Boston indémodable

Il a beau ne pas avoir placé une pièce dans le top 100 du palmarès Billboard depuis plus de 20 ans, le groupe Boston a attiré une foule très nombreuse sur les plaines d'Abraham lundi. Un public qui était venu se taper dans les mains et voir la bande de Tom Scholz interpréter pendant presque deux heures des titres qui remontaient pour la plupart à une époque où Jean Drapeau était maire de Montréal.
Boston, sur les plaines d'Abraham, le 13 juillet
Et les fans n'ont pas été déçus, car les poids lourds du rock que sont Peace of Mind, Don't Look Back et More Than a Feeling n'ont rien perdu de leur pertinence. Le groupe du Massachusetts a livré toute une performance, mené par le guitariste Tom Scholz, seul membre original, maître à penser, producteur et leader incontesté de l'ensemble.
Scholz n'a d'ailleurs pas pris de temps à montrer qui était le mâle Alpha : le spectacle débute avec lui, seul sur scène, réalisant un solo à la guitare avant de lancer Rock n' Roll Band. Et il se déplace à l'orgue pour les habiles solos de Smokin', Walk On et Foreplay.
Sourire aux lèvres, portant un t-shirt de l'organisme environnemental et de défense des animaux Sea Sheperd, Scholz a toutefois de quoi appuyer la place qu'il prend sur scène. Perfectionniste, il ne rate pas une note et assure toujours autant, peu importe quel instrument il empoigne.
Chanteur et chanteuse
Rien n'effacera cependant jamais le décès du chanteur original Brad Delp en 2007. La preuve, ils doivent se mettre à deux pour le remplacer. Si le nouveau chanteur Tommy DeCarlo interprète la majorité des titres et se tire généralement bien d'affaires, la claviériste Beth Cohen prête aussi sa voix aux pièces de l'album Walk On, originalement interprétées par Fran Cosmo.
Les harmonies vocales caractéristiques de Boston sont sauves également alors que Scholz, le guitariste Gary Pihl et le bassiste Tracy Ferrie, un ancien du groupe «hair metal» religieux Stryper, unissent leurs voix à celles de DeCarlo et Cohen dans ces refrains caractéristiques que tous connaissent par coeur.
L'apothéose a bien sûr été atteinte avec More Than a Feeling, succès météorique qui a traversé les décennies et a même inspiré Kurt Cobain pour Smells Like Teen Spirit. Scholz et compagnie se sont même permis de l'étirer et de l'agrémenter de longs solos au grand plaisir de la foule ravie.
Doobie Brothers
En première partie, les Doobie Brothers se sont présentés à huit sur scène, dont deux batteurs et les deux seuls rescapés de la formation originale, les guitaristes et chanteurs Tom Johnston et Patrick Simmons.
Misant aussi sur les harmonies à trois, quatre ou cinq voix, les vétérans ont livré un programme composé essentiellement de vieux succès, World Gone Crazy, lancée en 2010, constituant l'exception. Il n'y a rien de mal à ça d'ailleurs; on ne voulait pas nécessairement entendre The Doctor.
Ils ne bougent plus autant, mais Simmons, avec sa longue chevelure argentée et son chapeau noir, et Johnston, avec ses santiags et sa moustache qui rappelle l'officier Mendez dans Orange is the New Black, prennent encore plaisir à interpréter leurs classiques. Johnston, particulièrement, s'amuse ferme lorsqu'il se dirige vers l'avant de la scène pour se lancer dans un solo de guitare, fermant les yeux et levant la tête au ciel.
Arrivé en 1979, le guitariste John McFee est l'autre lien avec la période dorée du groupe. Il se débrouille aussi très bien à la guitare lapsteel et au violon, comme il l'a montré sur Spirit et le mégasuccès Black Water, qui n'a pourtant pas fait réagir la foule autant qu'il aurait dû. C'est la plus funky Long Train Runnin' qui a réveillé le public et Listen to the Music, à la toute fin du rappel, qui les a fait chanter.
Le groupe n'a pas interprété son seul autre numéro un, What a Fool Believes, qui était originalement chantée par l'ex-claviériste Michael McDonald. Le bassiste John Cowan, qui a d'ailleurs une petite ressemblance physique avec l'auteur de Sweet Freedom, avait pourtant interprété plus tôt l'une de ses pièces, Takin' it to the Streets.