Le «Piano Man», en 2006, durant son premier de 11 spectacles à guichets fermés donnés au Madison Square Garden de New York

Billy Joel: vingt fois sur le métier

«Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage», disait Nicolas Boileau. Même si plus de quatre siècles et un océan séparent les deux artistes, le pianiste et chanteur new-yorkais Billy Joel, qui sera sur les plaines d'Abraham le 11 juillet, a appliqué la maxime du poète français à la lettre avant de finalement connaître un succès rarement égalé.
L'histoire de Billy Joel, c'est celle du rêve américain, celle d'un homme qui n'a jamais abandonné malgré les embûches afin d'atteindre son objectif. Fils d'un père pianiste classique qui avait quitté son Allemagne natale pour fuir le régime nazi, William Martin Joel a appris le piano à un très jeune âge avec de grands pianistes américains comme professeurs.
Dès l'adolescence, il a cependant été victime d'intimidation parce qu'il préférait les arts aux sports et s'est donc mis à la boxe amateur afin d'être capable de se défendre. «J'avais 16 ans quand j'ai commencé à boxer, et je n'avais pas peur de me blesser aux mains. En fait, c'est le nez que je me suis fait casser!» déclarait d'ailleurs Joel en avril lors d'une grande entrevue donnée à l'animateur radiophonique américain Howard Stern sur la radio satellite Sirius XM.
Alors qu'il avait pourtant une fiche reluisante de 22 victoires et de 2 défaites, Billy le boxeur a cependant mis de côté le noble art à la suite de ce fameux combat où son adversaire a modifié le relief de son appendice nasal d'un coup de poing.
D'échec en échec
Le jeune Billy a plus tard quitté l'école sans avoir terminé son secondaire pour se consacrer à la musique, lui qui jouait déjà dans un bar pour aider sa mère à joindre les deux bouts. Après avoir évolué au sein des groupes Echoes, Emeralds et Lost Souls, Joel s'est joint à The Hassles en 1967, mais les quatre simples et deux albums du quintette ont tous été des flops.
En 1969, Joel et le batteur des Hassles Jon Small ont lancé le duo Attila, dont l'unique album a été démoli par la critique en plus d'être un échec commercial. Pour couronner le tout, le duo s'est séparé après que Joel eut une aventure avec la femme de Small, Elizabeth Weber, qui allait plus tard devenir la gérante du pianiste et... la première Mme Billy Joel.
C'est en 1971 qu'un Billy Joel moustachu lançait son premier album solo, Cold Spring Harbor, mais, encore une fois, la guigne s'acharnait sur le pianiste et chanteur de 22 ans. Une erreur de matriçage (mastering) faisait que le disque jouait trop rapidement et que l'enregistrement ressemblait davantage à un album des Chip-munks... L'album a donc lui aussi été un échec commercial.
C'est quelques mois plus tard que la chance de Joel allait finalement tourner grâce à un enregistrement en spectacle de la pièce Captain Jack qu'une station de radio de Philadelphie s'est mise à faire tourner. La pièce est devenue un succès de niche sur la côte Est et a permis à son auteur de signer son premier contrat avec l'étiquette majeure Columbia Records en 1972.
La chanson parlait de l'héroïne, et Billy Joel l'avait écrite après avoir vu des jeunes en acheter dans la rue. «Certains croient que c'est une chanson pro-drogue, mais ce n'est pas ça du tout! C'est une chanson contre la drogue», a affirmé Joel dans son entrevue avec Howard Stern.
Dans la même entrevue, celui qui a eu toutes sortes de problèmes de consommation durant sa carrière affirmait toutefois n'avoir goûté qu'une seule fois à cette substance. «J'ai essayé l'héroïne une fois, je me la suis fait injecter par un autre, mais j'ai eu la peur de ma vie. J'étais tellement défoncé que j'ai compris rapidement comment on pouvait devenir accro. La pièce Scandinavian Skies [sur l'album The Nylon Curtain] parle de ce trip d'héroïne.»
Captain Jack allait finalement se retrouver sur son second album, le quadruple platine Piano Man, paru en 1973 et comportant, en plus de la célèbre pièce éponyme, les simples Worse Comes to Worst, Travelin' Prayer et The Ballad of Billy the Kid. C'est cet album qui allait donner un solide coup d'envoi à plus de quatre décennies de succès, 33 titres dans le top 40 du palmarès Billboard, 6 prix Grammy et 150 millions de disques vendus.
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Vous voulez y aller?
Qui : Billy Joel
Où : plaines d'Abraham
Quand : vendredi 11 juillet, 21h30
Billets : laissez-passer du FEQ
Tél. : 418 523-4540
New York plutôt que Vegas
Alors que certains artistes, notamment Céline Dion, Shania Twain et Elton John, font résidence à Las Vegas, Billy Joel a décidé de présenter un spectacle en résidence dans sa ville, au Madison Square Garden de New York, où il offre une prestation par mois depuis janvier.
«Ça faisait quelques années que j'y pensais. J'avais pris trois années de congé après ma tournée avec Elton John, qui avait pris fin en 2010, et comme j'avais déjà fait une série de 12 spectacles au Madison Square Garden, on a décidé d'essayer ça. Je continuerai tant qu'il y aura des gens au spectacle et tant que j'aurai la santé. C'est la plus belle place au monde!» a déclaré Joel à l'animateur radiophonique Howard Stern en avril.
Lors de cette entrevue, le chanteur s'était aussi ouvert sur les raisons qui ont fait qu'il n'a pas fait paraître d'album de nouvelles compositions depuis plus de 20 ans. «Plus personne ne vend d'albums. Je ne veux pas faire de nouvel album parce que je ne veux pas écrire de nouvelles chansons.»
«J'écris de la musique différente au piano classique, je ne veux plus écrire des mots, je veux que la musique parle toute seule. J'avais commencé à écrire des chansons et c'est devenu autre chose», a-t-il déclaré à propos de Fantasies & Delusions, un album de compositions classiques de Joel interprétées par le pianiste britannique Richard Joo paru en 2001.
«J'en avais assez, ça m'ennuyait. Je voulais écrire autre chose qu'une chanson pop de trois minutes», a-t-il également déclaré au Daily Express. «J'adore avoir écrit, mais je déteste écrire, donc après je tombe en dépression post-partum et je me dis : "Ah non, je dois encore recommencer?"»