Bernard «Rambo» Gauthier

Bernard «Rambo» Gauthier: «L'être humain derrière l'apparence de brute»

Sujet d'étude de la commission Charbonneau depuis trois semaines, Bernard «Rambo» Gauthier ressort de son témoignage «beaucoup plus humain» que ce à quoi tout le monde s'attendait, selon le spécialiste en image Bernard Motulsky, titulaire de la Chaire de relations publiques et communication marketing de l'Université du Québec à Montréal. Une carrière politique n'est pas à exclure pour le chef syndical, estime M. Motulsky.
Q Bernard Gauthier ressort-il gagnant ou perdant de son passage à la commission Charbonneau?
R Ce qu'on peut dire, c'est qu'il est arrivé là et on pensait que c'était une brute finie, et il en ressort avec une image beaucoup plus humaine. On a l'impression d'avoir vu l'être humain derrière l'apparence de brute.
Q Comment est-il parvenu à dégager cette impression?
R Il avait l'air naturel. C'est toujours ce qu'on recherche quand on voit quelqu'un à la télévision, on veut que la personne nous apparaisse telle qu'elle est. Même si ça peut avoir été préparé, il était habillé de la façon dont on a l'impression qu'il s'habille habituellement et il parlait de la même façon, même s'il a quand même choisi ses mots. [...] Il regardait la commissaire, il n'avait pas l'air de fuir les questions, il n'a jamais dit «je sais pas», contrairement à ce qu'on voit parfois dans les témoignages comme ça. Et même si on n'aime pas ce qu'il est, il reste que c'est moins dommageable d'avoir l'air authentique.
Q Malgré ses méthodes musclées sur les chantiers de la Côte-Nord?
R On peut lui reprocher d'être un gros bras, mais on ne peut pas dire qu'il a essayé de ne pas être ce qu'il est. Il ne s'est pas présenté comme un agneau doux qui passe son temps à donner des caresses aux gens. Il a assumé sa personnalité, mais il a expliqué pourquoi il a fait ça.
Q Certains voient Bernard Gauthier comme député, d'autres l'ont comparé à Michel Chartrand. Est-ce le signe qu'il sort renforcé de la commission?
R Il s'est repositionné. La commission, c'est un peu le Star Académie de la politique. Vous avez une notoriété instantanée, parce qu'il y a une belle couverture de presse. Quand on recherche vite dans notre inconscient un syndicaliste un peu agressif, qui s'est défendu toute sa vie pour défendre les travailleurs opprimés, on pense à Michel Chartrand. Dans un cas, c'est une carrière, dans l'autre, pour l'instant, il y a certainement des gestes. Mais c'est sûr que la notoriété plus un positionnement [qui le montre] capable de défendre ceux qui ont des difficultés, ça ouvre la porte à d'autres places dans le domaine public.
Q Ça ne vous étonnerait pas de le voir gravir les échelons?
R On le voit en ce moment avec les leaders étudiants. Ils ont gagné de la notoriété en défendant une cause. Une fois que la cause est mise de côté, la notoriété reste acquise et ça peut être utilisé pour être plus présent et, éventuellement, ouvrir vers des carrières politiques. Il s'est présenté aussi comme quelqu'un qui avait des solutions pour régler les problèmes de tension et de violence dans le milieu de la construction. Il parle de mobilité de la main-d'oeuvre comme solution, ça ressemble à un discours politique.
Q Donc, il pourrait un jour devenir député?
R Il a des atouts. Là, de savoir s'il y a un parti [intéressé]... C'est plus difficile pour un parti de se coller à l'image d'intimidation et de violence qu'il véhicule. [...] Pour qu'il puisse faire une carrière politique, on va s'attendre à ce qu'il ait plus qu'une notoriété, ça prend des regrets des gestes posés. Pour l'instant, ça ne semble pas sur la table.