Après trois saisons avec l'Océanic de Rimouski, Andrew Picco est maintenant un Remparts depuis l'automne dernier.

Andrew Picco, le rebelle assagi

Andrew Picco n'a pas vu sa vie défiler sous ses yeux, le 25 juin dernier. En fait, le défenseur des Remparts ne se souvient pas du spectaculaire accident qui a bien failli le tuer. «Est-ce par réflexe de préservation?» se demande le Terre-Neuvien de 19 ans, qui a survécu à une chute de 340 pieds dans le ravin de Signal Hill, où un groupe d'amis célébrait la sélection du copain Nathan Noel par les Blackhawks au repêchage de la LNH. Ce qu'il sait toutefois, c'est qu'il est sorti vivant de l'aventure. «C'est un miracle», affirme-t-il sans sourciller, à la veille de ses premières séries dans l'uniforme des Diables rouges.
Un trou noir. C'est tout ce qui reste à Andrew Picco de cette soirée bien arrosée au terme de laquelle il a dégringolé du belvédère où s'était stationnée la limousine qu'il partageait avec des amis. Un trou noir et les séquelles physiques mineures découlant d'une mâchoire et d'un pied cassés. Autrement dit, presque rien, considérant la brutalité de sa chute. En contrepartie, le natif de Marystown a hérité d'un regard neuf sur la vie.
«Je ne tiens plus rien pour acquis. La vie m'a donné une deuxième chance. J'essaie d'en profiter au maximum. Je n'essaie pas de tenter le sort et d'en obtenir une troisième! Je vais essayer de m'accrocher à celle-ci le plus longtemps possible!» a-t-il lancé d'entrée de jeu.
Pas que le grand gaillard n'appréciait pas ce que la vie lui avait apporté jusque-là, mais il admettait, dans un message posté sur son compte Instagram après l'accident, avoir vécu dans une certaine insouciance et vouloir devenir une meilleure personne. 
Champion de patinage artistique
Fils d'un avocat, Glen, et d'une enseignante à la retraite, Brenda, Andrew Picco est né le 2 avril 1997. Une date de fête qu'il partage avec sa jumelle Erin. Très tôt, le frère et la soeur ont été entraînés sur les patinoires de leur municipalité par un père passionné du hockey, qui avait lui-même déjà obtenu un essai avec les Maple Leafs dans sa jeunesse, comme attaquant.
«Il voulait toujours que je sois sur la glace et que je m'améliore. Comme j'étais l'un des meilleurs dans notre ville, il m'a inscrit dans un programme de patinage. J'ai commencé à travailler mon coup de patin et ça m'a amené au patinage artistique», a-t-il raconté.
Difficile d'imaginer le défenseur de 6'3" et de 215 livres pratiquer ce sport réservé aux petits gabarits, mais Picco s'avérait un espoir talentueux. Il a décroché quelques titres provinciaux avant d'accrocher ses patins à griffes, à l'âge de 11 ans.
«Le patinage artistique m'a beaucoup aidé avec mon coup de patin, particulièrement de reculons. C'est probablement pourquoi, lorsque j'ai commencé à voyager à St. John's pour jouer compétitif, l'entraîneur m'a transformé en défenseur.»
Il n'était pas le seul de la famille à bien se débrouiller! Erin évoluait elle aussi à la position de défenseur et a été la partenaire d'Andrew à sa deuxième année pee-wee. «Elle était l'un de nos meilleurs défenseurs! Mais si quelqu'un lui touchait, je me portais à sa défense et prenais une pénalité stupide!» a relaté celui dont la frangine s'aligne maintenant avec les Hurricanes de Holland College, à Charlottetown.
Ayant dû s'exiler pour de bon à St. John's à l'âge de 12 ans, Picco rejoignait alors un groupe sélect de joueurs comptant les Tyler Boland, Nathan Noel et Cody Donaghey dans ses rangs. «Nous avions beaucoup de bons joueurs. C'était une ligue de cinq équipes de niveau A à l'intérieur de la ville, mais qui était très compétitive. Pour former l'équipe AAA, ils pigeaient dans trois équipes de cette ligue et on allait jouer à Moncton ou dans d'autres villes de l'Atlantique.»
Courir après les problèmes
Dominante, la formation avec laquelle évoluait Picco avait raflé les honneurs de la finale bantam AAA de l'Atlantique deux ans plus tard, ce qui avait poussé le défenseur et son copain Noel à se mettre à la recherche d'une nouvelle option pour la saison suivante. «Nous dominions notre ligue depuis le pee-wee. On se disait que si on voulait jouer dans un calibre plus élevé, il faudrait aller ailleurs. Des amis de la Nouvelle-Écosse nous ont recommandé des écoles préparatoires [prep schools]. On a arrêté notre choix sur Shattuck-Saint Mary's.»
Mais la discipline exigée sur le campus de Faribault, au Minnesota, a constitué un choc pour les deux désinvoltes adolescents. «Nathan et moi étions cochambreurs. C'est probablement là où les problèmes ont commencé. On s'est mis à courir après le "trouble"! Ç'a commencé par de la tricherie sur un travail d'histoire. On s'est fait prendre à notre troisième jour à l'école! À partir de là, ils se sont mis à surveiller nos devoirs de plus près et on s'est fait prendre deux autres fois», a-t-il révélé.
À leur deuxième année, les deux Terre-Neuviens s'étaient moins frottés à l'autorité, en grande partie parce qu'ils avaient quitté le campus pour habiter dans une maison louée. «Et puis, à la première pratique après Noël, on faisait un exercice de patinage et le gardien et moi sommes entrés en collision. Je me suis cassé le nez. Ils m'ont envoyé à l'hôpital pour voir si j'avais une commotion. En route, un chevreuil a sauté dans le pare-brise. Ma tête a frappé la fenêtre. Alors, c'était une deuxième commotion en 20 minutes!»
