Jean-Philippe Joubert n'a pas voulu toucher au texte de Gratien Gélinas de 1959, écrit dans le «contexte de la comédie canadienne».

Bousille et les justes à La Bordée: la loi des plus forts

Maintes fois jouée depuis sa création en 1959, la pièce Bousille et les justes de Gratien Gélinas prend l'affiche au théâtre La Bordée. Mais comment donner un souffle nouveau à ce classique du répertoire québécois? Nous en avons discuté avec le metteur en scène Jean-Philippe Joubert.
D'abord, un résumé de l'histoire : Aimé est accusé du meurtre d'un rival amoureux. Sa famille est prête à tout pour le faire acquitter, même à intimider et faire chanter Bousille, seul témoin des évènements.
N'ayant vu aucune autre version de l'oeuvre, Jean-Philippe Joubert a facilement pu donner sa propre touche. Il a commencé par remettre en question le décor de cette pièce où l'humour mène au drame. «À ma première lecture, je doutais de cette chambre d'hôtel dans laquelle se déroulent toutes les productions parce que je ne crois pas que Bousille et les justes soit une pièce réaliste ou psychologique, explique-t-il. C'est une pièce où le théâtre est à thèse, non pas parce qu'il défend quelque chose, mais parce qu'il démontre un système de corruption de quelqu'un.» Tous les personnages ont des fonctions, selon lui. Ils incarnent des travers de l'humain comme la tromperie, le mensonge, les faux-semblants et la violence.
Joubert a donc demandé à la conceptrice du décor, Monique Dion, d'élargir l'horizon de la scène. Ainsi, les spectateurs ont un oeil sur les chambres attenantes, le hall d'entrée, le corridor et la rue, ce qui permet de mieux voir le mouvement des personnages et la préparation de la machination contre le pauvre Bousille, incarné par le comédien Christian Michaud. «Ce drame est privé, mais aussi public parce qu'il y a eu mort d'homme, souligne Joubert. Les plus forts du groupe vont sacrifier le plus faible à leur profit. Je voulais que cette dynamique-là soit mise en contexte de société.»
Expressions du terroir
Joubert n'a pas voulu toucher au texte de Gratien Gélinas de 1959, écrit dans le «contexte de la comédie canadienne», rappelle-t-il. «Il n'était pas question qu'on défasse ou démembre cette langue, affirme celui qui a monté l'an dernier la fabuleuse pièce Mois d'août Osage County au Trident. C'est une langue qui a une syntaxe française impeccable, presque littéraire. Et qui est émaillée d'expressions du terroir truculentes et ça fait un choc très grand. Soit on se dit : ''C'est pas jouable!'' ou on le fait comme quand on se met à jouer Molière ou Racine. Ce n'est pas une langue d'aujourd'hui et il faut trouver son rythme.» Les artistes ont d'ailleurs beaucoup travaillé à actualiser l'enchaînement des scènes, beaucoup plus rapide aujourd'hui.
Pour renouveler le regard qu'on porte sur Bousille et les justes, le metteur en scène a aussi fait appel à Josué Beaucage pour créer une chanson, qu'on pourrait appeler «la chanson de Bousille». Composée dans un esprit contemporain, elle accompagne la pièce du début à la fin. «J'ai chorégraphié les transitions sur cette musique qui vient donner une autre forme de contact avec Bousille», dit Joubert.
À l'affiche
Titre : Bousille et les justes
Mise en scène : Jean-Philippe Joubert
Texte : Gratien Gélinas
Interprétation : Christian Michaud, Jean-Denis Beaudoin, Danièle Belley, Laurie-Ève Gagnon, Eliot Laprise, Valérie Laroche, Simon Lepage, Maxime Perron et Ghislaine Vincent
Salle : La Bordée
Dates : du 15 septembre au 10 octobre
Synopsis : La famille Grenon de Saint-Tite est à Montréal pour assister au procès du plus jeune fils, Aimé, accusé du meurtre d'un rival amoureux. Prêts à tout pour faire acquitter Aimé et ainsi sauver leur honneur, les Grenon auront recours à l'intimidation et au chantage pour inciter le seul témoin de l'évènement, Bousille, à se parjurer.