Bernard «Rambo» Gauthier

Bernard «Rambo» Gauthier assure s'être assagi au fil des ans

Bernard «Rambo» Gauthier admet hausser le ton envers les employeurs qui ne veulent pas adopter ses façons de faire sur la Côte-Nord, mais assure qu'il s'est assagi, au fil des ans, et qu'il a même déjà calmé des manifestants enflammés, et ce, à la demande même d'une municipalité.
«Moi, là, dire à quelqu'un que c'est un plein de marde quand c'en est un, ça me fait du bien. Ça m'enlève le goût d'y allonger ma main sur la gueule. Je vous l'ai dit: j'avais comme pas d'allure avant, j'étais agressif et impulsif. Mais il y en a qui sont vraiment... qui ne veulent rien savoir, et on dirait qu'il fait l'imbécile devant toi. Lui aussi parle fort des fois, il crie. Le ton monte. Il me semble que d'avoir le privilège d'y dire le fond de ta pensée, ça enlève un peu d'adrénaline», a expliqué M. Gauthier, mercredi, devant la Commission Charbonneau.
Encore une fois, le représentant de la section locale des opérateurs de machinerie lourde, affiliée à la FTQ-Construction, a nié avoir souvent fait de l'intimidation depuis qu'il est représentant syndical. Tout dépend de comment on définit l'intimidation, a-t-il laissé entendre. «L'intimidation, elle débute où et s'arrête où?»
Intimidation
Il n'a admis qu'un seul épisode d'intimidation, lorsque la commission lui a fait écouter une conversation téléphonique enregistrée par le représentant d'un employeur, à son insu. Il y disait à son interlocuteur: «jusqu'au moment que je te rencontre, t'es mieux de fermer ta calisse de gueule. Parce que tu vas voir que Rambo, dès qu'il te crisse ça dans les dents, là, tu ne la trouveras pas drôle.»
Dès que le procureur de la commission, Me Simon Tremblay, a annoncé qu'il allait faire entendre cet enregistrement, M. Gauthier l'a interrompu: «pas obligé de le passer, c'est de l'intimidation», a-t-il admis. Et il a soutenu qu'il s'agissait là d'une «arnaque, d'un frame up» parce qu'il a été enregistré à son insu et que cet enregistrement a été remis à Radio-Canada, qui l'a diffusé.
Il a ainsi fait valoir que dans la construction, «c'est viril», le ton monte parfois, et les entrepreneurs aussi montent le ton. Donc quand un entrepreneur refuse de respecter sa définition très stricte des juridictions de métiers, où chacun ne doit faire que sa tâche, et pas celle des autres métiers, il se rebiffe pour défendre ses opérateurs de machinerie.
«Ça peut arriver que je lève le ton»
«Ça brasse. Ça ne brasse pas physiquement, là, mais je hausse le ton, et je me fais entendre. J'argumente mes arguments et s'il ne veut rien savoir, un moment donné ça peut arriver que je lève le ton. C'est arrivé souvent, surtout dans mes débuts», a-t-il admis.
La juge France Charbonneau lui a lancé qu'il était un peu l'artisan de sa réputation de brute.
«C'est ironique, parce qu'avant, je n'étais pas du monde; j'étais agressif, j'étais impulsif. Et je n'avais pas de classe. Et j'avais la paix dans ce temps-là. Puis à partir du moment où j'ai décidé de faire un homme de moi et de faire de quoi avec ma peau, de m'améliorer, et bien là, on dirait que tout me tombe dessus», a-t-il protesté.
Il a admis que son «patron» syndical, Bernard Girard, directeur pour tout le Québec de la section locale des opérateurs de machinerie lourde, l'a même averti à quelques reprises de se calmer, lui reprochant son agressivité.
Mais il n'a jamais été sanctionné ou suspendu, par exemple.
Son rôle atténué
Me Tremblay a eu beau énumérer les exemples de menaces ou d'intimidation que d'autres ouvriers ont attribuées à Bernard Rambo Gauthier, il a toujours atténué son rôle dans ces incidents.
Par exemple, dans le cas de Normand Pedneault, qui s'était mis à pleurer devant la commission en racontant que ses frères avaient été molestés et qu'un groupe d'une quarantaine d'hommes avaient assiégé son chantier, il a rappelé qu'il n'était même pas là - ce que M. Pedneault avait confirmé.
Dans un autre cas où il aurait menacé de casser les jambes d'un grutier de 64 ans, il a soutenu que c'était complètement faux. «Un homme de 64 ans, voyons donc! J'étais cinglé, mais pas à ce point-là!»
Pacificateur
Il a assuré avoir aussi joué un rôle de pacificateur à l'occasion.
Ainsi, il a relaté une manifestation survenue à Havre-Saint-Pierre, au chantier CRT Hamel Construction, où même des conseillers de la municipalité lui auraient demandé d'intervenir pour calmer des gens, à lui et à son pendant à la section locale des manoeuvres, Michel Bezeau, aussi de la FTQ-Construction.
Des «Cayens» - le surnom des gens de Havre-Saint-Pierre - étaient «en feu», comme des «guerriers», a décrit M. Gauthier, parce qu'ils voulaient travailler à ce chantier fédéral sur un quai. Les policiers avaient même été appelés tant il y avait du brasse-camarade.
M. Gauthier affirme qu'il a réussi à calmer les gens en leur montrant, exemples à l'appui, qu'ils n'avaient pas les compétences pour effectuer les tâches prescrites. Oui il y avait bien un soudeur parmi eux, mais pas un soudeur à haute pression, par exemple. Les manifestants ont fini par se calmer après son intervention, a-t-il relaté.
Il a convaincu l'employeur de laisser tomber sa plainte en lui demandant si ça lui tenterait de «se faire traiter de plein de marde» pendant des années encore dans la communauté.
Pas peur
Le représentant syndical a nié les propos de l'enquêteur Michel Comeau devant la commission voulant que même la Sûreté du Québec dans la région avait peur de lui. «S'ils ont peur de moi, ils me coûtent cher de tickets en tout cas!» s'est-il exclamé.
Par ailleurs, en réponse aux questions du commissaire Renaud Lachance, il a admis qu'il demande aux entrepreneurs de respecter à la lettre les conventions collectives dans l'industrie de la construction, sur la Côte-Nord, mais que lui-même ne les respecte pas pleinement.
Il a concédé que même si les conventions collectives dans l'industrie prévoient la mobilité interrégionale de la main-d'oeuvre, lui insiste pour qu'il y ait plus d'embauche d'ouvriers provenant de la région.
Il se trouve donc ainsi à ne pas respecter les conventions collectives, alors qu'il exige un respect rigoureux de la part des entrepreneurs, notamment dans les juridictions des métiers et les heures supplémentaires.