Le stock de homard est en excellente santé, mais le défi pour la première moitié de saison 2017 a été de composer avec les vents, qui ont fait perdre près du tiers des jours de capture en mai.

Battra-t-on encore le record?

Les temps ont bien changé pour les pêches commerciales québécoises. Il y a 20 ans, l'état de crise provoqué par le moratoire touchant la morue et le sébaste risquait tous les printemps de provoquer des manifestations. Depuis cinq ans, une question d'un tout autre ordre se pose; battra-t-on le record de revenus de l'année précédente?
Les prises globales de produits marins ont crû sans arrêt depuis 2013, et chaque année génère un nouveau record. En 2014, ces débarquements à quai ont franchi le cap des 200 millions $ pour la première fois, à 204,5 millions $. Cette marque a été nettement fracassée en 2015, à 238,5 millions $, et de nouveau l'an passé, avec 258,6 millions $.
Quand on demande à Jean-Paul Gagné, directeur général de l'Association québécoise de l'industrie de la pêche, si 2017 pourrait constituer une quatrième année record de revenus globaux pour les pêcheurs, il reste calme.
«Je pense que oui, avec les prix qui sont payés [...] Il faut comprendre que 2016 a été une année exceptionnelle. Cette année est aussi exceptionnelle, dans le crabe des neiges, en raison du quota de la zone 12 [du sud du golfe Saint-Laurent], qui a doublé. Et le prix du crabe est élevé, tellement élevé qu'il pourrait mener à un record [...] Je suis très optimiste, mais il ne faut pas d'excès pour ne pas briser l'élan qu'on avait. Il faut que les pêcheurs aient de bons revenus, et il faut rester conscient de la capacité de payer des consommateurs», explique M. Gagné.
Il garde en mémoire ce qui s'est passé à la suite de la saison 2016 de pêche à la crevette, caractérisée par des prix record. «On est resté avec un inventaire important l'an passé. Le consommateur trouve que ça coûte trop cher.»
Ce consommateur est québécois et canadien, mais il est avant tout américain, européen, japonais et parfois chinois.
Une fois transformées, les prises québécoises ont atteint une valeur de 500 millions $ en 2016, environ le double de leur valeur à quai. «On exporte pour 340 millions $ par année au Québec», note Jean-Paul Gagné pour illustrer l'importance de rester en phase avec les marchés internationaux. 
Cette année, le prix du crabe des neiges s'établit à environ 5 $ la livre pour les pêcheurs québécois, un record découlant des quotas en forte baisse en Alaska, la grande source de ce crustacé pour le marché américain. Terre-Neuve aussi a subi une forte baisse de contingent. C'est principalement pour cette raison que Jean-Paul Gagné croit que le crabe des neiges pourrait propulser la valeur des débarquements québécois vers un nouveau sommet.
Un doute pour le homard
Le homard pourrait aussi contribuer à un nouveau record, mais le capricieux mois de mai, climatiquement parlant, fait planer un doute sur la possibilité d'un record. Robert Nicolas, du journal Pêche Impact, a observé que certains pêcheurs ont perdu 35 % des jours de captures en raison des vents au cours du premier mois d'activités. «C'est incroyable. Il y aura une demande officielle de prolongation de saison à cause du mauvais temps», note-t-il.
Quand les pêcheurs font le tour de leurs casiers, par contre, les prises sont excellentes, souligne Jean-Paul Gagné.
«C'est abondant en Gaspésie, mais aussi aux Îles-de-la-Madeleine et dans les Maritimes. Il y a beaucoup de homard sur le marché et à 7,75 $ la livre pour le pêcheur pour les deux semaines du début de saison, on voit des prix record. On pourrait revenir à des prix "normaux" très bientôt. Il faut faire attention. Le consommateur l'achète, ce homard. S'il paie 25 $ pour un homard de deux livres à la poissonnerie, il n'en achètera pas souvent. Il faut être prudent, si on veut rester sur le marché intérieur ou extérieur. Il ne faut pas jouer avec le feu», conclut M. Gagné. 
Le crabe, le homard et la crevette constituent l'épine dorsale des pêches commerciales québécoises, accaparant 80 % de la valeur des débarquements.