Le désordre de l'anxiété sociale est le quatrième trouble psychiatrique le plus fréquent.

Avez-vous peur du monde?

Êtes-vous impressionné par les autres? Au point d'éviter le plus possible les rencontres de nouvelles personnes? De mal dormir la veille de situations nouvelles? De transpirer à profusion en présence de personnes que vous estimez? D'être obsédé par la peur de ne pas être à la hauteur? De rester muet dans les groupes? De cacher votre vie privée au travail? Si oui, vous souffrez probablement de ce que l'on appelle maintenant le désordre de l'anxiété sociale ou la phobie sociale. Jusqu'à un certain point, le malaise engendré par la peur du jugement des autres est partagé par tout le monde. Rares sont les gens qui sont complètement exempts de ce souci. Mais la préoccupation de l'évaluation des autres peut atteindre des proportions vraiment dérangeantes. Et si c'est votre cas, vous n'êtes pas seul, car on estime qu'environ 8 % de la population en souffre à un moment donné dans sa vie, ce qui fait de l'anxiété sociale le quatrième trouble psychiatrique le plus fréquent.
Les grands anxieux sociaux ont moins d'amis que les autres, ils font moins de sorties sentimentales, vivent moins en couple et sont plus isolés. Et comble de malheur, quand ils développent des amitiés et des relations amoureuses, ils ont tendance à y vivre des problèmes. Ceci s'explique par leur manque d'aisance sociale qui induit des réactions négatives chez les autres. Des recherches montrent que la satisfaction conjugale est plus basse chez les anxieux. Les familles dans lesquelles une personne souffre d'anxiété communiquent plus mal et sont moins compétentes dans la résolution de leurs problèmes. 
Mais d'où vient ce mauvais sort? Souvent, la personne avait hérité au départ d'un tempérament plutôt introverti et craintif. Mais ce qui a enclenché la cascade d'anxiété, c'est le comportement des personnes significatives autour de l'enfant. On a répertorié trois types d'environnements familiaux qui peuvent produire de l'anxiété sociale et de la timidité chez l'enfant. Premièrement, des parents qui sont intrusifs et trop contrôlants. Deuxièmement, des parents qui sont hostiles, abusifs ou négligents. Finalement, des familles isolées qui ont peu de contact avec la société. Cependant, il faut éviter d'en mettre trop sur le dos des parents, car ceux-ci réagissent généralement aux attitudes et comportements des enfants eux-mêmes. Ainsi, un enfant méfiant et inhibé induit souvent un comportement parental contrôlant. Il se développe donc une influence bidirectionnelle, car devant l'excès de contrôle des parents, l'enfant anxieux riposte en devenant rébarbatif et désobéissant. 
Même scénario avec les copains des enfants. L'attitude de retrait manifestée par les enfants anxieux induit des perceptions négatives chez les autres enfants qui leur manifestent des formes subtiles d'exclusion et de négligences quand ce n'est pas carrément du rejet, du harcèlement ou de l'intimidation. Vécues dès le cours primaire, ces expériences rendent méfiants pour le reste de leurs jours des enfants déjà fragiles qui craindront le ridicule, le rejet et la trahison. L'anxiété sociale est à l'origine de plusieurs troubles de personnalité et elle rend la personne susceptible de développer des dépressions majeures.  
Heureusement, l'anxiété sociale se traite. Et j'ai beaucoup de plaisir à recevoir des clients qui se sous-estiment alors qu'ils sont fort charmants et compétents. Ils doivent cependant apprendre à décoder les autres autrement. En les faisant explorer leurs déboires interpersonnels, j'aide mes clients à découvrir comment l'attitude amicale suscite l'amitié chez les autres et comment au contraire, la froideur engendre la distance. Les anxieux sociaux ont tendance à être trop discrets. J'ai remarqué, par exemple, qu'ils ont tendance à ne pas me confier la nature de leur travail avant plusieurs séances. Pourtant, c'est par les confidences réciproques que les gens développent la confiance mutuelle, découvrent leurs similitudes et ce qu'ils aiment dans la vie. C'est par la transparence qu'on développe l'aisance de vivre avec les autres. Autrement dit, les anxieux doivent apprendre à être eux-
mêmes en présence des autres.
L'erreur fondamentale des phobiques sociaux est la fuite et l'évitement. Plusieurs se réfugient dans l'alcool qui est une forme d'automédication. D'autres ont recours à des psychotropes. Ceci n'est pas le meilleur traitement, car s'il soulage la tension de l'anxieux, il ne l'aide pas à poser des gestes qui vont l'amener à sortir de sa prison. Les anxieux sociaux doivent plutôt prendre le risque de s'impliquer davantage avec les autres en délaissant de plus en plus leurs comportements axés sur la sécurité. Ils doivent sortir de leur zone de confort. La psychothérapie les aide à réaliser cela par le seul fait de leur procurer un endroit sécuritaire où ils peuvent oser se révéler en faisant reculer ainsi la peur du ridicule qui les hante si fort.