Bernard Labadie: «Je reviens d'un long voyage»

CRITIQUE / Il dirige assis sur une chaise parce ses jambes sont encore trop faibles pour le porter pendant toute la durée d'un concert. Il le fait sans baguette parce que les médicaments qu'on lui prescrit font trembler ses mains. Exception faite de ces inconvénients, on peut dire que Bernard Labadie a démontré toute l'énergie qu'on lui connaît lors de son retour à la tête des Violons du Roy et de la Chapelle de Québec, mercredi soir à la salle Raoul-Jobin.
Une ovation monstre a salué l'entrée sur scène du chef d'orchestre. Avant d'ouvrir ce concert marquant ses retrouvailles avec ses plus chers collaborateurs, Bernard Labadie a pris le temps d'étreindre tous les musiciens qui se trouvaient à sa portée. On ne l'avait à vrai dire jamais vu aussi démonstratif. On sentait qu'il était ému et que l'instant était précieux pour lui. Reste que de nombreuses violonistes, les yeux dans l'eau, semblaient plus touchées encore.
«Je reviens d'un long voyage», a commencé par dire, d'une voix un peu nouée, celui qui a combattu pendant de longs mois un cancer particulièrement agressif. Un cancer qui, rappelons-le, a failli plus d'une fois l'emporter.
Le chef a également voulu remercier tous ceux qui, de près ou de loin, ont pris part à son retour à la santé, notamment l'équipe de l'Hôpital de Freiburg, en Allemagne, et celle de l'Hôpital de l'Enfant-Jésus à Québec, laquelle, au cours des mois, est devenue sa «deuxième famille». «Merci du fond du coeur», a-t-il également dit aux nombreux amis et supporteurs qui ont manifesté leur soutien au plus fort de l'épreuve. «Vous avez été mon carburant pour passer à travers.»
Le «miraculé» a terminé en remerciant les membres de sa propre famille, notamment sa soeur Lorraine, «dont le sang coule désormais dans mes veines et sans laquelle je ne serais pas là ce soir». Il a enfin évoqué un «grand absent», l'ex-maire Jean-Paul L'Allier, grand défenseur de la culture en général et des Violons du Roy en particulier, disparu en début d'année, et à la mémoire duquel le concert était dédié.
Puissant et expressif
On a pu ensuite constater, alors que s'amorçait la Messe en do mineur de Mozart, que Bernard Labadie n'a pas réduit ses exigences à l'endroit des instrumentistes et des chanteurs qui l'entourent. L'exécution de l'oeuvre s'est révélée remarquablement nuancée et portée par un élan puissant expressif. Le maestro a semblé prendre un plaisir intense dans son exécution.
Dans le Kyrie, on a d'abord découvert la magnifique voix de la soprano allemande Lydia Teuscher, laquelle est dotée d'un timbre à la fois brillant et délicat, et qui passe la rampe sans difficulté aucune (on a pu l'apprécier encore mieux un peu plus tard dans le très gracieux Et incarnatus est. L'équilibre avec le choeur et l'orchestre était pour ainsi dire parfait.
Dans le Gloria, lancé dans un mouvement très rapide et énergique, on a pu reconnaître la fougue labadienne dans sa plus véhémente expression. La mezzo-soprano Kritzstina Szabó, qui remplaçait au pied levé et avec assurance sa collègue Allyson McHardy, a fait belle figure dans le Laudamus te.
Les moments les plus intenses de l'oeuvre, on les doit bien sûr à la Chapelle de Québec. Au Qui tollis, la puissance de toutes ces voix réunies a fait s'élever sur scène un monument sonore des plus majestueux. À ce stade du programme, on se disait que, décidément, Bernard Labadie n'a pas perdu le feu sacré. D'ailleurs, quelques instants plus tard, le début du Credo, avec son impétueux accompagnement de cordes, et ses effets dynamiques plein de goût et d'intelligence, prenait une dimension épique inattendue.
Le Requiem, une oeuvre plus familière, occupait la deuxième partie du concert. L'interprétation était de la même qualité que celle de la Messe. L'exécution du Lacrymosa, que les cordes ont accompagné avec tact, était pleine de vérité et de sentiment.
***
LES VIOLONS DU ROY ET LA CHAPELLE DE QUÉBEC.
Direction : Bernard Labadie, chef d'orchestre. Solistes : Lydia Teuscher, soprano; Krysztina Szabó, mezzo-soprano; Thomas Cooley, ténor; Benjamin Appl, baryton. W.A. Mozart : Messe en do mineur, K. 427; Requiem K. 626 (version révisée et complétée par Robert D. Levin). Mercredi à la salle Raoul-Jobin. Présenté de nouveau jeudi à 20h au même endroit et vendredi à 19h30 à la Maison symphonique de Montréal.