Les symptômes de la blessure s'étaient avérés proportionnels à sa gravité. Maux de tête, problèmes de vision, difficultés de langage et intolérance à la lumière ont empoisonné la vie de Picco pendant de longs mois. 
«Le lendemain, j'étais complètement sonné. Je ne pouvais pas aller à l'école. J'étais au lit, dans la noirceur, et un peu de lumière entrait par les rideaux et ça me donnait des maux de tête épouvantables. J'avais un grand garde-robe. Je l'ai vidé au complet et j'ai dormi dans mon garde-robe pendant au moins une semaine. J'ai passé les mois suivants chez le médecin.»
En tout, le défenseur a dû rater huit mois de hockey. Dans l'intervalle, il était demeuré au Minnesota, où il fréquentait une clinique spécialisée dans le soin des commotions cérébrales. Au terme de sa longue convalescence, Picco avait été déclaré complètement rétabli.
«J'avais le plan de retourner à Shattuck's l'année suivante, mais j'ai été repêché par Rimouski [5e ronde, 2013], ce qui m'a surpris. J'étais bien classé, mais avec l'année que je venais de connaître, ils ne m'avaient pas vu joué du tout...»
Également réclamé par Rimouski, l'ami Tyler Boland avait fait connaître à Picco son intention de se joindre à la formation, ce qui a persuadé le deuxième de participer au camp de l'Océanic, mais pendant seulement deux jours, afin de ne pas nuire à son admissibilité dans les collèges américains. Il n'est jamais reparti. C'était le début d'une association de trois saisons avec l'Océanic, qui a pris fin à l'automne, avec la transaction qui l'a amené à Québec.
Le très résilient Picco est maintenant impatient de faire profiter la jeune brigade des Remparts de son expérience, en séries. À plus long terme, le défenseur n'a pas fait une croix sur son rêve d'une carrière professionnelle.
«J'espère que ça va arriver. Mon plan immédiat, c'est de connaître un bon été d'entraînement, une très bonne saison l'année prochaine, et on verra ce qui se produira...»
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Ce trophée dont il faut taire le nom...
Andrew Picco, au printemps 2015.
En étant échangé de Rimouski à Québec en novembre, Andrew Picco est passé dans le camp ennemi. Partie prenante de la lutte à finir entre les deux rivaux dans les séries de 2015, le défenseur sait que la conquête de la Coupe du Président par l'Océanic, lors d'une finale qui s'est soldée par un septième match controversé, demeure un sujet sensible dans l'entourage de sa nouvelle formation.
«Je n'en parle pas, parce que c'est un peu inconfortable de le faire. Et je ne veux pas me mettre nos fans à dos non plus. Mais occasionnellement, quand un coéquipier me cherche, je lui réponds en lui montrant le doigt où je porte ma bague de championnat. Il sait assez vite à quoi je fais référence!» lance Picco, admettant toutefois que l'arbitrage avait été «questionnable» pendant la finale de la LHJMQ.
C'est ce dernier qui, insatisfait de son utilisation au retour de sa convalescence, a quitté l'Océanic de son propre chef cet automne, pour rejoindre les Tigers de Campbellton, dans le junior A. Quelques semaines après, il était échangé à Québec, une ville qu'il aime et qui restera à jamais associée à ce printemps de 2015, «où l'on disputait le tournoi de la Coupe Memorial alors qu'il faisait 25 °C dehors»!
Il ne s'agissait que de la deuxième saison de Picco dans la LHJMQ, mais ça en fut toute une! Au terme de la campagne, l'Océanic avait disputé une centaine de matchs, incluant les matchs préparatoires, la saison régulière, les séries de la Coupe du Président et le tournoi de la Coupe Memorial. Au fil de l'année, la formation du Bas-Saint-Laurent, qui avait d'entrée de jeu été identifiée comme favorite, avait croisé le fer une vingtaine de fois avec les Remparts.
«À travers les hauts et les bas, on essayait toujours de s'améliorer parce que nous étions l'équipe de tête et que tout le monde se présentait à Rimouski avec l'intention de nous battre. Je pense qu'on a joué contre Québec 20 fois cette année-là. Ç'a contribué à faire monter la pression entre les deux équipes. C'était une année folle, avec cette finale!»
Un feeling incroyable
Le changement de gardien de Louis-Philip Guindon à Philippe Desrosiers, dans le sixième match de la série, demeurera le tournant, estime Picco. «Les joueurs de Québec étaient tous habillés dans le vestiaire, prêts à aller célébrer. Je me rappelle que Marcus Cuomo disait ouvertement qu'ils allaient gagner. C'est là que nous avons commencé notre remontée. Desrosiers a repris le filet en deuxième et il a bien joué. Laberge et Loiseau ont marqué. Kostaltek a marqué le but gagnant en temps supplémentaire. C'était la folie.»
Jusque-là, tous les matchs de la série avaient été gagnés en territoire adverse. L'Océanic était toutefois parvenu à renverser la tendance lors du septième match, qui s'était terminé par un but de Michaël Joly, en prolongation. «On a joué encore plus fort parce qu'on voulait remporter ce match pour nos partisans. Comme tout le monde le sait, ça s'est réglé en supplémentaire, mais je ne vais pas en parler... Ce que je peux dire, c'est que le feeling de soulever la Coupe du Président était incroyable!» a soutenu Picco, dont la formation a par la suite été battue par les Remparts dans le tournoi de la Coupe Memorial.