Au coeur de la Caserne

Sa façade porte la marque du passé; son arrière, un visage tourné vers l'Orient. La Caserne d'Ex Machina, rue Dalhousie, est un ancien poste de pompiers transformé en lieu de création unique.
La Caserne est située au 109, rue Dalhousie, à Québec.
L'architecture de la bâtisse centenaire a été complètement repensée pour favoriser le décloisonnement entre techniciens, artistes et administrateurs.
«Ce que la Caserne a permis de faire et ce qu'Ex Machina cherche à faire, c'est un long projet de transformation du travail de création», note Michel Bernatchez, producteur, avec qui Le Soleil a fait la visite de l'immeuble inauguré en 1997, et qu'Ex Machina cédera au théâtre jeunesse Les Gros Becs quand elle s'installera dans le Diamant.
<p>La Caserne repose sur les fondations du tout premier marché boursier de Québec. C'est l'architecte Georges-Émile Tanguay qui a conçu sa façade Second Empire.</p>
Plusieurs vies pour un même bâtiment
La Caserne repose sur les fondations du tout premier marché boursier de Québec. Au début du XXe siècle, un poste de pompiers est construit sur ce terrain. C'est l'architecte Georges-Émile Tanguay qui a conçu sa façade Second Empire.
Au tournant des années 80, l'immeuble est laissé à l'abandon et s'enfonce tranquillement dans le sol. Le maire Jean Pelletier décidera de consolider les fondations en y coulant du béton. Puis est arrivé le maire Jean-Paul L'Allier. «L'Allier étant un maire visionnaire, un ancien ministre de la Culture, il comprenait que les choses étaient en train de changer dans les villes [...] Alors, considérant qu'il croyait en l'importance et l'impact économique de la culture, L'Allier nous a proposé cette bâtisse.
C'était intéressant, c'était un beau bâtiment, mais il y avait beaucoup de travail à faire», se remémore Michel Bernatchez. En 1997, Ex Machina inaugurait la Caserne.
Le visage de ce bâtiment devrait toutefois changer dans quelques années, quand Ex Machina s'installera au Diamant et que le théâtre jeunesse Les Gros Becs prendra possession de l'immeuble. «Les Gros Becs vont avoir à transformer ce lieu-là, à l'adapter. Ils pourront quand même profiter des fonds publics investis il y a 17 ans. [...] Il y a quelque chose d'écologique et de sain à recycler les espaces avec de nouvelles fonctions», soutient Michel Bernatchez.
<p>La salle principale est le coeur de la Caserne.</p>
La salle principale
C'est le coeur de la Caserne. Une immense salle cubique, «une boîte noire» de laquelle ont émergé toutes les créations d'Ex Machina depuis son emménagement dans l'endroit.
Extrêmement polyvalente, la salle permet de mettre en marche le processus créatif cher à Ex Machina, basé sur l'improvisation et le travail collectif. «Les choses ne sont pas écrites à l'avance, elles se développent ici, dans cette salle, avec une multitude de collaborateurs. Nos spectacles ne sont pas des oeuvres pré-conçues, il s'agit plutôt d'une série de surprises. Dans cette salle-là, on crée des conditions fécondes pour la création, il y a des improvisations, on se sert de différentes technologies pour développer une scène, un tableau, et puis soudainement il y a du sens qui émerge de tout ce travail», explique Michel Bernatchez.
<p>Les bureaux des employés d'Ex Machina sont judicieusement placés pour forcer la rencontre entre les différents services.</p>
Les bureaux
Les bureaux des employés d'Ex Machina sont judicieusement placés pour forcer la rencontre entre les différents services.
Entre deux bureaux de producteurs, au deuxième étage, se trouve la porte pour accéder à la passerelle technique... forçant au passage les techniciens à entrer en contact avec les producteurs. Une façon de permettre à tout le monde de «devenir graduellement conscients» du travail des autres. Une façon plus «organique» de travailler au coeur de la philosophie de la compagnie, note Michel Bernatchez.
<p>Le centre de documentation est aménagé sous les combles, au troisième étage de la Caserne.</p>
Le centre de documentation
Tout en haut de la Caserne, au troisième étage, se trouve un «centre de documentation» aménagé sous les combles. Des piles de livres et des oeuvres d'art meublent l'espace.
«Les livres sont consultés sur une base quotidienne. Il y a des maquettes de certains de nos projets, le travail de développement se fait en partie ici», note Michel Bernatchez. «C'est intéressant d'être ici pour voir la diversité des sources de création de Lepage et de ses collaborateurs», ajoute le producteur.
<p>Ex Machina fait travailler annuellement une vingtaine de permanents et entre 250 et 300 pigistes pour s'occuper de la salle secondaire.</p>
La salle secondaire
Des boîtes et des boîtes de matériel sont présentement entreposées dans la salle secondaire de la Caserne. «Ça donne une idée du bordel que représente le travail de production, un bordel logistique, organisationnel», pointe Michel Bernatchez, sourire en coin.
«Ici, on a à peu près le tiers du matériel d'un de nos spectacles. On essaie graduellement de constituer un répertoire, une base de spectacles qui puissent être disponibles en tout temps», explique le producteur.
Pour s'occuper de tout ça, Ex Machina fait travailler annuellement une vingtaine de permanents et entre 250 et 300 pigistes.
<p>Le large hall d'entrée représente bien le mélange d'Orient et d'Occident qui caractérise toute l'architecture de la Caserne.</p>
Le hall d'entrée
Le large hall d'entrée représente bien le mélange d'Orient et d'Occident qui caractérise toute l'architecture de la Caserne.
Les grandes portes rouges qui servaient à faire entrer les voitures à chevaux de pompiers rappellent son ancienne vocation. L'or, le rouge et le noir suggèrent quant à eux les couleurs de l'Orient. C'est aussi visible sur la façade arrière de la Caserne, d'un noir brillant évoquant la laque japonaise.
«Il y a des éléments asiatiques assez marqués», analyse Michel Bernatchez, des éléments qui sont liés à la passion de Robert Lepage pour le pays du Soleil-levant, où il a beaucoup travaillé durant les années entourant la création de la Caserne.
<p>La tour est le témoin le plus évident du passé de l'édifice.</p>
La tour
Témoin le plus évident du passé de l'endroit, la tour où étaient mis à sécher les boyaux de pompiers a été conservée et ornée d'un escalier en colimaçon peint en rouge.
«La spirale, c'est le symbole de la connaissance et du travail d'apprentissage. Alors au départ, on voulait faire une tour de la connaissance, avec une bibliothèque», relate Michel Bernatchez.
Le projet posait toutefois problème à la Régie du bâtiment et a été abandonné. «La tour a surtout une valeur symbolique», conclut le producteur.