Amphithéâtre: «On ne fera pas une boîte de tôle»

Malgré des délais serrés et un budget clair à respecter, le futur amphithéâtre ne ressemblera pas «à une boîte de tôle comme le Centre de foires», assure l'architecte François Moreau.
«On va arriver avec une facture architecturale à la hauteur», lance en entrevue au Soleil le président d'ABCP au lendemain de l'annonce, par la Ville de Québec, que sa firme fait partie du consortium choisi pour préparer les plans de devis de l'amphithéâtre. Un contrat de 20 millions $ qui propulse l'architecte de 47 ans dans «le projet d'une vie».
On l'a dit et répété : le couperet pour la livraison de l'amphithéâtre est le 15 septembre 2015. Et pas question de dépenser un sou de plus que 400 millions $ de fonds publics.
L'an dernier, le maire Régis Labeaume avait dit vouloir «mettre l'argent à l'intérieur de l'édifice, pas gagner un concours d'architecture». Ces derniers temps, le conseiller municipal François Picard a aussi martelé privilégier le côté fonctionnel à l'intérieur à l'extravagance extérieure.
Malgré tout, François Moreau, dont la firme fait partie du consortium Équipe intégrée SAGP avec SNC-Lavalin, GLCRM et l'américaine Populos, croit fermement qu'il sera possible de construire un amphithéâtre au look qui se distingue. Il mise notamment sur la méthode des architectes de Populos, qui ont une douzaine d'amphithéâtres derrière la cravate.
«On détermine dès le départ un coût objectif pour chaque partie, ce qui va nous donner de la latitude pour arriver avec une architecture créative. On ne fera pas une boîte de tôle comme le Centre de foires», illustre-t-il.
Partisan du bois
Et s'il n'en tenait qu'à François Moreau, l'amphithéâtre ferait une belle place au bois. Même si sur ce point, rien n'est joué quant à la volonté de la Ville. «La Ville a demandé des propositions à des fournisseurs de bois. On devra composer avec le résultat.»
François Moreau a une «corde sensible» pour ce matériau noble et «innovant», dit-il. «C'est sûr qu'on va regarder cette avenue d'un oeil attentif, mais toujours dans le respect du budget et des échéanciers.» Le bois, il apparaît aussi sur les esquisses qu'il a conçues il y a plus de deux ans pour le groupe J'ai ma place.
Car, il faut le dire, le rêve de concevoir un amphithéâtre ne date pas de jeudi pour ce diplômé de l'Université Laval. Il a été aux premières loges du projet J'ai ma place, lancé par son «ami de toujours», le comptable Mario Bédard.
«Ne pas mêler les choses»
À son arrivée comme directeur du projet en avril, Jacques A. Bédard a demandé à François Moreau de démissionner du C. A. de J'ai ma place. «Éthiquement, ça allait de soi, explique François Moreau. Si on appliquait pour un dossier pour lequel on allait être rémunéré par la Ville, il ne fallait pas mêler les choses.»
Jeudi, François Moreau s'est aussi porté à la défense de la façon de faire de la Ville, critiquée par le président de l'Ordre des architectes, André Bourassa, qui a dénoncé les délais serrés et le partage des tâches entre les architectes et les ingénieurs.
«C'est évident qu'il y a des éléments dans l'appel d'offres qui étaient exigeants et inhabituels», reconnaît François Moreau en allusion aux pénalités imposées en cas de retards. Mais, dit-il, les firmes «avaient le choix de participer ou pas».
Reste que l'Ordre a saisi son syndic de vérifier la façon de faire. Sur ce point, François Moreau est ferme : «Le Code de déontologie ne permet pas une association architectes-ingénieurs, dit-il. Sauf dans le cas d'un dossier clés en main. Et le projet de l'amphithéâtre est un dossier clés en main.»
Déontologie
Il précise qu'un paragraphe sur l'aspect déontologique de l'alliance demandée se retrouvait dans l'appel d'offres. «C'était clairement dit que c'était acceptable par les codes de déontologie des ordres des architectes et des ingénieurs.» L'épisode a-t-il laissé un froid avec son ordre professionnel? «Non, honnêtement, je ne croirais pas.»
Quelque 25 architectes travailleront sur l'amphithéâtre, dont 10 d'ABCP, qui compte 47 employés.
Et si François Moreau a déjà les deux pieds dans le futur colisée, c'est aussi parce qu'Équipe intégrée SAGP a réalisé l'étude des besoins de 2000 pages. Une tâche qui a permis une soumission plus juste? «Non, estime l'architecte. Tous les éléments essentiels dont les firmes avaient besoin pour faire leur prix étaient déjà dans les documents d'appels d'offres», dit-il en mentionnant le nombre de sièges, la surface ou encore le budget.
Critiques, couverture médiatique et attente des citoyens : François Moreau se dit bien conscient que chaque étape de l'amphithéâtre sera scrutée à la loupe. «On a un peu de pratique. Ce dossier-là, on le porte à bout des bras depuis deux ans, philosophe-t-il. On a traversé pas mal de choses!»
Le travail d'ABCP bien visible
En attendant l'amphithéâtre en 2015, le travail d'ABCP Architecture est bien visible dans la région de Québec. L'un des gros projets dans lequel la firme de François Moreau est impliquée est le Super PEPS. C'est aussi ABCP, avec le même partenaire Hudon Julien Associés, qui a conçu le complexe de soccer du parc Chauveau. Deux constructions qui font la part belle au bois, qu'affectionne particulièrement François Moreau.
«On l'utilise le plus possible dans les grandes infrastructures», dit-il.
La firme ABCP, dont le bureau de Québec est passé de 7 à 47 employés depuis son ouverture en 2002, est aussi à l'origine de la conversion primée de l'église Saint-Esprit en École de cirque de Québec. Plus récemment, ABCP a aussi reçu un prix de l'Ordre des architectes du Québec pour le recyclage et la reconversion de l'ancien Centre de tri postal du 300, rue Saint-Paul. La firme a d'ailleurs ses bureaux dans ce bâtiment du Vieux-Port rebaptisé Place TELUS.