Depuis sept ans, Bobby Baril dirige l'Assurancia de Thetford Mines de la Ligue nord-américaine de hockey.

Bobby Baril, un vendeur derrière le banc

Il s'est déjà présenté à l'aréna Mario Gosselin coiffé d'une casquette des Bills de Buffalo, histoire de rappeler les insuccès de ses anciens rivaux en grande finale. L'adversaire qu'il était, jadis, est aujourd'hui le plus grand vendeur de la franchise de Thetford Mines, la plus ancienne de la Ligue nord-américaine de hockey (LNAH) et son ancêtre semi-professionnelle.
En octobre, l'Assurancia a offert à ses partisans la 500e victoire de son histoire partagée depuis 21 ans avec les Coyotes, le Prolab et l'Isothermic.
Et qui se retrouvait derrière le banc pour l'occasion? Baril, qui dirige depuis sept ans l'équipe de la région où il a vu le jour, voilà 45 ans.
«J'avais fait ça une fois, porter la casquette des Bills, c'était juste pour rire. Il faut bien avoir du fun à travers tout ça... Je suis très fier d'être à la barre de cette équipe et j'ai beaucoup de respect pour tous les gens ayant tenu cette franchise à bout de bras dans le plus petit marché de la Ligue», précise le coloré entraîneur-chef.
Il n'y a qu'un seul Bobby Baril, mais il se décline en plusieurs personnages : l'entraîneur-chef et le directeur général de l'Assurancia, le représentant aux ventes commerciales des Capitales de Québec, le vice-président des Aigles de Trois-Rivières, le père de Thomas (21 ans), Alice (10 ans) et Olivia (5 ans).
La victoire est tout ce qui l'anime, lui qui revendique des championnats dans la défunte Ligue centrale senior AAA (3), la LNAH (3) et la Ligue Can-Am (3).
En 2012, il avait contribué à mettre fin à la malédiction de Thetford Mines, qui l'emportait enfin après cinq échecs en finale et qui allait triompher à nouveau en 2015.
À l'école de Richard Martel
Natif de Black Lake, maintenant un arrondissement de Thetford Mines, c'est plutôt à Baie-Comeau, une ville qu'il a habitée à l'adolescence lorsque son père y exploitait un commerce d'articles sportifs (Baril Sports), qu'il a fait ses premiers pas dans le hockey en qualité de dépisteur avec la nouvelle formation junior de la Côte-Nord, poste qu'il occupera en parallèle d'études en enseignement de l'éducation physique à l'UQTR. Mais il fera plutôt carrière dans la vente, jusqu'à ce que Richard Martel lui offre un poste d'adjoint avec le Drakkar.
«Ç'a été une grosse décision, j'avais un bon travail. Mais comme j'ai été élevé dans un aréna et sur un terrain de balle, j'ai été appelé par la passion du hockey. J'avais demandé un congé sans solde qui fut refusé, alors j'ai tiré à pile ou face. J'y suis allé, sans jamais le regretter. Avoir des regrets, ce n'est pas ma tasse de thé, je vis avec les décisions que je prends!»
Il a passé trois saisons à l'école de Martel avant de quitter le navire lorsqu'on a choisi Martin Laperrière pour succéder à l'entraîneur-chef le plus victorieux de la LHJMQ.
«Ça fait drôle à dire, mais à l'époque, c'est moi qui devais tempérer Richard alors que je suis considéré comme quelqu'un de très émotif», dit en riant celui qui revoit Martel lors des matchs entre l'Assurancia et les Marquis de Jonquière, où celui-ci est aussi entraîneur-chef.
Émotif? Le mot est un peu faible...
«J'ai fait des excès qui m'ont valu des suspensions, mais on vieillit, on s'assagit. La Ligue change sur la glace, elle change aussi derrière le banc. J'ai toujours eu de la misère avec les injustices, mais il faut être plus mature dans nos prises de décisions», soutient celui qui a écopé d'une suspension de deux matchs, cette saison, pour avoir lancé une chaise sur la glace...
Assagi? La veille de la visite du photographe du Soleil au Centre Mario Gosselin, il venait d'écoper d'une réflexion de quatre matchs pour «avoir pris la défense de l'un de mes joueurs», dit celui qui reprenait sa place derrière le banc, vendredi.
Son épisode le plus noir est survenu à sa deuxième année à Pont-Rouge (2010-2011) lorsqu'il a été sanctionné pour la saison entière après avoir remis publiquement en question un règlement de la LNAH alors qu'il était toujours sous tutelle d'une suspension écopée en finale, quelques mois plus tôt.
«Des gens pensent que je suis un fou furieux, mais je suis vraiment une bonne personne et très attachant... Je veux juste gagner et je vais aller au bâton n'importe quand pour mes joueurs, parce que les championnats, ce sont eux qui les gagnent, pas moi.»
