L'ancien président de la FTQ Michel Arsenault, à son arrivée à la Commission Charbonneau, lundi

Arsenault craignait qu'un caïd contrôle des gens à la FTQ-Construction

Dans un extrait d'écoute électronique entendu lundi par la Commission Charbonneau, Michel Arsenault affirme qu'il a entendu dire que le caïd Raynald Desjardins exerce un certain contrôle sur des gens de la FTQ-Construction, mais qu'il n'en a aucune preuve.
Dans cet extrait de conversation de mars 2009 entre les deux anciens présidents de la FTQ Michel Arsenault et Henri Massé, le premier dit au second: «Desjardins, il a le contrôle sur cette gang-là aussi. J'ai pas de preuve de ça, mais c'est ça que j'entends.»
Desjardins a été un partenaire d'affaires de Jocelyn Dupuis, ex-directeur général de la FTQ-Construction, dans l'entreprise de décontamination des sols Carboneutre.
M. Arsenault a aussi admis que l'ancien directeur général de la FTQ-Construction Richard Goyette, successeur de Jocelyn Dupuis, l'avait informé du fait qu'il avait dû obtenir l'aval de Raynald Desjardins avant de solliciter ce poste à la FTQ-Construction, de crainte qu'il lui mette des bâtons dans les roues.
Mais M. Arsenault le croyait plus ou moins. «J'ai toujours mis en doute que Goyette était contrôlé par Desjardins», a-t-il affirmé à la commission.
Après la controverse concernant les notes de frais de l'ex-dg de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis, suivie du départ simultané du président Jean Lavallée et de M. Dupuis, M. Arsenault a affirmé qu'il a voulu surveiller de plus près Richard Goyette - un fidèle de Dupuis - et la FTQ-Construction.
Il a demandé à son conseiller politique Gilles Audette de vérifier les livres de la FTQ-Construction et a obtenu, pour ce faire, une autorisation verbale puis écrite de M. Goyette, puisqu'il ne pouvait le faire sans sa permission. «On a vérifié les statuts de la FTQ; je ne pouvais pas les mettre en tutelle», a-t-il justifié.
Il a martelé qu'il n'avait «pas de pouvoir hiérarchique, mais moral» sur les dirigeants de la FTQ-Construction.
Pas de dossiers de Dupuis
Plus tôt, M. Arsenault avait souligné que malgré son insistance, Jocelyn Dupuis n'avait pas réussi à faire accepter les dossiers de ses amis au Fonds de solidarité sous sa présidence. Il a affirmé que dès son arrivée à la FTQ et au Fonds, il a prévenu Dupuis que son intérêt serait celui des 575 000 actionnaires du Fonds.
«Si Dupuis pensait que j'étais capable, moi, d'arriver au Fonds, de cogner sur la table et de dire ça, ça passe, il se trompait», a martelé l'ancien président de la FTQ, qui était également président du conseil d'administration du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec.
M. Dupuis a échoué, selon M. Arsenault. «Dans le cas de Dupuis, il a dû être déçu, parce qu'il n'y a pas un de ses dossiers qui est passé.»
M. Arsenault a affirmé que dans chaque cas, il a simplement soumis le dossier en question aux «équipes multidisciplinaires», les équipes chargées d'étudier le mérite des dossiers au plan économique. Et il assure qu'il prenait soin de leur dire: si c'est bon, on embarque, si ce n'est pas bon, donnez-moi deux ou trois lignes pour justifier la décision et ça finit là, a-t-il résumé.
En fait, certains dossiers promus par Jocelyn Dupuis, comme les terrains du 10-35 avec un bar de danseuses et celui des équipements d'hôtellerie Pascal, ont plutôt été présentés à la SOLIM, le bras immobilier du Fonds. M. Arsenault siégeait au Fonds, non à la SOLIM.
Climat acrimonieux
Le témoignage tant attendu de M. Arsenault a commencé sur fond de tension. M. Arsenault s'est vite placé sur la défensive.
Une tension palpable est apparue dès les premières minutes avec la procureure-chef de la commission Sonia LeBel, qui l'interrogeait. Insatisfaite de ses réponses, qu'elle trouvait trop longues, elle lui a demandé si elle devait quitter pour aller prendre un café et revenir plus tard. À une autre occasion, elle a même claqué des doigts, comme on le fait avec un enfant, pour ramener son attention sur ce qu'on lui dit.
M. Arsenault lui a demandé d'être poli avec lui comme il l'était avec elle.
Me LeBel lui a alors carrément demandé si la FTQ était «une super machine de lobbyisme».
Par ailleurs, M. Arsenault a nié que sa centrale syndicale, la plus importante au Québec, soit si influente que les gouvernements la craignent. «C'est pas vrai que la FTQ dirige le Québec et que les gouvernements ont peur de nous autres», s'est-il exclamé.
Il a aussi assuré que les syndicats affiliés, comme la FTQ-Construction, embauchent qui ils veulent, congédient qui ils veulent et administrent leur propre budget.
Il s'est par ailleurs porté à la défense du Fonds de solidarité. «'If it ain't broken, don't fix it', comme disent les Anglais. Le Fonds, ça va bien. On est capable d'améliorer les processus à l'interne», a-t-il lancé, rappelant que le Fonds a déjà resserré ses règles de gouvernance en 2009, lorsque divers problèmes ont été soulevés.
«Notre bulletin est bon, pas parfait, mais pas pire», a-t-il conclu.
Il a soutenu que le Fonds avait réussi à maintenir ou créer 500 000 emplois depuis sa création en 1983. Il dit croire que «pour que le Fonds continue à fonctionner», il doit y avoir une majorité de membres de la FTQ au sein du conseil d'administration.
Me LeBel a tenté à maintes reprises de lui faire dire qu'il y avait un risque de conflit d'intérêts dans le fait qu'il ait porté «les deux chapeaux», à savoir président de la FTQ et président du conseil d'administration du Fonds de solidarité.
Après avoir refusé de s'avancer, sous prétexte qu'il n'est plus à la FTQ ni au Fonds, M. Arsenault a fini par dire que le poste de président du conseil d'administration du Fonds, «ce n'est pas une religion» et que le plus important est que la FTQ dispose d'une majorité des sièges au conseil d'administration du Fonds, puisque c'est la centrale qui a créé le Fonds en 1983.