Ce relief d'une Victoire sacrifiant un taureau est l'une des deux oeuvres dont les frais de restauration ont été payés par le Musée de la civilisation. La pièce, qui était carrément cassée en deux, trouvera aussi le chemin de Québec.

Altes Museum de Berlin: l'art de ramasser les pots cassés

Pour travailler dans un musée dédié à l'Antiquité, il faut aimer ramasser les pots cassés... et les réparer. Une tâche qui demande une patience et une précision de moine, mais qui permet de créer des collections impressionnantes comme celle des vases en terre cuite de l'Antikensammlung de Berlin.
À l'Altes Museum, le public n'a accès qu'à la pointe de l'iceberg de l'une des plus grandes collections d'artefacts de l'Antiquité. Et quand l'Antikensammlung consent à prêter des objets à d'autres musées, comme il le fait en ce moment au Musée de la civilisation de Québec (MCQ), tout un travail de préparation se met en branle.
Dans les faits, la majeure partie de la restauration des objets qui serviront à l'exposition Les maîtres de l'Olympe, à l'affiche dès le 23 avril au MCQ, a déjà été faite avant 2006, pour la première sortie de ce corpus, au Brésil. À chaque nouveau partenariat, l'Antikensammlung demande toutefois au musée emprunteur de participer financièrement à la restauration de certains objets.
Un juste retour d'ascenseur, assure Hélène Bernier, responsable du développement international au MCQ. Le principe s'est appliqué lors des deux dernières grosses expositions sur Rome et Paris. Cette fois, ce sont deux bas-reliefs que le MCQ a choisis parmi une liste d'objets soumise par le Musée de l'Antiquité de Berlin.
Le relief d'une Victoire sacrifiant un taureau a carrément été «recollé», puisqu'il était en deux morceaux avant que l'équipe de l'Antikensammlung ne s'attelle à sa réparation. Le marbre a aussi été nettoyé avec un mélange d'eau chaude et de vapeur.
Le même genre de traitement adapté à la matière a été réservé à l'autre oeuvre, le relief d'un héros Dioscure: Castor ou Pollux. Ainsi remises à neuf, les deux oeuvres pourront faire le voyage vers Québec.
La restauration d'oeuvres est un art en soi. Et le but n'est pas nécessairement toujours de faire «beau», mais surtout, de faire «vrai». Pour assurer l'authenticité des pièces présentées, il convient même parfois d'enlever des réparations qui ont déjà été faites, comme sur un des vases qui attendaient d'être emballés pour son voyage vers Québec. Il portait une large ébréchure sur son col, qui avait été colmatée au XIXe siècle. «Ça dépend toujours de ce qu'on veut montrer», a expliqué Agnes Schwarzmaier, commissaire des collections de métaux précieux, lors de la visite des bureaux consacrés à la restauration des vases en terre cuite. «On essaie de donner l'idée complète de l'objet, mais on veut que les gens puissent différencier ce qui est vraiment antique de ce qui ne l'est pas», continue-t-elle.
Et quand des ajouts sont jugés nécessaires, ils sont faits avec des matières qui peuvent être enlevées sans laisser de traces, explique Agnes Schwarzmaier.
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Travail de moine
Classer, archiver et étudier les plus de 8000 objets de la collection de vases en terre cuite de l'Antikensammlung est une tâche colossale. La réserve dédiée à cette catégorie d'artefact est nichée dans les combles de l'Altes Museum. Ursula Kästner connaît la pièce par coeur: elle étudie cette collection depuis 30 ans. Aujourd'hui, très peu de nouveaux objets sont acquis, à cause des nouvelles lois internationales. Mais s'occuper de la collection existante n'a pas été de tout repos dans les dernières années. «La collection a été séparée entre l'Allemagne de l'Ouest et l'Allemagne de l'Est», raconte Ursula Kästner. Ce n'est qu'entre 1993 et 1995 que les objets ont été réunis et placés dans cette réserve. «Même les numéros des pièces correspondaient encore», poursuit la conservatrice. Malheureusement, il manque encore des objets, et il est très difficile de savoir s'ils sont perdus, détruits, ou encore s'ils sont toujours en possession des Russes... N'empêche, «nous avons vraiment toute la période et toute l'étendue géographique de l'Antiquité représentées ici», s'enorgueillit Ursula Kästner.
Les frais de ce voyage à Berlin sont assumés par le Muséede la civilisation de Québec.