Le Québécois Christopher Boucher, des Ducks de l'Université de l'Oregon (NCAA), devrait être sélectionné en première ou en deuxième ronde du repêchage de la NBA qui aura lieu le 22 juin.

Aux portes de la NBA

Né dans l'île de Sainte-Lucie d'une mère antillaise et d'un père québécois, Christopher Boucher n'avait que quatre ans lorsque sa famille s'est installée à Montréal. «C'est au Québec que j'ai commencé à jouer au basket. Au début, je jouais au soccer, mais je suis devenu trop grand pour ce sport. Alors je me suis mis à jouer au basketball dans les parcs», raconte le géant de 6'10" en entrevue téléphonique avec Le Soleil.
Le joueur de 23 ans savoure présentement des moments qu'il n'aurait jamais cru vivre : en novembre, il devenait l'un des rares Québécois à apparaître en page couverture du magazine Sports Illustrated; les projections indiquent qu'il sera probablement sélectionné en première ou en deuxième ronde du repêchage de la NBA; et il devrait décrocher son diplôme universitaire dans quelques mois.
 Pas si mal pour un type qui avait abandonné l'école sans avoir complété son secondaire et qui n'aurait alors jamais envisagé une carrière dans la meilleure ligue de basketball au monde. «J'avais arrêté l'école à 16 ans, il n'y avait vraiment rien qui allait pour moi», explique celui qui travaillait alors comme plongeur dans un restaurant Saint-Hubert. «Je jouais au basketball pour m'amuser, mais la NBA, je n'y avais jamais pensé.»
C'est une rencontre fortuite alors qu'il s'entraînait au Centre sportif de la Petite Bourgogne qui allait changer sa vie. Les capacités athlétiques de Chris ont impressionné Igor Rwigema, entraîneur de l'Académie de basketball du Québec, alors installée au Collège d'Alma et maintenant déménagée au Cégep de Thetford.
«Igor m'a proposé de m'aligner avec l'Académie et j'ai accepté. Je n'avais pas vraiment d'autre option parce que rien n'allait vraiment bien dans ma vie. En un an avec l'Académie, je me suis développé. C'est plus facile de prendre la critique, j'ai vraiment appris comment m'améliorer avec Igor. Nous étions bien entourés.»
Son passage à l'Académie lui a ensuite permis de s'aligner avec l'équipe du New Mexico Junior College, puis du Northwest College, au Wyoming. Il a tellement brillé que plusieurs équipes universitaires de première division, notamment Memphis, Minnesota et Texas Tech, souhaitaient l'aligner.
«En fin de compte, j'ai choisi l'Oregon pour leur système de jeu. Ils me donnaient plus de latitude et en plus, ils pratiquent un jeu très rapide. C'était parfait pour moi, qui suis un joueur qui aime courir», explique Boucher.
En une du Sports Illustrated
L'an dernier, à sa première saison avec les Ducks, il a atteint les quarts de finale du tournoi de la première division de la NCAA, son équipe s'inclinant 80 à 68 face aux Sooners de l'Oklahoma. Cette année, il maintenait une moyenne de 11,8 points et 6,1 rebonds par match, mais une blessure au genou l'a empêché d'accompagner ses coéquipiers sur le parquet lors du prestigieux March Madness. Heureusement, cette blessure ne semble pas avoir diminué l'intérêt des équipes de la NBA pour lui, selon son ex-entraîneur Igor Rwigema.
«Les Ducks étaient classés 5es avant la blessure de Chris et ils ont été classés 24es après sa blessure. Les gens de la NBA réalisent l'impact qu'il a sur cette équipe», commente le responsable de l'Académie.
Avant de subir sa blessure, le jeu de Boucher propulsait son équipe à un point tel que la revue Sports Illustrated lui a fait l'honneur de le placer en page couverture de son numéro du 7 novembre 2016. Il rejoint ainsi les Russell Martin, Patrick Roy, Guy Lafleur, Henri et Maurice Richard comme l'un des rares Québécois ayant fait la Une du célèbre magazine.
«Quand il y a eu le photoshoot, je ne pensais jamais être sur le cover. C'est spécial un peu, car contrairement aux autres Québécois qui ont fait la couverture de ce magazine, je ne suis pas connu du tout au Québec! Je suis allé étudier aux États-Unis car, après l'Académie, c'était la seule façon de pouvoir faire carrière au basketball.»
Il reconnaît toutefois que la planète basket commence à s'intéresser à ce qui se passe au Canada - et même au Québec -depuis quelques années, alors que Kris Joseph et Olivier Hanlan ont été sélectionnés en deuxième ronde en 2012 et en 2015, les premiers Québécois repêchés depuis Samuel Dalembert en 2001. Jamais repêché, le Montréalais Joel Anthony roule sa bosse depuis 10 ans dans le grand circuit, où il a fait sa place chez les Spurs de San Antonio cette année.
