L'ex-étudiant en arts visuels David Dulac était entendu en appel devant la Cour supérieure, mercredi.

Appel de David Dulac : une performance sans intention criminelle, plaide son avocate

L'ex-étudiant en arts visuels David Dulac n'aurait jamais dû être condamné pour menaces de mort, a plaidé mercredi son avocate en appel devant la Cour supérieure, puisqu'il n'avait aucune intention de susciter la crainte. Le ministère public maintient au contraire que le jeune artiste a délibérément soumis un projet intimidant.
Tout le Québec a entendu parler de l'idée de performance artistique déposée par David Dulac pour l'exposition des finissants en arts visuels de l'Université Laval.
Dulac, 24 ans, décrivait un projet de performance où il kidnappera le plus d'enfants possible en les attirant dans sa voiture à l'aide de bonbons et de jeux vidéo. Il se proposait ensuite de les enfermer dans des poches de patates, de les accrocher au plafond et de les frapper avec une masse de fer. «Le sens de l'oeuvre sera de démontrer comment les beaux et petits enfants innocents vont vieillir à travers le monde contemporain pour devenir des adultes amorphes de demain», écrivait l'étudiant.
Ce texte, d'abord rédigé dans le cadre d'un cours de performance, a été remis en mars 2013 à l'étudiante responsable de l'exposition que les finissants allaient tenir à Espace 400e. Inquiète, l'étudiante en parle avec les autorités de l'École.
Le directeur Jocelyn Robert, qui avait déjà averti David Dulac après une série d'oeuvres jugées intimidantes, finit par avertir la sécurité de l'Université et la police de Québec.
David Dulac a été arrêté et a s'est vu refuser à deux reprises la possibilité d'une mise en liberté provisoire.
Au terme d'un procès, David Dulac a été reconnu coupable le 19 juillet de menaces de mort proférées à l'endroit des enfants des écoles primaires de la région. Le juge Gilles Charest a imposé une sentence suspendue accompagnée d'une probation de deux ans. Il a donc repris sa liberté.
«Il ne parle que d'absurde!»
Entouré d'une quinzaine d'amis et de professeurs de l'École de arts visuels, David Dulac était de retour au palais de justice de Québec hier pour tenter de faire casser le verdict de culpabilité.
David Dulac doit être acquitté, estime son avocate Me Véronique Robert, parce qu'il n'a jamais eu l'intention criminelle de susciter la crainte. «Est-ce qu'on a un germe de preuve qu'il pensait être pris au sérieux? demandait l'avocate montréalaise. Il ne parle que d'absurde!»
Par son projet de performance, David Dulac ne voulait pas faire peur, mais contester le système de sélection des oeuvres d'art, affirme son avocate.
S'il choque la bienséance et n'avait peut-être pas sa place dans un contexte scolaire, dit l'avocate, le texte litigieux n'a rien d'une menace au sens du code criminel, estime-t-elle.
Le procureur de la Couronne Me Pierre Bienvenue ne voit ni absurdité ni ironie dans le projet de David Dulac. «Est-ce qu'il a voulu être pris au sérieux? Oui! croit Me Bienvenue. S'il veut vraiment contester le système, s'il s'abstient d'apporter toute nuance rassurante, c'est qu'il voulait être crû et il a agi en toute connaissance de cause.»
Le juge Gilles Charest n'a commis aucune erreur manifeste qui justifie l'intervention de la Cour supérieure, estime Me Bienvenue.
Le juge Raymond W. Pronovost a pris l'affaire en délibéré.