Avec Trudeau, 100 députés de plus

Que vaut Justin Trudeau pour le Parti libéral, sur le plan strictement électoral? Bien simple, une bonne centaine de députés supplémentaires aux 35 en place uniquement pour son image et ce qu'il représente.
Oui, je m'aventure, mais en toute conscience. Avant même d'émettre le moindre soupçon d'un programme politique, le candidat vedette ratisse large.
Il traîne dans sa besace politique, à mon avis, un nombre impressionnant de sièges que sa seule présence en tête de liste peut ramener dans le giron libéral traditionnel.
D'un océan à l'autre, d'une minorité à l'autre, d'un discours à l'autre, le fils de Pierre Elliott Trudeau joue toutes les cartes nécessaires, y compris la carte paternelle, pour réussir son pari.
La promotion du multiculturalisme et la défense des minorités linguistiques constituent deux clés du message du député de Papineau.
La stratégie, évidente depuis son discours de mise en candidature, il y a 10 jours, est «très intelligente», m'a dit le directeur général de l'Association d'études canadiennes, Jack Jedwab.
À partir du moment où l'Alberta et le Québec profond rejettent le Parti libéral sous n'importe quelle direction, le prochain chef a tout intérêt à chercher des votes ailleurs.
Et quoi de plus évident, dans ce contexte, que de rappeler le discours de Pierre Elliott Trudeau sur le multiculturalisme et le bilinguisme, en y ajoutant un assaisonnement de Charte des droits fort populaire dans la population.
Justin Trudeau, en plus, a l'avantage de croire profondément en ces valeurs, ce qui le rend d'une part convaincant en public, mais parfois aussi sujet aux dérapages verbaux.
La politique réelle se joue sur le terrain, pas dans les débats de salon. Or, une fois les jugements de la population portés sur l'économie et la santé, habituellement les deux enjeux électoraux majeurs, nous passons aux «valeurs».
Ces «valeurs» peuvent se traduire en victoires en ciblant les clientèles directement intéressées, et j'ai recensé plus de 120 circonscriptions où elles peuvent justement jouer.
Une certaine règle pratique, dans le monde politique, veut qu'à partir d'un seuil de 15 % des électeurs, un groupe peut élire ou battre un candidat, une fois tous les autres facteurs écartés du débat. Le Parti libéral du Canada (PLC) contrôle actuellement 20 de ces sièges.
Voici le détail : pour les francophones hors Québec, historiquement libéraux, le PLC n'a que 2 élus sur 17 circonscriptions où le vote francophone peut faire la différence.
Au Québec, les libéraux ont 3 des 12 députés là où le vote anglophone compte. Côté multiculturel, le parti compte 4 élus sur les 14 circonscriptions en jeu au Québec. En tout, la récolte peut passer de 7 à 26 sièges, tous sauf un arraché au Nouveau Parti démocratique.
Même mauvais rendement en Colombie-Britannique, où seulement 2 des 18 circonscriptions dites «ethniques» votent libéral en ce moment.
Mais le gros lot vient de l'Ontario, où seulement 9 des 62 circonscriptions multiculturelles ont appuyé Michael Ignatieff en mai 2011. Voilà un marché intéressant, «déterminant» même, m'a dit M. Jedwab.
Qui plus est, précise-t-il, le recensement linguistique publié le 24 octobre confirmera l'augmentation du nombre d'allophones.
L'ajout de 30 nouvelles circonscriptions aux 308 existants, aux prochaines élections, devait au premier abord favoriser le Parti conservateur. Mais cette expansion reflète la hausse de l'immigration dans les banlieues de Toronto et de Vancouver et pourrait par conséquent favoriser un Parti libéral dirigé par M. Trudeau.
Bien sûr, il ne faut pas décider du gagnant avant même le signal de départ officiel. Mais quel autre candidat potentiel peut se targuer d'un tel réservoir électoral? Aucun.