Le projet commencé par Pierre Bourgault reprend l'idée d'Habitat, qu'il a créé en 1969. Il s'agit d'une maison miniature qui peut pivoter sur un axe, permettant ainsi aux occupants d'avoir la vue qu'ils veulent.

Biennale de sculpture de Saint-Jean-Port-Joli: duos des bois

La série estivale Bitume et herbes folles vise à vous faire découvrir des projets d'art urbain qui façonnent le visage de Québec et de Lévis, et des rendez-vous d'art actuel dans les villages bucoliques de Deschambault et de Saint-Jean-Port-Joli.
<p>La chorégraphe Chantal Caron, de Fleuve Espace Danse, intégrera à ses danseurs une immense marionnette créée par Stéphanie Gilot.</p>
<p>Berthier Guay (photo) et Mireille Lavoie envisagent «de créer une immense place composée de bois recyclé, avec des motifs de feuilles», indique le commissaire Nicolas Mavrikakis.</p>
Le bois et la rencontre sont au coeur de la Biennale de sculpture de Saint-Jean-Port-Joli cette année. En jumelant des artistes des environs à des artistes de l'extérieur, le commissaire Nicolas Mavrikakis espère que le courant, et le savoir-faire, passent d'un groupe à l'autre.
Les techniques, les idées et les visions du monde devraient se mélanger et se faire écho de belle façon, si on en juge par le travail qui était déjà amorcé lorsque nous avons parlé au commissaire et à Michel Saulnier, qui agit comme «chef de création». Pendant les 10 jours de travail sur le terrain, toutefois, tout peut changer...
D'autant plus que les oeuvres naîtront du travail et de la réflexion commune d'artistes qui ne s'étaient jamais rencontrés. Et qu'entre Mont­réal et Saint-Jean-Port-Joli, il y a tout un monde. «J'ai l'impression qu'on se connaît mal», indique Nicolas Mavrikakis.
Les duos s'articuleront selon différentes dynamiques. Pierre Bourgault et Dean Baldwin, par exemple, feront des oeuvres autonomes qui dialogueront entre elles. Bourgault reprend l'idée d'Habitat, qu'il a créé en 1969, en construisant une maison miniature qui peut pivoter sur un axe, permettant ainsi aux occupants d'avoir la vue qu'ils veulent. «C'est une cellule presque monacale, un lieu de création intime», note le commissaire. Baldwin, qui avait aménagé un bar sympa­thique dans un bateau renversé à la Triennale québécoise, construira lui aussi un lieu convivial qui invite à la rencontre.
Usages et expertise
Titrée Bois d'oeuvre, rendez-vous au coeur de l'ouvrage, la biennale mettra en valeur différents usages du bois, sans tomber dans la démagogie. Stéphane Gilot, dont on a pu voir les constructions au Musée national des beaux-arts l'an dernier, créera une immense marionnette de bois que la chorégraphe Chantal Caron, de Fleuve Espace Danse, pourra intégrer à ses danseurs.
Le tourneur de bois Michel Robitaille et Mathieu Latulippe devraient quant à eux construire une écharde démesurée, une grande sculpture qui percera le ciel. Alors que Marc-Antoine K. Phaneuf, qui s'intéresse aux symboles d'histoire populaire, et Robert Gaudreau, un sculpteur traditionnel qui fait entre autres des nains de jardin, devraient mettre en scène une fausse vitrine.
Dans l'espace public
Lorsqu'il a eu vent du mariage d'art actuel et de tradition que Nicolas Mavrikakis souhaitait provoquer, Michel Saulnier, installé à Saint-Jean-Port-Joli depuis 20 ans, a eu envie de lui montrer que plusieurs sculpteurs de jadis s'étaient transformés en entrepreneurs. Le commissaire a profité de l'occasion pour jumeler les détenteurs de cette expertise technique à des artistes qui créent dans l'espace public.
«Je n'en pouvais plus que le bois soit totalement refusé pour l'art public, comme si on avait un dégoût du bois, qui nous rappelle trop le passé», soutient le commissaire. Alexandre David, qui crée d'invitantes plateformes qu'il ancre dans des lieux publics, pourra apprendre auprès du trio d'Art Massif, qui a développé une machine unique qui permet de compresser et de tordre le bois pour construire des charpentes. Mireille Lavoie et Berthier Guay (de Matériauthèques) envisagent eux aussi «de créer une immense place composée de bois recyclé, avec des motifs de feuilles», indique Mavrikakis.
Le dernier duo, composé de Simon Bilodeau et d'Arbre-Évolution, lancera un avertissement pour l'avenir, sur une note dramatique. «Il y aura peut-être un mât, qui est cassé, une structure en bois à moitié démolie, mais qui sera très sécuritaire», note-t-il.
Le commissaire se permet un éditorial artistique dans une exposition parallèle, Mémoires, coordonnée par Michel Saulnier.
Il a demandé à un artiste, qui n'est nommé qu'avec le pseudonyme Yvan B., de reproduire des pièces importantes de l'histoire de l'art, comme l'urinoir de Duchamp, en bois. «Ça me choque profondément que des artistes fassent appel à des artisans, s'approprient leur travail et ne mettent même par leur nom sur les oeuvres. C'est un peu ma réponse», indique Mavrikakis.
Les bateaux miniatures de Luc Leclerc, les matrices de bois du forgeron Étienne Guay et les hybrides d'Alain Cadieux, que Saulnier qualifie de «patenteux actuel au travail qui rappelle celui des surréalistes», seront aussi de l'exposition.
De nombreuses activités, comme Sors ta sculpture (où les gens sont invités à amener leurs trésors) et un parcours déambulatoire orchestré par Guy Sioui Durand sont au menu. La lauréate du premier Prix de la relève en sculpture, Mathilde Leveau, travaillera aussi sur place pendant la biennale.
Herbes folles
Itinéraire
À partir de Lévis, on peut prendre la 132 Est (plus long, mais plus joli), qui croise la rue Caron, qui mène au parc des Trois-Bérêts. En empruntant l'autoroute 20 Est (plus rapide), il faut prendre la sortie 414, puis la route de l'Église, tourner à gauche sur l'avenue de Gaspé et à droite sur Caron. Il faut compter environ une heure de route.
Plaisirs bucoliques
Plus de 60 producteurs proposent leurs produits gourmets du terroir au Magasin général du Moule à sucre (248, de Gaspé).
La Fête des chants de marins (du 13 au 17 août) mélange musique, gastronomie et vent du large.
À l'agenda
La Biennale aura lieu du 24 au 27 juillet au parc des Trois-Bérêts.
Programmation complète au biennaledesculpture.com.