<strong>«Des gens pensent que je suis un fou furieux, mais je suis vraiment une bonne personne et très attachant... Je veux juste gagner et je vais aller au bâton n'importe quand pour mes joueurs, parce que les championnats, ce sont eux qui les gagnent, pas moi»</strong> - Bobby Baril, l'entraîneur-chef et dg de l'Assurancia de Thetford Mines de la LNAH
La sécurité plutôt que les Cataractes
Sa route a aussi croisé celle de Martin Mondou, actuel directeur général des Cataractes de Shawinigan, qui l'avait embauché pour diriger l'Extrême de Shawinigan dans la Ligue centrale senior AAA. Ils ont gagné trois championnats en quatre ans. À la dissolution de l'équipe, Baril s'est retrouvé comme adjoint à Guy Chouinard avec les Vikings de Trois-Rivières (Ligue semi-pro).
Et quand le Radio X de Québec a transféré à Pont-Rouge, en 2008-2009, c'est lui qui a pris les commandes, y remportant le championnat. Après sa suspension, l'année suivante, il s'est retrouvé à Thetford Mines, une relation qui dure depuis sept ans et qui a été ponctuée de deux championnats. Il aurait pu se retrouver derrière le banc des Cataractes, ces dernières années, mais a préféré la sécurité de son emploi à la volatilité du hockey.
«Je suis choyé de pouvoir gagner ma vie dans le sport, il y a pire comme job, mais je me vois plus comme un vendeur. J'ai la liberté de pouvoir coacher, mais la journée où je n'aurai plus de plaisir d'aller à l'aréna, je vais arrêter.»
Marc-André Bergeron, sa carte d'affaires
La carte d'affaires de Bobby Baril dans le hockey porte un nom : Marc-André Bergeron. Au hockey comme au baseball, le parcours des deux hommes est intimement lié.
Mais il a fallu de la patience au nouveau dépisteur du Drakkar, en 1997, pour convaincre son patron de repêcher celui qui allait disputer près de 500 matchs dans la LNH après son stage junior.
«Marc-André jouait à l'avant dans le midget BB [en Mauricie], je l'avais vu au moins 25 fois et il était trop fort pour la ligue. Il ne jouait pas dans le AAA parce qu'il avait raté le camp à cause de sa participation à l'ABC [baseball]. J'ai achalé mon dépisteur-chef à partir de la sixième ronde pour qu'il le prenne, mais comme j'en étais à mon premier repêchage, ça m'a pris cinq rondes avant qu'on m'écoute et ils l'ont finalement pris en 11e ronde. Avec du recul, on s'entend-tu pour dire que ça été tout un choix de 11e...»
Bergeron détient toujours le record de la LHJMQ pour le plus de buts (42) en une saison par un défenseur. Il a disputé 490 matchs dans la LNH et a récemment signé un contrat d'essai de 25 matchs avec le club-école des Blue Jackets de Columbus, dans la Ligue américaine. Il est aussi copropriétaire et président des Aigles de Trois-Rivières, dans la Ligue Can-Am de baseball indépendant.
«Nous sommes toujours restés des amis depuis ce temps-là, j'avais fait un lien entre lui et les Capitales pour qu'il s'implique avec les Aigles», dit-il, sans prendre le crédit de son implication au baseball.
Baril a été nommé vice-président des Aigles dans le chambardement de la dernière saison, où il est allé donner un coup de pouce à son ami, là-bas.
«Je ne suis pas un gars de baseball, mais j'ai le meilleur coach pour développer une philosophie d'organisation en Michel Laplante. On peut s'inspirer à Trois-Rivières de ce qui a été fait à Québec. Michel me fait confiance et je vais aussi avoir plus de responsabilités à Québec avec le terrain synthétique et le futur dôme au Stade municipal.»
Proche de ses joueurs
Au hockey, il se décrit comme un entraîneur proche de ses joueurs. Non seulement les dirige-t-il, mais il les recrute avec une vision à court, moyen et long terme.
«Ça fait huit ans que Jean-Michel D'Aoust est sur notre liste, il est arrivé, cette saison. On vient de repêcher Alexandre Giroux, qui a 36 ans. La LNAH n'a jamais été aussi forte, les joueurs arrivent de partout. Ils reviennent de l'Europe, où il y a moins d'argent, et des États-Unis, où il y a moins de ligues», dit-il en précisant que la LNAH est bien loin de ce qu'elle a déjà été au niveau de la robustesse.
«Quatre bagarres en début de match, on ne voit plus ça. Les matchs où il n'y a pas de combat ou juste un, ils sont très nombreux.»
Thetford Mines dans la LNAH
Les noms au fil des ans
1996-1997 à 1999-2000 : Coyotes 
2000-2001 à 2006-2007 : Prolab
2007-2008 à 2014-2015 : Isothermic
2015-2016 à aujourd'hui : Assurancia
Meilleurs pointeurs à vie
David Thibeault 382
André Martineau 375
Michel Picard 369
Patrice Tardif 320
Les entraîneurs 
Alain Bisson
Simon Boutin
Alan Haworth
Alain Rajotte
Daniel Bissonnette
Daniel Poulin
Guy Chouinard
Bobby Baril
Anciens de la LNH ayant joué pour l'équipe
Michel Picard en 2006
Michel Picard
Yves Racine
Mathieu Biron
Michel Ouellet
Patrice Tardif
Bruno St-Jacques