Avant de rêver d'aller rejoindre Anthony sur les parquets de la NBA, Boucher n'a qu'un objectif sportif en tête: le repêchage. «Pour l'instant, c'est tout ce qui me préoccupe. Je veux y arriver. Juste le fait d'avoir l'opportunité d'être repêché, c'est quelque chose.»
Il avoue également retirer une très grande fierté du fait qu'il complétera bientôt son cheminement universitaire avec en poche un diplôme de premier cycle en sociologie-psychologie. «Honnêtement, je ne pensais jamais que j'aurais un jour un diplôme universitaire. Tu ne sais jamais jusqu'où le basketball t'amènera!»
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Ils seront deux
Igor Rwigema
N'en pouvant plus, Igor Rwigema laisse tomber qu'il n'y aura pas un, mais bien deux joueurs issus de son programme au prochain repêchage de la NBA. L'ailier Tidjane Keita, originaire de France, annoncera sous peu qu'il sera disponible pour être sélectionné
«Et selon l'information que j'ai reçue, je m'attends à ce qu'il parte en deuxième ronde», explique-t-il à propos de son poulain de 6'10", qui s'entraîne présentement à Toronto. Comme Chris Boucher, rencontré par hasard dans un gymnase montréalais, ou Quincy Guerrier, qui avait impressionné l'un de ses adjoints dans une ligue d'été, Tidjane a été détecté grâce à ce qu'Igor Rwigema appelle une coïncidence. D'autres parleraient plutôt de la «touche magique» du sympathique entraîneur.
«Je recrutais un joueur en France et sur une photo sur laquelle il figurait, j'ai vu un autre joueur très grand que je ne connaissais pas. C'était Tidjane. J'ai vite vu que c'était un joueur habile et intelligent. Moi, je crois en Dieu et je crois que ça m'aide aussi pour contribuer à faire ressortir leur grand talent.»
Rwigema caresse d'ailleurs un autre rêve pour son Académie: former des joueurs qui, comme Tidjane, passeront directement de Thetford Mines aux rangs professionnels. «Ça se fait en France, ça se fait en Australie. Le premier sera Tidjane, ensuite ce sera Quincy. Je veux leur montrer qu'ils peuvent gagner leur vie avec ça s'ils travaillent fort. Je crois qu'éventuellement, on pourrait en avoir un ou deux à chaque année qui sont repêchés par la NBA.»
D'ailleurs, chaque saison, au moins une ou deux équipes de la NBA envoient des éclaireurs aux matchs de l'Académie. «Cette année, c'est un record, il y en a eu cinq qui ont envoyé des gens nous voir jouer.» L'effet Chris Boucher se fait donc déjà sentir à Thetford Mines, même à quelques mois du repêchage.
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Former de futurs joueurs professionnels à Thetford Mines
La fierté se lit sur le visage de l'entraîneur Igor Rwigema lorsqu'il parle de Chris Boucher, qui deviendra vraisemblablement le premier produit de son Académie de basketball à être repêché par la NBA.
Dans son bureau du Cégep de Thetford, accompagné de Quincy Guerrier, qu'il voit suivre les traces de Boucher dans quelques années, Igor Rwigema explique comment il s'y prend pour transformer en basketteurs professionnels des ados ayant peu confiance en eux. «Mon but est de leur faire réaliser leur potentiel parce que souvent, ils ne savent pas l'impact qu'ils peuvent avoir, ils ne connaissent pas leur talent. Moi, je ne suis pas intimidé par leur talent, je les trouve tous mauvais, je vois beaucoup de lacunes dans leur jeu», explique-t-il, une déclaration qui fait sourire Quincy Guerrier.
Le Montréalais de 17 ans a refusé une offre pour s'aligner avec la prestigieuse école de Montverde, en Floride, qui a formé plusieurs joueurs de la NBA. Il a préféré rester encore deux ans et demi dans le programme «Gold» à Thetford Mines. Il y dispute 45 matchs par année contre les meilleures équipes québécoises, ontariennes et américaines.
«Je veux rester ici, car j'ai confiance en Igor. Il a un plan et je sais que je vais réussir si j'y mets l'effort!»
L'exemple de Boucher
Voir évoluer Chris Boucher, avec qui il a déjà pu discuter et qui a emprunté le même chemin que lui, permet aujourd'hui à Guerrier de rêver sérieusement à la NBA. «Chris m'inspire, car il est parti d'encore plus loin que moi et que maintenant, il va être repêché», poursuit celui qui est conscient qu'il a encore beaucoup d'aspects de son jeu à améliorer avant d'atteindre ce niveau.
 «Je sais que j'ai un très bon tir, mais je veux être plus intelligent sur le terrain, améliorer mon dribble et ma défense, arrêter d'être paresseux...» énumère-t-il. «Tu pourrais ajouter être un meilleur leader et un meilleur coéquipier», ajoute calmement Rwigema.
«Ils savent que quand je les critique, c'est pour leur bien», reprend en souriant l'entraîneur, qui en a vu d'autres en tant qu'ex-joueur des Citadins de l'Université du Québec à Montréal et de porte-couleurs de l'équipe nationale du Rwanda à la Coupe d'Afrique des Nations.