L'entraîneur François Pepin prodiguera ses conseils à ses protégés du Centre national d'entraînement Pierre-Harvey Alexis Dumas, Frédérique Vézina et Julien Lamoureux aux Mondiaux U23 de ski de fond, qui auront lieu en Utah, du 30 janvier au 5 février, sur le site olympique de Salt Lake City 2002.

Bien plus qu'Alex Harvey

Fort de ses médailles en Coupe du monde, Alex Harvey est le meneur incontesté du ski de fond canadien. Mais là d'où il vient, une brigade de jeunes fondeurs s'entraînent sans relâche en espérant peut-être un jour l'imiter, qui sait même le dépasser. Coup d'oeil sur l'actualité des autres rejetons du centre d'entraînement du Mont-Sainte-Anne, situé à Saint-Ferréol-les-Neiges, où les héritiers s'exercent dans un lieu nommé en l'honneur du père, Pierre Harvey, et skient dans les traces du fils.
Six athlètes de la région de Québec participent aux Championnats du monde juniors et des moins de 23 ans de ski de fond, fin janvier, en Utah. Et pas d'excuses pour ne pas réussir, insiste le plus jeune.
«En plus, c'est en Amérique du Nord et c'est la cinquième fois que j'y vais [à la station Soldier Hollow], c'est quasiment la maison. Il n'y a plus de cachettes», tranche Philippe Boucher, seul junior de la délégation.
Boucher, 19 ans, de Saint-Jean-Chrysostome, sera accompagné de Frédérique Vézina, 22 ans, de Saint-Ferréol-les-Neiges, d'Alexis Dumas, 21 ans, du secteur Montchâtel à Québec, de Julien Lamoureux, 22 ans, de Sainte-Julie sur la Rive-Sud de Montréal, et de Mathilde Petitjean, Togolaise d'origine de 22 ans installée à Québec depuis deux ans.
Les cinq s'entraînent au Centre national d'entraînement Pierre-Harvey (CNEPH) du Mont-Sainte-Anne. Ils sont dirigés par François Pepin, qui les accompagne là-bas, alors que l'entraîneur-chef du CNEPH, Louis Bouchard, suit Alex Harvey et ses coéquipiers de l'équipe canadienne senior en Coupe du monde.
Les dernières médailles canadiennes aux Mondiaux juniors (2008) et U23 (2011) appartiennent d'ailleurs à Harvey.
Le sixième membre est Antoine Blais, 20 ans, de Lévis, qui s'aligne dans l'équipe du Québec.
Les ambitions québécoises sont plus modérées qu'à l'époque de Harvey. Mais pour une, Vézina se voit parmi les 12 plus rapides de son épreuve, Dumas et Boucher au nombre des 20 meilleurs et Lamoureux, seule recrue du groupe pour des Championnats du monde, espère un top 30.
Grand enjeu
Chacun joue gros dans cette compétition tenue du 30 janvier au 5 février sur le site olympique de Salt Lake City 2002. Le succès de sa saison, une invitation aux Mondiaux seniors fin février, un poste dans le peloton des finales de la Coupe du monde disputées à Québec en mars ou encore une place au sein de l'équipe canadienne la saison prochaine; l'enjeu sera grand.
Des résultats qui définiront la suite de leur carrière, combien cela coûtera et qui paiera. L'actuelle saison nécessite quelque 30 000 $ en dépenses de la part de chaque fondeur. Si Vézina additionne commandites et bourses comme elle peut, Lamoureux compte sur le précieux support financier de ses parents et un peu de sociofinancement.
Sans oublier qu'ils sont tous étudiants post-secondaires : Boucher en techniques policières au Cégep Garneau, Vézina en sciences biomédicales, Dumas en génie mécanique et Lamoureux en kinésiologie, tous trois à l'Université Laval.
Quant à Petitjean, cette ancienne membre de l'équipe nationale de France court sous les couleurs du Togo, mais est intégrée au groupe canadien. Elle a participé aux Jeux olympiques d'hiver de Sotchi, en 2014, où elle était porte-drapeau d'une délégation togolaise comptant trois athlètes et y avait fini 68e sur les 75 participantes du 10 km classique.
Les Mondiaux juniors et U23 se tiennent au même endroit que les championnats nationaux des États-Unis qui ont servi de sélections aux jeunes fondeurs canadiens, début janvier.
Mission coréenne
Du 3 au 5 février, Charles Castonguay sera à la tête de l'équipe B canadienne de ski de fond qui aura la chance d'analyser le parcours et la neige de Pyeongchang, lieu des prochains JO.
