Audrey Robichaud a participé aux Jeux olympiques de 2006 à Turin. Elle ne s'est pas qualifiée pour les JO de Vancouver en 2010, mais sera à ceux de Sotchi en février.

Audrey Robichaud: après le détour, le retour

À un mois des Jeux, Audrey Robichaud a fondu en larmes. Le doc venait de lui dire qu'elle n'irait pas à Sotchi. Sa blessure au genou l'empêcherait de skier au moins deux semaines, donc de se qualifier. Son rêve olympique s'écroulait. Encore.
«Dans ma tête, les Olympiques, c'était terminé», a expliqué la bosseuse, mardi matin, au domicile familial de Val-Bélair. En plein tourbillon préolympique, ses bagages étendus dans le salon.
Par miracle, sa mère avait trouvé une généreuse couturière pour apposer en vitesse les genouillères rouges sur son pantalon de neige blanc au subtil motif de feuille d'érable gris tout neuf. Pantalon trop grand, «mais c'est comme ça qu'elle aime ça», soupire maman.
La petite blondinette avait reçu ses vêtements olympiques la veille, lors d'une annonce officielle, à Montréal. Elle partait en fin d'après-midi pour Tignes, en France, où l'équipe canadienne de ski acrobatique tient son ultime camp d'entraînement avant la Russie.
La grande peine du 4 janvier n'a pas duré. Les critères de sélection comportent une clause blessure lui permettant de piger un troisième de ses quatre meilleurs résultats dans la saison précédente, au lieu de deux. Ce qui lui a permis de faire l'impasse sur la dernière Coupe du monde, la fin de semaine dernière, à Val Saint-Côme.
Robichaud a chaussé ses skis durant une heure et quart, à l'entraînement. «Mais ce n'était vraiment pas assez pour atteindre le niveau nécessaire en compétition. L'enjeu était trop élevé. Je ne voulais pas reblesser mon genou, si jamais j'allais aux Jeux.» Améliorer son sort ou préserver son genou.
Elle a choisi de s'abstenir et d'espérer qu'Andi Naude ne fasse pas un podium. La jeune Saskatchewanaise, qui loge chez les Robichaud quand elle s'entraîne à la rampe d'eau de Lac-Beauport, a pris le 13e rang. Audrey était qualifiée.
Un long chemin
Autant sa route olympique pour 2014 aura nécessité un détour, autant Robichaud avait emprunté un raccourci pour sa première participation, en 2006. Entre les deux, elle a frappé un cul-de-sac. Elle ne s'était pas qualifiée pour Vancouver.
«En 2010, j'ai vécu un deuil, mais je n'ai jamais pensé arrêter, confie-t-elle. Quelques jours après la dernière qualification olympique en Coupe du monde, je me suis virée de bord et je suis allée skier avec ma gang en Coupe nord-américaine.» Qu'elle a gagnée facilement. «J'étais encore plus déterminée.»
Elle a ensuite connu sa meilleure saison en 2011, troisième au classement général. Première victoire sur le circuit mondial en 2012 et une autre en 2013. «En 2010, ça commençait à bien aller mes affaires, mais j'ai manqué de temps. Là, je me sens plus prête. J'ai pas mal de boulot dans les prochaines semaines, mais je suis prête à prendre les bouchées doubles», assure celle qui travaille avec la psychologue sportive Christiane Trottier.
L'Audrey de Turin, «qualifiée presque par hasard» à 17 ans, n'est pas si différente de celle de Sotchi. «J'ai plus d'expérience, je suis plus mature, mais je suis la même personne qui aime autant skier. Mon entraînement est maintenant plus axé sur la qualité que sur la quantité. Ma préparation est devenue plus mentale que technique», analyse-t-elle.
D'ajouter: «En 2006, je n'avais aucun objectif, j'étais juste surprise d'être là.» Elle avait terminé huitième. «Cette année, je ne vais pas aux Olympiques pour finir 10e. Je vise le podium, comme à chaque course. C'est le même niveau que d'habitude, les mêmes filles, mais c'est les Jeux olympiques.»
Dessine-moi une championne
Skieuse dès l'âge de quatre ans, ses parents l'ont inscrite dans le club de ski acrobatique du Relais à sept. Effet du triomphe olympique de Jean-Luc Brassard, l'année précédente. «Je ne pensais jamais que tu pouvais en faire une carrière», se souvient-elle aujourd'hui.
Et pourtant. Quelques années plus tard, participante au concours de dessin annuel de la commission scolaire, Audrey s'est dessinée en train de faire le grand écart en ski au-dessus d'une piste de bosses. Anneaux olympiques en prime! Elle n'a pas gagné le concours, mais elle venait de tracer son destin.
Dix question...
1- Dernière pensée avant le départ?
Je me répète : «Je skie pour moi, je suis fière de moi et j'ai du plaisir.»
2- Musique de motivation?
Jamais en compétition, toujours à l'entraînement : hip-hop, pop, électro-danse, quelque chose de rythmé.
3- Endroit préféré dansle monde pour skier?
Whistler (Colombie-Britannique) pour la neige et le terrain, Deer Valley (Utah) pour la compétition en nocturne.
4- Si tu étais aux JOdans un autre sport?
Ski slopestyle ou surf des neiges
5- Spécialité en cuisine?
Dans l'équipe, je fais la meilleure guacamole et le meilleur pâté chinois.
6- Vie à l'américaineou à l'européenne?
À l'européenne, car les Américains ont beaucoup d'habitudes à changer. L'Europe se rapproche plus de Québec.
7- Où seras-tu dans 10 ans?
Je ne sais pas, mais je ne serai plus skieuse acrobatique.
8- Athlète que tu rêvesde rencontrer?
Sidney Crosby a l'air d'un bon Jack. J'aurais aimé voir Lindsey Vonn, mais elle ne sera pas aux JO.
9- Gourmandise favorite?
N'importe quoi de sucré. En Suède, ils ont des réglisses trempées dans le sucre, j'ai de la misère à m'arrêter.
10- Quand je seraigrande, je serai...
C'est vraiment mon questionnement, en ce moment. Mais chose sûre, je ne serai jamais plus grande que 5'1''. Avec le temps, je vais peut-être même rapetisser!