Depuis qu'il a visité l'ovale olympique de Calgary, en janvier 2012, Régis Labeaume est convaincu qu'un anneau doit être associé à la recherche scientifique. Le recteur de l'Université Laval, Denis Brière, n'a toutefois pas encore fait connaître sa position.

Anneau de glace couvert: partenariat essentiel avec l'Université Laval

Payer 100 millions $ pour un anneau de glace couvert à Québec est un prix «très raisonnable», selon le directeur adjoint de l'Anneau olympique de Calgary, Marcel Lacroix. Mais cet expert avertit déjà qu'un anneau serait nécessairement déficitaire et sa viabilité «extrêmement difficile» sans un partenariat avec l'Université Laval.
«Il faut qu'il soit associé avec l'Université Laval, qui y trouve son compte en voyant que ça peut devenir un centre de recherche pour eux», lance d'entrée de jeu Marcel Lacroix, que Le Soleil a joint dans la métropole albertaine.
«Si t'as pas de lien en partenariat avec les autres joueurs, ce sera extrêmement difficile», poursuit celui qui s'y connaît en anneaux de glace. Installé à Calgary depuis 20 ans, ce Québécois a entraîné l'équipe canadienne en patinage de vitesse de 1998 à 2010.
Depuis, Marcel Lacroix est directeur adjoint aux sports de l'Anneau olympique de Calgary. Très proche de l'Université de Calgary, cet ovale est un véritable laboratoire. Une façon d'assurer sa vitalité et une part de son financement, dit-il.
Et si les disciplines de médecine sportive comme la kinésiologie ou la physiothérapie viennent en tête, l'anneau de Calgary sert aussi au génie. M. Lacroix donne l'exemple des matelas pour remplacer les bandes, une solution trouvée vers 1998 par les départements de biomécanique et d'ingénierie. «L'équipement ne nous a pas coûté cher, et les chercheurs en ont profité», explique-t-il à propos de ce système utilisé aux Jeux olympiques depuis le début des années 2000.
Et Marcel Lacroix se dit convaincu que la recherche pourrait se faire même si l'anneau couvert de Québec était construit hors campus. Par exemple à la place de l'actuel anneau extérieur Gaétan-Boucher, pour l'instant le scénario privilégié par la Ville de Québec. «J'ai fait mon bac à Laval et j'étais entraîneur de patin de vitesse à l'anneau de glace. C'est vraiment pas loin.»
Déficitaire
Ces propos de Marcel Lacroix auront de quoi conforter le maire de Québec. Depuis qu'il a visité l'ovale olympique de Calgary, en janvier 2012, Régis Labeaume est convaincu qu'un anneau doit être associé à la recherche scientifique. Le recteur de l'Université Laval, Denis Brière, n'a toutefois pas encore fait connaître sa position.
Marcel Lacroix estime que le montant de 97 millions $ avancé est dans les prix pour un centre de «haute performance». «De 90 à 100 millions $, c'est très raisonnable comparativement à ce que j'ai vu ailleurs dans le monde», dit-il.
Mais si le partenariat avec une institution universitaire aide au financement d'un anneau couvert, il n'assure toutefois pas sa rentabilité. En fait, dès 2010, dans son étude sur un tel équipement à Québec, Équipe Québec parlait d'un budget d'exploitation «déficitaire, mais potentiellement soutenable». L'analyse évoquait un manque à gagner annuel de 321 000 $.
Marcel Lacroix n'est pas surpris. «Je ne connais pas un anneau au monde qui fait des profits», dit-il. L'ovale de Calgary perçoit des frais d'environ 5 $ par patinage libre pour la population. De 140 $ à 200 $ pour des locations de glace au hockey. Les athlètes qui s'y entraînent payent environ 4500 $ par an, explique-t-il.
Calgary peut toutefois miser sur un fonds spécial hérité des Jeux olympiques de 1988, qui a notamment permis un investissement majeur de 10 millions $ pour rénover la toiture récemment.
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Avec du bois, mais sans hockey
Il y a deux ans, Régis Labeaume était sorti emballé d'un voyage à Calgary où il avait visité l'anneau olympique. Et le maire de Québec s'imaginait déjà que celui de Québec aurait un look «scandinave», qu'il serait fait en bois, et muni de panneaux solaires. Le maire de Québec avait aussi insisté sur le fait que, contrairement à Calgary, où une patinoire au centre de l'anneau est consacrée au hockey, Québec fera plutôt de la place au patinage artistique.
«On voudrait du patinage artistique sur deux glaces à temps plein», avait-il dit le 28 janvier 2012, alors que Le Soleil l'accompagnait en mission à Calgary. «Ça, ça veut dire qu'on aurait plus besoin de partager les glaces des arénas avec le hockey. Donc, le hockey dans les arénas et dans l'ovale, on aurait tout le patinage artistique. Ce serait extraordinaire», avait dit M. Labeaume.
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Les anneaux couverts
Le Canada compte 150 clubs de patin de vitesse comptant environ 12 000 membres (48 clubs et 5100 athlètes au Québec). Le pays compte 17 anneaux pour le patinage de vitesse longue piste. Du lot, trois sont couverts. Il s'agit de:
<p>Olympic Oval à Calgary</p>
> CALGARY (Alberta)
• Nom: Olympic Oval
• Date de construction: 1987 (pour les Jeux olympiques de Calgary de 1988)
• Coût de construction: 38,9 millions $ (65,9 millions $ en coûts actualisés)
Fonctions actuelles: centre national d'entraînement de patin de vitesse, l'anneau est aussi utilisé pour le vélo, l'athlétisme et la course à pied. Il accueille la population pour le patinage libre, et le bâtiment est partenaire de l'Université de Calgary pour la recherche dans divers domaines, dont la kinésiologie. D'avril à juin, la glace est enlevée et permet 14 000 mètres carrés d'espace pour des expositions, salons ou grands événements.
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<p>Pomeroy Sports Center à Fort Saint John</p>
> FORT SAINT JOHN (Colombie-Britannique)
• Nom: Pomeroy Sports Center
• Date de construction: 2009
• Coût de construction: 40 millions $
Fonctions actuelles: anneau de 400 mètres, deux glaces de hockey et une piste de course à pied. Patinage libre pour la population. Est aussi utilisé pour divers événements culturels, expositions ou colloques.
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<p>Richmond Olympic Oval à Richmond</p>
> RICHMOND (Colombie-Britannique)
• Nom: Richmond Olympic Oval
• Date de construction: 2008 (pour les Jeux olympiques de Vancouver de 2010)
• Coût de construction: 178 millions $
Fonctions actuelles: utilisé avant tout comme piste pour le patinage de vitesse aux Jeux de Vancouver, l'anneau couvert est devenu un vaste complexe sportif et socioculturel pour la population. Les anneaux de glace ont fait place à des terrains de badminton, de basketball, de volleyball et de soccer. Le centre de Richmond reçoit et a reçu des compétitions dans divers sports, dont des Championnats du monde de badminton en 2011 et de karaté en 2012.