J'ai cru lire dans la direction d'Angèle Dubeau une sorte d'insistance dans le geste, j'irais même jusqu'à dire d'intransigeance dans sa façon de gouverner son équipe.

Angèle Dubeau et La Pietà: enfer et jeux vidéo

Angèle Dubeau n'a pas eu nécessairement tort de sortir ses Violons d'enfer du grenier. Ce concept diabolique a inspiré des vers déjà pleins de musique à Michel Rivard. Ses octosyllabes sont comme la soupe aux pois. Plus savoureux réchauffés.
Mario St-Amand, lui, a ajouté une couche de vernis à son incarnation du Malin. Le comédien lui donne les traits d'un tentateur sensuel aux mouvements assurément félins. Il entre en scène, se faufile entre les musiciennes, regagne la coulisse sans bruit et comme bon lui semble. Pas mauvais diable du tout. Plutôt de bonne compagnie. Il fait entrer beaucoup de courtoisie et de naturel dans ses échanges avec la violoniste.
La musique occupe cela va de soi la première place. J'ai cru lire dans la direction d'Angèle Dubeau une sorte d'insistance dans le geste, j'irais même jusqu'à dire d'intransigeance dans sa façon de gouverner son équipe. Ou alors c'est à cause de la sonorité, acide, qui nous ramène à l'époque de la création du spectacle, il y a douze ans. La Pietà d'aujourd'hui est moins métallique, plus boisée, l'archet s'est adouci et le mouvement, assoupli.
Le Diable Matou de François Dompierre avait tout de même des griffes, et El amor brujo de Manuel De Falla, de la profondeur. Ces deux oeuvres restent mes préférées de la soirée.
Le concert présenté mercredi soir à la salle Raoul-Jobin a commencé avec une Danse macabre un poil raide. La Rhapsodie roumaine no 1 d'Enescu, exécutée en version pour quintette à cordes et piano, manquait de pétillant, d'ampleur, de lâcher-prise ou tout simplement d'esprit. Dans la Sinfonia de Boccherini, on sentait l'orchestre bousculé dans les traits legato plus rapides.
Comme élément de nouveauté, La Pietà a présenté des extraits de son nouvel album de musiques de jeux vidéo. Des titres menaçants comme Assassin's Creed Revelations ou Chrono Cross, et qui, forcément, ne savent pas trop comment finir. Le public a tout de même semblé apprécier ces pièces, surtout celle qui, en fin de programme, a fait intervenir une harpe, une percussionniste et, juste ciel!, un homme qui jouait de la derbouka.
Il était encore tôt. Trois rappels ont suivi dont un extrait d'Orphée aux enfers accompagné d'un mouvement de la jambe qui a beaucoup réjoui la salle.