Karine Payette, une des cnadidates, à l'oeuvre.

Artistes à l'oeuvre: à go, on crée

Six jeunes artistes dans la vingtaine, autant d'univers qu'ils devront mettre à profit pour impressionner des professionnels de l'art contemporain. C'est ce que propose Artistes à l'oeuvre, nouvelle série documentaire prévue pour l'automne sur ICI ARTV, et actuellement en tournage.
Nous avons rencontré les candidats en pleine création jeudi, dans un lieu propice, Arsenal art contemporain, espace érigé il y a moins de deux ans dans une ancienne manufacture de Griffintown, quartier du sud-ouest de Montréal. Six personnages aux inspirations et aux techniques disparates, mais qui s'entendent à merveille. Chaque semaine, un créateur reconnu des arts visuels impose un thème aux candidats, qui n'ont qu'une semaine pour compléter leur oeuvre, soumise au jugement de trois professionnels du milieu.
Le mentor de la deuxième semaine, le sculpteur David Altmejd, a demandé aux participants de créer «l'oeuvre la plus intense de l'univers», rien que ça. La précédente, l'artiste Isabelle Hayeur, leur a donné pour thème «Voir autrement», imposant l'utilisation d'un minimum de 25 photographies. La production ne veut surtout pas qu'on parle de téléréalité mais bien de série documentaire, et ne vous attendez pas à des querelles spectaculaires ou des évictions cruelles.
Contrairement à la série américaine Les règles de l'art, produite par Sarah Jessica Parker et dont les deux saisons ont été diffusées sur ARTV, les candidats d'Artistes à l'oeuvre ne sont soumis à aucune élimination. On élira tout de même un grand gagnant qui recevra une bourse de 10 000 $.
Et question de s'éloigner le plus possible du concept américain, le verdict des juges se prononce de façon beaucoup moins formelle, tout en restant incisif. La candidate Frances Adair McKenzie, originaire de la Colombie-Britannique, semble d'ailleurs y avoir goûté à la fin de la première semaine, les juges n'ayant pas beaucoup apprécié sa sculpture, un art qu'elle pratique rarement, se spécialisant surtout dans la vidéo.
À 20 ans, Charles Lavoie est le plus jeune des candidats. Né à Alma, il s'est inscrit à l'émission dès son installation à Montréal l'été dernier. Choisi parmi plus de 200 candidatures, il travaillait sur une oeuvre représentant des poumons qui rappellent une fourmilière. Très volubile et d'un charisme fou, l'artiste d'origine haïtienne Manuel Mathieu interrompt momentanément son séjour à Londres pour participer à l'émission.
Ce rare mariage de l'art contemporain et du médium télévisuel ne se fera pas au profit d'idées plus conventionnelles ou accessibles. Certaines d'entre elles sont particulièrement originales, dont celle de Caroline Monnet, un bureau planté de flèches, façon de ne pas se conformer à ce symbole d'institution. Ou encore, Guillaume Boudrias-Plouffe, qui récupère de vieux meubles et objets hétéroclites destinés aux ordures. J'ai même aperçu un vieux vinyle de Fernand Gignac dans sa collection de babioles. Karine Payette, elle, transformait jeudi un bloc de styromousse en «banc de neige» taché de pipi de chien.
Le but avoué du producteur et réalisateur Bernar Hébert : ouvrir l'art contemporain à un public plus large, qui ne fréquente pas les musées. L'effort est louable, mais on aurait pu trouver un titre plus sexy pour accrocher l'oeil des non-initiés; Artistes à l'oeuvre sonne un peu trop hermétique.
Les sept émissions d'une heure sont entre autres l'initiative du Musée d'art contemporain, qui célèbre son 50e anniversaire. Il n'est pas dit qu'un mentor ne leur proposera pas de créer une oeuvre collective au cours de ces sept semaines.
Les trois juges sont Jo-Ann Kane, commissaire et directrice de l'Association des collections d'entreprise du Québec, Mark Lanctôt, conservateur au Musée d'art contemporain de Montréal, et le critique d'art Nicolas Mavrikakis.
Une partie des oeuvres créées durant cette série seront éventuellement exposées au public.