Atterrissage d'urgence au jour 100

C'est court, 100 jours dans la vie d'un gouvernement. Trop court pour véritablement mettre en place les mesures promises en campagne électorale ou à l'occasion du discours inaugural. Ce n'est donc que sur le comportement du premier ministre et de ses ministres que le bilan de ce début de mandat doit porter. Et c'est à partir des déclarations officielles que ce jugement doit s'exercer. Or, s'il est un mot qui a marqué la campagne électorale de Philippe Couillard, son discours d'assermentation du 23 avril et son discours inaugural du 21 mai, c'est le mot respect.
Dans son allocution du 21 mai, il a comparé la tâche qui l'attendait à la construction d'une maison, en commençant par la fondation. «Notre fondation est constituée de trois blocs: un ton et un comportement marqués par le respect et l'écoute; la transparence dans nos actions et notre utilisation des fonds publics; l'intégrité de nos administrations publiques.»
C'est le premier bloc qui a été le plus ébranlé par les controverses concernant les ministres Lise Thériault, Yves Bolduc et Christine St-Pierre. Des controverses non pas causées par les partis d'opposition, mais par les ministres libéraux eux-mêmes.
Mercredi, le Globe and Mail de Toronto a écrit que les élus libéraux faisaient la sourde oreille aux incitations de Philippe Couillard en faveur d'un comportement plus respectueux. C'est dire à quel point la situation se gâtait. Le premier ministre, qui avait fait un rappel à l'ordre auprès de Gaétan Barrette, la semaine précédente, a dû intervenir à nouveau auprès de Christine St-Pierre et Yves Bolduc pour obtenir des excuses. Le décollage sans faute de son gouvernement, qui lui avait mérité une hausse dans les sondages d'opinion, se dirigeait vers des zones de forte turbulence. Il était temps de remettre les pieds sur terre.
Les excuses de Christine St-Pierre ont réglé son litige avec Jean-François Lisée et leur évitera à tous deux des frais d'avocats et une bataille inutile devant les tribunaux. Mais l'acte de contrition du ministre Bolduc n'a pas calmé les partis d'opposition. C'est toute la profession médicale qui a été éclaboussée, à un tel point que le ministre Gaétan Barrette estime que cela nuira aux médecins dans leurs négociations avec le gouvernement. Le mal est fait et la controverse reprendra de plus belle à la fin des vacances.
Heureusement pour les libéraux, Philippe Couillard n'est pas tombé dans le travers de ses ministres. Mais le premier ministre devra montrer plus de fermeté à l'interne s'il désire vraiment changer les mentalités.
Pour le reste, il faudra attendre beaucoup plus tard avant de faire un premier bilan plus complet de ce gouvernement. «Notre mandat en est d'abord un de redressement économique et financier», a déclaré le premier ministre à l'occasion de son discours d'assermentation. Or si le budget Leitão pointe dans cette direction, il lui reste à passer de la parole aux actes. L'entente souhaitée avec les médecins spécialistes, par exemple, n'a toujours pas été conclue. Les promesses électorales d'investissements dans les infrastructures pour relancer l'économie ont dû être révisées à la baisse pour rassurer les marchés financiers. La réforme de la fiscalité des individus et des entreprises demandera du temps. La diminution promise de la bureaucratie dans la santé et l'éducation n'est encore qu'un objectif.
En attendant des résultats, c'est donc du côté de l'intégrité, de la transparence et du respect que le gouvernement Couillard devra impressionner. C'est donc à ce chapitre que les controverses des dernières semaines ont fait le plus de mal. Elles devront être mieux gérées à l'avenir, sans quoi ce n'est pas seulement la fondation qui sera compromise, mais le chantier au complet. Le chantier libéral.