Angèle Dubeau était entourée d'une Pietà de taille réduite. L'ensemble réunissait quatre violons, deux altos, un violoncelle, une contrebasse et un piano.

Angèle Dubeau et La Pietà: la chaleur du moment

CRITIQUE / Angèle Dubeau a réussi une sorte de tour de magie, jeudi soir, en enfilant les pièces réconfortantes et apaisantes les unes après les autres tout en parvenant à renouveler sans cesse l'intérêt de l'auditoire. C'est peut-être grâce à sa sincérité, à sa simplicité, et surtout au plaisir tout simple de jouer qu'on sentait bel et bien revenu chez elle.
Il faut reconnaître aussi que le jeu des cordes de La Pietà diffusait une belle chaleur, une chaleur qui faisait du bien. Les spectateurs, en tout cas, n'ont pas eu l'air de détester l'expérience. À la fin du concert, toute la salle Raoul-Jobin était debout pour acclamer les musiciennes.
Le programme était en grande majorité tiré de deux albums couronnés par l'ADISQ, Blanc, qui a reçu le Félix du disque classique de l'année en 2014, et Ludovico Einaudi : portrait, qui a été récompensé pareillement pas plus tard que mardi. Entre chacune des pièces, la violoniste prenait quelques minutes pour raconter les différentes étapes de la lutte qu'elle a récemment menée contre le cancer du sein. Elle l'a fait de façon sobre et sans embarras. 
Angèle Dubeau était entourée d'une Pietà de taille réduite. L'ensemble réunissait seulement quatre violons, deux altos, un violoncelle, une contrebasse et un piano, soit environ les deux tiers de l'effectif complet. Cela dit, le groupe présentait une belle homogénéité et beaucoup d'équilibre dans sa sonorité. La directrice musicale n'avait pas vraiment besoin de diriger ses camarades pour obtenir de celles-ci toute la précision et la cohésion voulues. Les filles, et notamment la pianiste Amélie Fortin, font preuve de beaucoup d'autonomie dans l'exécution. 
Présentation concertante, une pièce écrite sur mesure par le compositeur Maxime Goulet, a obtenu un excellent accueil. L'oeuvre a quelque chose d'oriental, elle est pleine d'inventivité, de couleurs, de rythme, et son caractère d'abord quelque peu espiègle finit par se transformer en quelque chose de savoureux et de diabolique à la fois. Son succès s'appuie à la fois sur une solide technique d'écriture et sur une imagination foisonnante.
Postcards from the Sky: Unfolding Sky de Marjan Mozetich a également été chaudement accueillie. Le climat de la pièce est si évocateur qu'on dirait que celle-ci est écrite en forme de rayons de soleil qui percent la couche de nuages. 
Poésie transparente
La courte The Desert and the Parched Land de Dave Bruceck a fait jouer le charme d'une poésie transparente et étonnamment concise. The Rain de Joe Hisaishi a touché par sa simplicité et son innocence.
Le programme s'est conclu sur quatre pièces de Ludovico Einaudi. Ici aussi la réception a été excellente. Personnellement, considérant le caractère hautement répétitif et mécanique de cette musique, j'ai trouvé que quatre pièces, c'était tout à fait suffisant.