Après P.K., Guy A. pour Kim Lamarre

En atterrissant à Québec, mercredi après-midi, Kim Lamarre n'est pas redescendue de son nuage olympique pour autant. La médaillée de bronze du slopestyle en ski part ce matin à Montréal, pour l'enregistrement de Tout le monde en parle. «Un moment assez fou à vivre», s'exclame-t-elle, à propos de la frénésie de Sotchi qui la poursuit.
<p>Andrew Lamarre était bien heureux de mordre dans la médaille de bronze de sa fille Kim lorsqu'elle est arrivée à Québec, mercredi.</p>
Le 11 février, dans le parc extrême de Rosa Khutor, l'athlète de 25 ans de Lac-Beauport a terminé troisième à la toute première épreuve de descente acrobatique (slopestyle) en ski de l'histoire olympique.
«En arrivant aux Jeux, personne ne s'attendait à grand-chose de moi», à cause de ses blessures au genou des dernières années. «J'étais contente d'avoir atterri ma descente en ronde préliminaire et d'accéder à la finale. Quand 85,00 [pointage de son deuxième essai en finale] est sorti et que j'ai vu le chiffre 3 à côté de mon nom, je me suis sentie pleine de joie, pleine d'amour», a raconté Lamarre, en revivant cet instant magique.
Puis la cérémonie du podium et le tourbillon médiatique qui s'en suit. «C'est un gros rêve que je suis en train de vivre!» constate celle qui était jusque-là anonyme hors de l'univers du ski en style libre.
Mais les choses ont changé. Sa médaille lui a servi de passe-partout aux quatre coins des sites olympiques. Grande amatrice de hockey en général et du Canadien en particulier, elle a pu serrer la pince de ses idoles Sidney Crosby et Carey Price, en plus de P.K. Subban et de Max Pacioretty.
«Tout s'enchaîne, beaucoup de bonnes choses s'en viennent vers moi et je suis très contente. Ma vie vient un peu de changer», affirme-t-elle. Hormis les 10 000 $ du Comité olympique canadien accompagnant sa décoration, Lamarre dit ne pas encore avoir reçu d'offres financières concrètes.
Son ami et protecteur Philippe Bélanger, propriétaire de la boutique D-Structure et lui-même ancien skieur, aurait toutefois quelques propositions d'affaires dans sa manche.
Mais mercredi, le temps d'une soirée, Kimberly a retrouvé maman, papa, sa chambre, ses chats. «Avant tout, j'étais heureuse qu'elle finisse la compétition en un morceau», avoue sa mère, Monique Lemieux. Même son de cloche du côté d'Andrew Lamarre, le père, dont la hantise était «qu'elle se reblesse».
Car le parcours de la cadette de leurs deux filles a été parsemé d'embûches. Reconstruction complète du genou gauche en 2009, puis chirurgie au ligament croisé antérieur du genou droit en 2012 et encore en 2013. Sans oublier les commotions cérébrales et la fracture du poignet.
«Une tête dure»
«L'an dernier, on a eu une discussion avec elle à propos des Jeux olympiques, de son avenir, de son éducation», confie le paternel, rappelant le moment où l'équipe canadienne de ski acrobatique l'a exclue de ses rangs à défaut de résultats en compétition. Les commanditaires ont aussi déserté, sauf un, Oakley.
«Comme parent, on se demande toujours si nos enfants prennent la bonne décision. Elle a toujours eu du talent, mais ne parvenait jamais à l'exprimer totalement à cause des blessures», poursuit sa mère.
Mais la réponse de Kim a été claire. Pas question de laisser tomber son rêve olympique. Si ce n'était pas Sotchi, ce serait PyeongChang, en 2018. Une persévérance peu commune héritée des deux branches familiales, confirme-t-on.
«Une tête dure dont, quand elle était plus jeune, on se disait que ça lui causerait des problèmes. Mais elle a toujours fini par avoir ce qu'elle voulait», résume un papa très fier. Cette médaille du 11 février, «après la naissance de mes filles, c'est le moment le plus heureux de ma vie», conclut-il.
<p>Kim Lamarre a été accueilli à Québec par son père, Andrew Lamarre, et par sa grand-mère, Ginette Séguin.</p>
L'accueil de Gigi
Une quinzaine de partisans attendaient Kim Lamarre, mercredi, à l'aéroport Jean-Lesage. Dans le lot, une tête blanche, discrète. Sa grand-mère Ginette. «Heureusement que son épreuve avait lieu la première semaine, ça nous a permis de relaxer un peu par après», a souri la dame de 79 ans, dont les bons plats et l'humour ont permis à sa petite-fille de passer à travers des heures de réadaptation difficiles au cours des deux dernières années. «Le plus important, c'était qu'elle termine sur ses deux jambes. Les dernières fois qu'on est venu la chercher à l'aéroport, elle n'était pas sur ses deux jambes», rappelle-t-elle.
Petite femme, grande inspiration. Ginette «Gigi» Séguin a participé aux Jeux olympiques de 1956, en ski alpin. Quand elle a appris la sélection de Kim, en janvier, elle a ressorti quelques souvenirs du placard : une veste, une épinglette... Le reste a été donné au Musée canadien du ski, à Ottawa. Il y a deux semaines, le party familial s'est tenu dans son salon, à Saint-Ferréol-les-Neiges. mercredi, elle a été la première à aller à la rencontre de la nouvelle médaillée olympique, traversant les grandes portes vitrées pour la rejoindre près du carrousel à bagages. «C'est la première personne que j'ai vue en sortant, avec le gros sourire et beaucoup de joie dans le coeur», s'est réjouie la vedette du jour.