Michel Bélanger - frère aîné de l'auteur-compositeur-interprète Daniel Bélanger - avait travaillé dans le domaine de la promotion dans l'objectif avoué de devenir producteur de disques.

Audiogram: 30 ans au service de la chanson

L'étiquette indépendante Audiogram est née dans une ambiance de morosité post-référendaire, en pleine crise du disque. Trois décennies plus tard, l'industrie traverse une nouvelle zone de turbulences. Alors qu'il s'apprête à célébrer les 30 ans de la compagnie qu'il a fondée, Michel Bélanger prend la situation avec un grain de sel. «Une crise tous les cinq ans, ça nous force à réapprendre, à repenser le métier», croit-il.
<p> <i>La Llorona</i> Lhasa</p>
<p> <i>MA</i> Ariane Moffatt</p>
Audiogram a vu le jour le 4 septembre 1984 avec le lancement de l'album Nouvelles d'Europe de Paul Piché. Jusque-là, Michel Bélanger - frère aîné de l'auteur-compositeur-interprète Daniel Bélanger - avait travaillé dans le domaine de la promotion dans l'objectif avoué de devenir producteur de disques. Un pari loin d'être gagné d'avance. «Tous les gens que j'approchais pour du financement me répondaient comme si j'étais en état de folie», lance en riant celui qui ne s'est pas laissé démonter.
«J'y croyais, ajoute-t-il plus sérieusement. Je croyais qu'en faisant quelque chose de beau et de bon en musique québécoise, qu'en y mettant l'effort sans restrictions, on allait réussir à s'apprécier entre nous. Je croyais qu'on allait arriver à se parler, à se comprendre... Mais il fallait mettre l'effort en production.»
Le nouveau producteur a utilisé ses contacts dans le milieu artistique pour offrir à sa compagnie une première carte de visite crédible en la personne de Paul Piché. «Je le connaissais déjà, indique Michel Bélanger. Il y avait une configuration dans ses affaires et dans les miennes qui faisait que ça l'intéressait de participer à cette nouvelle aventure. Il a été très courageux, il a quitté une compagnie qui allait très bien à l'époque. On a commencé ensemble... Et ç'a marché!»
Séguin, Richard, Piché
Richard Séguin (pour l'album Double vie) et Michel Rivard (pour Un trou dans les nuages) ont suivi Paul Piché chez Audiogram, qui n'a pas tardé à recruter les Rock et Belles Oreilles, Laurence Jalbert, Jean Leloup et cie. Et la roue s'est mise à tourner, engendrant un «succès d'estime» et de bonnes performances chez les disquaires. La compagnie a tout de même tiré le diable par la queue pendant un bon moment avant de pouvoir sortir la tête de l'eau. 
«Même en vendant beaucoup, il fallait ramer, note Michel Bélanger. À cette époque, le prix de détail pour un disque n'était pas suffisant pour rentabiliser, même avec des ventes très élevées. Sur le plan financier, ce n'était pas assez. C'est l'arrivée du CD avec une augmentation du prix au détail qui a fait qu'on s'en est sorti.»
Entre André Gagnon et Ariane Moffatt, Pierre Lapointe et Loco Locass, Jim Corcoran et Lhasa de Sela, Zébulon et Peter Peter, Alain Lefèvre et Alex Nevsky, Audiogram s'est associé au fil des ans à des créateurs issus d'horizons divers. S'il avoue une «connivence et une complicité» avec les auteurs-compositeurs, Michel Bélanger dit n'avoir jamais trop pensé en termes de genres musicaux.
«Dès le départ, j'avais un parti-pris pour les artistes, évoque-t-il. Quand je regarde ça aujourd'hui, Audiogram a été plus un éditeur qu'un producteur de disques. On était en relation avec des auteurs-compositeurs. On était commis ensemble pour l'oeuvre. Ç'a été ça depuis le début. La base fondamentale d'Audiogram, c'est de se donner la liberté et les moyens de réaliser une vision artistique.»
Encore aujourd'hui, l'étiquette ne craint pas de prendre des risques avec de jeunes artistes ni de prôner la découverte. Dans son calendrier de sorties automnales, le nouveau venu Bernhari (dont le premier album est sorti la semaine dernière) côtoie les formations Hôtel Morphée et Loud Lary Ajust et les auteures-compositrices-interprètes Salomé Leclerc et Mara Tremblay.
Et si le climat est loin d'être au beau fixe dans l'industrie du disque, Michel Bélanger y voit un parallèle avec ce qu'il a vécu lorsqu'il s'est lancé en affaires. «La crise est liée au prix de la musique, résume-t-il. Ce n'est pas qu'il ne s'en consomme pas. C'est qu'elle est consommée soit gratuitement, soit à très peu de frais. On avait identifié il y a 15 ans qu'il y aurait dématérialisation de ce qu'on faisait. On se disait que la musique serait un jour une affaire de droits. C'est devenu une histoire de droits. Maintenant, il faut que la répartition soit équitable, comme elle l'a déjà davantage été pour les artistes et pour les producteurs.»
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<p> <i>Trente</i> 30e anniversaire Audiogram (3CD)</p>
Hommage en simplicité
Pour souligner les 30 ans d'Audiogram, une trentaine d'artistes associés à l'étiquette lui ont rendu hommage en revisitant un titre de leur répertoire. Richard Séguin, Michel Rivard, Zachary Richard, Laurence Jalbert, Paul Piché, Isabelle Boulay, Salomé Leclerc, Ariane Moffatt, Jean Leloup, Pierre Lapointe, Damien Robitaille, Jim Corcoran et Daniel Bélanger ont entre autres pris part au projet.
Ceux-ci se sont succédé cet été au Studio Victor à Montréal pour réenregistrer une de leurs chansons en version acoustique, en une seule prise. Le résultat a été immortalisé sur un disque triple intitulé Trente, qui arrivera sur les tablettes mardi prochain.
<p> <i>Les insomniaques s'amusent</i> Daniel Bélanger</p>
En famille
Un frère producteur de disques, un autre auteur-compositeur-interprète. L'association professionnelle entre Michel et Daniel Bélanger était presque écrite dans le ciel. S'il avoue avoir un peu hésité avant de travailler avec son cadet, le patron d'Audiogram ne l'a jamais regretté.
«On faisait de la musique ensemble depuis notre jeunesse. C'était fabuleux de faire un disque ensemble, raconte-t-il à propos de l'album Les insomniaques s'amusent, paru en 1992. «Mais c'était difficile, parce qu'il y a quand même une relation de proximité, nuance Michel Bélanger. En tant que directeur artistique, j'avais peur de manquer d'objectivité. Mais à force de travailler avec Daniel, je me suis rendu compte que j'étais le même qu'avec Jean Leloup, par exemple.»
<p> <i>Beau Dommag</i>e (1994)</p>
Le plus gros défi
Lorsqu'on lui demande le plus gros risque qu'il a pris dans sa carrière, Michel Bélanger ne trouve pas la réponse. «J'en ai pris beaucoup, beaucoup», laisse-t-il tomber.
Le fondateur d'Audiogram a plus de facilité à cibler le plus grand défi auquel il a fait face en tant que producteur : «Le retour de Beau Dommage en 1994, lance-t-il sans hésiter. Il y avait une date de tombée et c'était impossible de la repousser ne serait-ce que d'une journée. Il y avait un engagement avec toute une mise en marché, des commanditaires... Il a fallu terminer l'album dans trois studios différents avec trois équipes différentes. On a fait plein de choses en simultané pour arriver à terminer.»