L'entraîneur de biathlon Jean Paquet

Biathlon: la dernière cible de Jean Paquet

Sur la page frontispice de la section du biathlon dans le guide de presse de l'équipe canadienne à Sotchi, une photo de Myriam Bédard avec le dossard 67 sur le point de remporter l'or du 15 km aux Jeux de Lillehammer, l'une de ses trois médailles en carrière. À sa façon, son ex-copain a aussi réalisé un triplé olympique.
Jean Paquet a participé aux Jeux à titre d'athlète (1992), spectateur (1994) et entraîneur (2010 et 2014), les deux dernières fois dans le rôle d'entraîneur de Jean-Philippe Le Guellec. Mais cette association tire à sa fin en raison de la retraite annoncée du meilleur sportif masculin de l'histoire de la discipline au pays.
Un pincement au coeur accompagne Paquet au Centre Laura de biathlon-ski de fond. Chaque course de Le Guellec le rapproche du fil d'arrivée, définitif et sans appel.
«Il va me manquer, c'est certain. J'ai passé huit belles années avec lui sur la Coupe du monde. Ça fait longtemps que je suis préparé à cela, on s'en parle souvent. Il s'agit d'un élément de motivation dans son cas, il voulait fini au sommet de son art et non pas sur le déclin», explique l'entraîneur de 48 ans de Val-Bélair.
Réorganisation chez Biathlon Canada
Si les plans de Le Guellec sont clairs, ceux de Paquet le sont moins. Au moment où le Canada connaît ses plus grands succès sur la scène mondiale depuis les deux médailles d'or de Myriam, Biathlon Canada a prévu une réorganisation complète au terme de l'année olympique. Il ne sait pas ce que l'avenir lui réserve.
«Est-ce que je vais rester dans le coaching? On verra. On m'a déjà fait part qu'il y aurait une restructuration, ça dépendra qui reste dans l'équipe. À Québec, il y aurait Audrey [Vaillancourt], mais J.P. ne sera plus là et je ne sais pas si Marc-André [Bédard] va continuer. Même si ça devait se terminer cette année, ce fut une un belle aventure. Je ne pensais pas que ça aurait duré aussi longtemps.»
Le biathlon a pris son envol avec les podiums de Bédard, dont la saga judiciaire a plus tard porté ombrage à son exploit sportif. Mais personne ne pourra jamais renier ce qu'elle a fait sur les parcours de biathlon.
«Ça fait déjà 20 ans que Myriam gagnait ses deux médailles d'or, c'est vrai. J'y ai pensé, mais en parler me le fait réaliser encore plus. J'ai eu la chance d'être dans un bel environnement de biathlon. Depuis, j'ai vécu de belles choses en biathlon, mais il reste qu'une médaille d'or, c'est un autre pallier.»
Le spécialiste estime que ce doublé inégalé l'a motivé à poursuivre l'aventure, réalisant qu'il était possible de l'emporter d'une manière propre. «Si la seule façon de gagner avait été de se doper, je n'aurais probablement pas poursuivi dans la même veine. En s'entraînant correctement, et avec du talent, il est possible d'obtenir des médailles. Mes amis français grimpent souvent sur le podium - comme ce fut le cas dans la poursuite - et je suis convaincu qu'ils sont propres, eux aussi», a confié celui regarde plus vers l'avenir que dans le passé dans sa relation avec celle qui a donné son nom au centre de biathlon de la base militaire de Valcartier.
Aux Jeux d'Albertville, Paquet avait terminé 77e du 20 km, son coéquipier Steve Cyr prenant le huitième rang au sprint de 10 km. Les deux avaient développé l'art de la curiosité en s'imprégnant des méthodes d'entraînement des autres nations. Il dit avoir été plus performant comme entraîneur qu'à titre de biathlète.
«Je m'impliquais beaucoup avec les autres équipes, j'ai fait des camps avec les Biélorusses, les Italiens, les Américains. J'ai eu un entraîneur allemand, j'ai fréquenté les Français. J'ai goûté à toutes les sauces, je connais plusieurs systèmes d'entraînement. Si j'avais su tout cela à l'époque, ça m'aurait aidé comme athlète, mais ça m'a permis d'être un meilleur coach. Il reste qu'un entraîneur dépend du talent qui se retrouve entre ses mains.»
Avec Jean-Philippe Le Guellec, il aura été choyé jusqu'au bout!