À un an des Jeux olympiques, l'étape de Coupe du monde de Pyeongchang revêt une importance capitale. Pourtant, la plupart des étoiles du ski de fond mondial comme Alex Harvey n'y seront pas. Le Canada mandate plutôt une escouade chargée de rapporter le plus d'infos possible. Et aussi quelques bons résultats.
Ce groupe de reconnaissance ou équipe B du programme canadien de ski de fond sera dirigé par l'entraîneur de Québec Charles Castonguay. Il épaule Louis Bouchard avec François Pepin à la tête du Centre national d'entraînement Pierre-Harvey (CNEPH), au Mont-Sainte-Anne.
Castonguay accompagne neuf athlètes en Corée du Sud pour trois épreuves tenues du 3 au 5 février, au centre Alpensia. On connaît Len Valjas et Jesse Cockney, qui court sur le circuit mondial avec Harvey. Un peu moins le seul Québécois du groupe, Simon Lapointe, 23 ans, de Gatineau.
Quand on a joint Castonguay en milieu de semaine, il passait quelques jours à la maison entre l'Ouest nord-américain et le reste de la planète. «C'est une épreuve-test pour les JO de 2018. C'est important, mais plusieurs des meilleurs fondeurs préfèrent se concentrer sur leur préparation pour les Championnats du monde», qui s'amorcent le 22 février en Finlande.
Ce sera donc une occasion en or d'analyser les parcours et de recueillir le plus d'informations possibles sur la neige de Pyeongchang, sa texture, son adhérence, et ainsi identifier les produits de fartage les plus adéquats.
Chance aussi pour des athlètes d'ordinaire de fond de peloton à ce niveau d'inscrire de bons résultats. Un top 30 amène des points de classement pour le fondeur, de l'argent de la FIS pour l'équipe et des quotas supplémentaires pour le pays.
Pour un, Lapointe vise d'être le premier Canadien au fil d'arrivée et d'ainsi décrocher une invitation pour les finales de la Coupe du monde présentées à Québec, du 17 au 19 mars.
Préparateur de Dominique Maltais
Castonguay est d'abord préparateur physique. Il a conseillé la planchiste Dominique Maltais pour les Jeux olympiques de 2014, où elle a été médaillée d'argent du snowboardcross, et les taekwondoïstes du club de Sainte-Foy Karine Sergerie, Sébastien Michaud et François Coulombe-Fortier pour leur participation aux JO de 2012.
Mais son lien avec le ski de fond remonte à près d'une dizaine d'années. Il a fait sa maîtrise sur la biomécanique du geste d'un fondeur. D'abord stagiaire, Castonguay est employé du CNEPH depuis huit ans et y oeuvre comme entraîneur à temps plein depuis quatre ans.
«Dans les sports d'endurance, les rôles de préparateur physique et d'entraîneur sont très liés, explique-t-il. Quand tu fais les deux, il y a moins d'interférences et il devient plus facile d'expliquer aux athlètes pourquoi tu leur fais faire ceci ou cela. Et en même temps, tu comprends mieux leur quotidien.»
Pendant que Bouchard parcourt l'Europe aux côtés de Harvey et de l'équipe canadienne, Pepin suivra un groupe d'espoirs aux Mondiaux juniors et moins de 23 ans, en Utah. Ce qui laisse Castonguay avec sa première mission comme chef de groupe, une belle marque de confiance de la part de Ski de fond Canada, souligne-t-il.
Il sera aussi des étapes de Coupe du monde de Drammen et d'Oslo avec l'équipe A, du 8 au 12 mars, question de laisser Bouchard souffler un peu et rentrer à Québec préparer la fin de saison.
Le Canada aux Mondiaux juniors et U23 de 2017
• 23 fondeurs
• 13 de moins de 20 ans (juniors)
• 10 de moins de 23 ans
• 6 Québécois, dont 3 juniors et 3 U23
226 900 $
Budget total des deuxièmes Championnats du monde juniors de ski nordique de l'histoire tenus en 1979 au Parc du Mont-Sainte-Anne, lieu actuel du Centre national d'entraînement Pierre-Harvey. On avait construit le chalet pour l'occasion, en plus d'aménager une aire de départ et d'arrivée. Il s'agissait de la première compétition d'envergure internationale de ski de fond organisée au Canada. Le ski nordique réunissait des épreuves de fond et de saut.