Le concert de l'ensemble Anonymus, présenté sans éléments scéniques ni pause, s'articule comme une succession de vignettes, comme 12 miniconcerts, chacun inspiré par la couleur propre à chacun des mois.

Anonymus: la face enluminée du Moyen Âge

Les gens du Musée national des beaux-arts auraient avantage à demander à Claude Bernatchez d'animer des visites de l'exposition Art et nature au Moyen Âge. Le directeur artistique de l'ensemble Anonymus passe ses journées la tête plongée dans l'époque médiévale. Il vous en parle comme s'il y était né.
Il serait captivant de revoir les tapisseries, les ivoires fins et les pièces d'orfèvrerie prêtés par le musée de Cluny en compagnie de ce passionné. Jeter de nouveau un coup d'oeil sur l'exemplaire du Livre des heures, cet ouvrage précieux à mi-chemin entre le calendrier, l'almanach, le bréviaire et l'oeuvre d'art. Un luxe, rappelle Claude Bernatchez, que seuls les gens d'un certain rang pouvaient se permettre.
Ce véritable trésor sert justement de cadre poétique et de fil conducteur pour le concert présenté par l'ensemble Anonymus entre Noël et le jour de l'An à la Chapelle du Musée de l'Amérique française, dans le Vieux-Québec.
Le programme intitulé Les belles heures représente une sorte d'enluminure musicale, de témoignage vivant inspiré du cycle des saisons. Le concert de 75 minutes, présenté sans éléments scéniques ni pause, s'articule comme une succession de vignettes, comme 12 miniconcerts, chacun inspiré par la couleur propre à chacun des mois, explique Claude Bernatchez.
«L'analogie avec le calendrier, ça permet d'aller chercher le caractère associé aux mois et aux saisons, que ce soit par l'anecdote ou la tradition de la période de l'année, dit-il. Il y a l'embarras du choix.»
L'effectif réunit les chanteurs Peggy Bélanger, Frédéric Beaudoin et Catherine Élisabeth Loiselle - cette dernière touchant également l'organetto -, Michel Angers au luth, Anne-Marie Forest à l'orgue positif, et Claude Bernatchez à la voix et à la percussion.
Début au printemps
Le concert commence au début de l'année, c'est-à-dire au printemps. «L'année médiévale commençait en mars, rappelle le musicien. Elle suivait le cycle de la nature. C'est ce qui explique pourquoi septembre est le septième mois, octobre le huitième, et ainsi de suite. C'est plus tard que janvier est devenu le début de l'année civile.»
La notion de nature est omniprésente dans les motets du Moyen Âge. On note par exemple la présence de la végétation dans l'ornementation mélodique, dans la manière de développer des mélismes.
«Un organum de Pérotin, c'est bâti comme une cathédrale. On peut associer les grandes notes longues aux piliers, alors que les envolées improvisées rappellent les frises. Ça faisait partie de la même pensée. Dans la poésie également, il y a toujours une analogie avec la nature.»
La société actuelle a décidément beaucoup de leçons à apprendre de cette période qu'on identifie à tort comme l'âge des ténèbres. «Le Moyen Âge a fixé énormément de choses qui ont fleuri par après, note Claude Bernatchez. Aujourd'hui, on va étudier le vol d'une libellule pour améliorer notre manière de concevoir l'hélicoptère, ou alors les toiles d'araignée, pour comprendre ce qui les rend plus résistantes que le Kevlar. Mais la notion de nature, au Moyen Âge, c'est déjà le modèle de perfection, c'est l'oeuvre divine. L'homme ne peut que retraduire ce qu'il perçoit de la nature.»
Les belles heures est présenté par Anonymus en collaboration avec le Musée national des beaux-arts du Québec et le Musée de l'Amérique française.
Vous voulez y aller?
QUI : Ensemble Anonymus
OÙ : Chapelle du Musée de l'Amérique française, 2, côte de la Fabrique dans le Vieux-Québec
QUAND : le vendredi 28 et samedi 29 décembre, à 16h et 20h
BILLETS : 25 $. Abonnés-amis du MNBAQ, abonnés du Musée de la civilisation et aînés : 20 $ Étudiants : 15 $. Enfants (11 ans et moins) : gratuit
TÉL. : 418 643-2158