Dans le documentaire #Bitch - Les filles et la violence, diffusé le jeudi 29 octobre à 19h sur la chaîne Moi&cie, des adolescentes de 13 à 17 ans témoignent du climat de jalousie, de dénigrement et de violence qui règne entre elles à l'école.

Bitch, pute, salope, chienne

CHRONIQUE / Quatre petits mots doux qu'utilisent les filles du secondaire entre elles. Bitch, pute, salope, chienne. Ils font tellement partie du langage courant, qu'elles les utilisent même entre amies. Et on tolère. Résultat de l'hypersexualisation dans les vidéoclips? Des campagnes d'intimidation sur les réseaux sociaux? Oui, mais il n'y a pas que ça. Pardonnez mon ignorance, mais j'en avais visiblement perdu un grand bout depuis mon secondaire.
Alors que la violence physique serait en recul chez les garçons, la violence psychologique ne cesserait d'augmenter chez les filles. Le comédien Jasmin Roy, qui lutte depuis quelques années contre l'intimidation et l'homophobie dans les écoles, a voulu se pencher sur ce phénomène inquiétant. Dans le documentaire #Bitch - Les filles et la violence, diffusé le jeudi 29 octobre à 19h sur la chaîne Moi&cie, et assorti d'un livre qui paraîtra mercredi prochain, des adolescentes de 13 à 17 ans témoignent du climat de jalousie, de dénigrement et de violence qui règne entre elles à l'école, mais aussi avec les garçons. Divers intervenants apportent leur grain de sel sur la question, surtout des femmes, éducatrices, sexologues et journalistes.
La plupart s'entendent pour dire que les adolescentes sont davantage guidées par l'envie et la jalousie que par la solidarité dans leurs relations interpersonnelles. De là les «bitch» et «salope» qu'elles se lancent sans réfléchir à l'effet des mots. La puissance des réseaux sociaux n'est certainement pas étrangère au phénomène, d'où la présence du signe «#» dans le titre. On a trop vu dans les dernières années des jeunes, filles et garçons, fuguer ou se suicider après avoir été lynchés sur Facebook ou ailleurs. Une fois engloutie dans la machine, la rumeur vous fait passer du jour au lendemain à «fille qui couche avec tous les gars de l'école». Et c'est bien connu, un garçon qui multiplie les conquêtes mérite le respect, alors qu'une fille qui en fait autant passe pour une salope.
Faire parler les jeunes filles de leurs expériences reste délicat, mais vous entendrez plusieurs témoignages au cours des 90 minutes de ce documentaire. Dont celui de Marjorie, qui a eu le malheur d'envoyer une photo d'elle presque dénudée de son téléphone intelligent; une fois la photo ayant fait le tour des élèves, sa réputation était faite. Une autre raconte que, plus on la rabaissait, plus on la traitait de «pute», plus elle s'habillait sexy et jouait la séductrice. Les filles existent hélas à travers le regard des autres, plus que les garçons. Ce qui frappe entre autres, c'est que les adolescentes qui témoignent n'ont pas, pour la plupart, de problèmes de poids ou de différence qui pourrait les ostraciser.
Une importante portion du documentaire est consacrée à la violence amoureuse, dont sont victimes les filles, accrochées à des garçons jaloux et possessifs. L'une d'elles témoigne des fellations auxquelles elle a dû se prêter avec deux garçons insistants, malgré son refus. Connu dès le lendemain par l'école entière, l'épisode l'a hantée longtemps, au point qu'elle en vienne à se mutiler et à vouloir mourir. On rencontre aussi la mère et la soeur jumelle de Gabrielle Dufresne, tuée à 17 ans par son petit ami violent en juin 2014 à Montréal.
Plusieurs initiatives existent pour freiner le problème. Comme le comité TAX-I à l'école secondaire de la Seigneurie de Beauport, qui signale des incidents d'intimidation. Ou de regroupements comme Les Olympe de Gouges, en Montérégie, où les jeunes filles peuvent se revaloriser.
Hélas, #Bitch - Les filles et la violence apporte trop peu de pistes de solution. Intéressant à plusieurs points de vue, le documentaire réalisé par Marie-Pascale Laurencelle s'éparpille un peu trop. On y présente des bribes d'une expérience de groupe sûrement salutaire pour celles qui y participent, mais qui se traduit bien mal à l'écran. Mais ne serait-ce que pour l'importance de son propos, ce documentaire mérite d'être vu.