Amir Khadir en entrevue au Soleil: QS n'est pas loin du PQ de 1976

Québec solidaire (QS) est l'héritier du Parti québécois de 1976 de René Lévesque, alors que la version moderne de la formation de Pauline Marois dérive à droite et fait fuir les souverainistes, tranche le député sortant Amir Khadir.
Le candidat dans Mercier ne se reconnaît pas une seconde dans le Parti québécois (PQ) actuel, contre lequel il tire à boulets rouges. Mais il dit avoir beaucoup d'affinités avec le Parti québécois d'une autre époque. «Je rencontre souvent des citoyens, qui viennent à nous, qui disent : "Enfin, avec vous, je retrouve l'esprit de 1976 au Parti québécois, cet engagement, ce préjugé favorable pour les classes populaires"», affirme M. Khadir, en entrevue éditoriale au Soleil.
Le parti de gauche reconnaît que son programme social-démocrate basé, entre autres, sur l'augmentation des impôts des riches et des compagnies minières en effraie certains dans les cercles financiers. «Quand un gouvernement péquiste est venu au pouvoir, on a prédit les pires malheurs économiques au Québec», nuance Amir Khadir. «Le gouvernement péquiste de 1976 était un gouvernement relativement social-démocrate qui, pour l'essentiel, n'est pas tellement loin de ce que l'on propose aujourd'hui.» La société a connu des soubresauts après 1976, mais «on ne peut pas dire que le Québec en a pâti», ajoute-t-il.
Le programme de QS ne fait que s'inspirer des «meilleures pratiques», assure le député sortant de Mercier. «Il n'y a rien de plus réaliste que de faire ce qui est nécessaire.» 
Haute finance
Vrai toutefois que les plus riches et puissants en feraient les frais. «Le coût, c'est que ces secteurs-là, ils perdent quelque chose. Ils ne laissent pas leurs chemises, mais quelques boutons. Peut-être une cravate.» Le monde de la haute finance est peu représenté chez Québec solidaire. «Un grand banquier ne peut pas être d'accord avec nous», illustre le candidat. À l'opposé de son parti, le PQ est de plus en plus contrôlé par le «lobby des affaires», selon M. Khadir. Le lien traditionnel avec les forces progressistes semble chose du passé. «Mme Marois a même pris la peine de marquer ses distances avec les classes populaires et les syndicats.» 
Le Parti québécois ne ferait que poursuivre «les politiques libérales» du gouvernement précédent. Pétrole, Plan Nord, taxe santé, impôt des plus fortunés : le PQ a fait siennes les positions libérales dans ces dossiers, selon M. Khadir. «Les deux sont essentiellement identiques, et j'ai de la difficulté à distinguer entre les deux aujourd'hui», analyse-t-il à propos du Parti québécois et du Parti libéral du Québec.
Souveraineté
À une exception près: la souveraineté. Or, le Parti québécois est loin d'être un allié naturel dans le projet référendaire, lance le candidat de Québec solidaire - un parti également souverainiste. Le PQ, «trop lié par la proximité avec le milieu des affaires», adopte des «politiques antisociales» qui «font fuir les gens de la souveraineté, nuisent à la capacité de réunir les conditions gagnantes».
La formation de Pauline Marois ne sera jamais capable de gagner un référendum, plaide Amir Khadir. Avec le PQ pour entretenir la flamme, «on n'y arrivera jamais, on est dans un cercle vicieux», dit-il. «Les citoyens voient le PQ comme porteur de l'indépendance, et le problème est qu'avec le PQ, ils ne sont pas intéressés» par la souveraineté. 
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Un mal-aimé à Québec
Amir Khadir est conscient qu'il n'est pas le plus populaire à Québec, lui qui a été le seul à s'opposer à une loi spéciale pour protéger l'entente de gestion du nouvel amphithéâtre. «On m'aime, et on m'aime pas... C'est comme tout le monde. M. Charest n'était pas aimé par tout le monde à Québec, Mme Marois n'est pas aimée par tout le monde à Québec. M. Legault vient de se ramasser avec de gros problèmes... et je pense que même M. Labeaume n'est pas aimé par tout le monde à Québec», philosophe-t-il. Sur le fond, il récidive. «Il y a un meilleur usage des fonds publics que de payer un amphithéâtre à un milliardaire», dit-il. Et sa cote d'amour serait à la hausse, ajoute-t-il. «Avec le temps, de plus en plus de gens nous apprécient à Québec.» 
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Couillard «immoral»
Le chef du Parti libéral Philippe Couillard a agi de façon «immorale», mais en «toute légalité», en plaçant ses revenus dans un paradis fiscal, estime Amir Khadir. «Est-ce qu'on accepte de faire n'importe quoi juste parce que c'est légal? Où est le jugement, où est la conscience, où est notre devoir?» demande-t-il. «Si quelque chose a été oublié par la loi, mais que tu sais parfaitement immoral, parfaitement injuste, inapproprié, tu vas le faire? M. Couillard ignore-t-il que ne pas payer ses impôts, ne pas faire l'effort que font tous les citoyens, est injuste?»
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Des médias «biaisés»
Les grands groupes de presse ne facilitent pas la tâche à Québec solidaire pour séduire l'électorat, selon Amir Khadir. «Dans les démocraties occidentales, où il y a une énorme concentration de presse, il y a un déficit démocratique énorme, avance-t-il. Le battage médiatique, et la force des élites à orienter l'opinion, est quand même fort, dénonce-t-il. Si ce n'était pas aussi biaisé, nous serions beaucoup plus forts maintenant.» Pour Amir Khadir, la société est plus à gauche que l'on ne le croie. «Partout où je vais, je vois une majorité de gens qui sont plutôt favorables à des mesures de renforcement de la société plutôt que des finances, de l'industrie et du soutien aux entreprises.»