environs. C'est dans celles-ci que le duo va finir par s'ouvrir l'un à l'autre plutôt que de se sauter à la gorge. Le film dépeint bien que, sous l'uniforme, il y a des hommes. Qui parfois souffrent en silence, écrasés par le poids du conditionnement et des stéréotypes.
Boivin et Roberge ont tourné avec trois fois rien, dans des conditions pas évidentes, sans que le résultat visuel en soit affecté, c'est tout à leur honneur. Mais le scénario aurait dû être plus solide, notamment dans ses ressorts psychologiques. Dommage.  
Au générique
Cote : **1/2
Titre : Bunker
Genre : drame psychologique
Réalisateurs : Patrick Boivin et Olivier Roberge
Acteurs : Martin Dubreuil et Patrice Robitaille
Salle :  Clap
Classement : général
Durée : 1h26
On aime : le duel d'acteurs, le caméo de Ricardo Trogi
On n'aime pas : l'acte de foi que suppose le scénario, les dialogues ténus