Attention, fragile...

On le sait, le gouvernement du Québec fait face à un difficile et incontournable défi : reprendre en main le contrôle des finances de l'État. Depuis son entrée en fonction, Philippe Couillard poursuit cette mission avec une clairvoyance et une détermination bienvenues. Certaines décisions font néanmoins froncer les sourcils quant aux conséquences dramatiques pouvant en découler. C'est le cas de l'avenir des régions où le cumul des retraits et des coupes libérales laisse présager une crise majeure.
En réunissant mercredi ses membres pour un rendez-vous d'urgence à Québec, la Fédération québécoise des municipalités veut transmettre une mise en garde solennelle au premier ministre libéral et à son équipe. N'allez pas plus loin dans l'effort demandé et, surtout, mettez rapidement en place un nouveau partenariat Québec-régions à la hauteur de nos besoins.
Comme d'autres observateurs, les maires et les préfets constatent que la structure socio-économique de leur milieu est dangereusement fragilisée. Comment pourrait-il en être autrement après autant de mesures les affectant directement?
L'élimination des Agences de santé, les coupes dans les commissions scolaires, la fin des Centres locaux de développement (CLD), des Conférences régionales des élus (CRE) et des Forums Jeunesse, l'échéance de la loi-cadre sur l'occupation et la vitalité du territoire, sans compter la soustraction de quelque 220 millions $ dans les transferts aux communautés à l'extérieur de Québec et de Montréal constituent de percutants coups de boutoir dans un édifice régional qui n'avait déjà rien du Roc de Gibraltar.
Quand les territoires sont vastes, que les municipalités sont éloignées et que les communautés ont des préoccupations un peu disparates, la disparition de lieux d'échanges pour établir des priorités communes, la perte de voix pour les porter et l'effacement des moyens pour soutenir la mise en oeuvre de projets structurants sont l'équivalent d'une catastrophe.
Non pas que les gens des régions refusent de collaborer à l'effort collectif demandé à l'ensemble des Québécois. Les maires et les préfets savent bien que les gestionnaires sont condamnés de temps à autre à se serrer la ceinture et à mettre leurs organisations au régime.
Mais la Gaspésie ou la Côte-Nord n'ont pas les leviers dont disposent la capitale et la métropole pour forcer les membres du cabinet à écouter leurs doléances et à réclamer des gestes pour atténuer les chocs. Les députés régionaux qui s'inquiètent de la nouvelle configuration sont eux-mêmes sans emprise.
Pour mieux se faire entendre, la Fédération québécoise des municipalités a estimé qu'il fallait donc y aller d'un coup d'éclat. Il y a une semaine à peine, l'Union des municipalités du Québec avait martelé un discours similaire à l'occasion de son congrès, exigeant plus d'autonomie pour les villes et l'accès à des moyens financiers à la mesure des nouveaux mandats.
Le pacte fiscal entre le Québec et ses municipalités est à renégocier d'ici le 1er janvier prochain. Le premier ministre Couillard et son ministre des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire, Pierre Moreau, doivent agir en véritables partenaires s'ils ne veulent pas se retrouver aux prises avec une crise des régions.
Les communautés locales et régionales en ont lourd sur les épaules. Développement économique, environnement, loisirs, culture, sécurité publique, voirie, etc., les mandats se multiplient avec des réglementations toujours plus pointues, toujours plus exigeantes. Mais les moyens ne suivent pas.
Bref, il y a beaucoup à faire pour rétablir la confiance et l'équilibre. Quant au débat de fond sur l'élargissement de l'assiette fiscale des villes, il doit maintenant avoir lieu.