Avec sa famille, Nicolas Viel (à l'avant) s'est lancé dans une course contre la montre pour arracher à la vie ce qu'elle pouvait encore lui donner. Ensemble, ils ont visité Barcelone, Athènes, Paris, Londres, puis l'ouest canadien. Ce fut le dernier voyage de Nicolas, qui est décédé à la veille du dernier Noël.

Aller au bout de sa route

Je l'ai croisé au sortir de l'hôtel de ville mardi après-midi. Je lui aurais normalement demandé ce qu'il venait y faire, sur quel projet il travaillait, quel prochain voyage.
Mais il n'y avait rien à demander ce jour-là. Rien sinon comment ça va, comment tu tiens le coup?
Que demander d'autre à un père qui vient de perdre son fils de 15 ans.
Nicolas Viel est mort le 24 décembre, emporté par un cancer des os. J'ai appris son décès pendant les vacances par une connaissance commune croisée à l'épicerie.
Je sortais tout juste du salon funéraire où j'étais allé saluer un ami qui venait de perdre son père. 89 ans. Un cancer. Un deuil pour les proches, mais il y a des départs qui sont dans l'ordre des choses. D'autres pas.
Dans le couloir de l'hôtel de ville, mardi après-midi, Carl Viel m'a raconté celui de son fils.
Les premières douleurs à 12 ans, le premier diagnostic, d'ostéosarcome au tibia, les expertises aux États-Unis, la quête de médicaments, les hospitalisations prolongées, la rémission, l'amputation à la fin de l'été dernier.
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Il avait repris le travail la veille. En apparence serein, peut-être soulagé. Ému aussi. «C'est son anniversaire aujourd'hui. Il aurait eu 16 ans.»
Pendant trois ans, Carl Viel, Caroline Larue et leur fils aîné Olivier se sont accrochés à l'espoir, à la famille, à la vie, à des solidarités parfois inattendues.
«Je n'ai pas vécu le Lac-Mégantic, mais j'ai senti beaucoup de solidarité», décrit Carl Viel, pdg de Québec International.
Pendant ces trois ans, leur fils aura tenu le coup et se sera rarement laissé abattre. Il avait un sourire qui déroutait ses amis et ses proches, une «attitude qui fait réfléchir», confie M. Viel.
Quand le verdict final est tombé, en janvier 2013, Nic s'est engagé (avec sa famille) dans une course contre la montre pour arracher à la vie ce qu'elle pouvait encore lui donner.
Barcelone en février, pour un match du mythique FC après lequel il a pu rencontrer son joueur vedette, Lionel Messi. Puis Athènes, berceau de la mythologie dont il était passionné.
En mai, une finale de soccer à Londres et un saut à Paris. À l'été, une tournée dans l'Ouest canadien.
Ce fut le bout de sa route. Le bout de ses forces. La chute s'est ensuite accélérée.
Carl Viel était à ses côtés, le 23 décembre en après-midi, lorsque son fils a pris son dernier temps d'arrêt pendant un match de soccer à la télé.
Il a entendu le souffle partir, a entrepris un massage cardiaque et sa conjointe, un bouche-à-bouche.
Ils ont réussi à le réanimer, mais leur fils est resté dans un semi-coma. Qu'importe s'il n'entendait plus, ils ont pu lui dire ce qu'il restait à dire.
Nicolas a été transporté à l'hôpital où il est mort le lendemain matin, veille de Noël. Les funérailles ont eu lieu le 30 décembre.
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Mardi prochain, les élèves du Séminaire des Pères Maristes se réuniront à sa mémoire.
En quatre ans, il n'aura pas réussi à passer une seule année complète à l'école sans hospitalisation. Mais il a marqué cette école par sa détermination, son attitude, parfois sa présence.
C'est en pensant à lui que des élèves ont fait le Défi têtes rasées et une course de l'espoir pour la Maison Michel-Sarrazin. Nicolas y a remis des prix.
Le père Jean Martel, le dernier mariste du Séminaire, a fait savoir qu'il voulait faire de cette cérémonie «une réflexion sur les défis de la vie que Nic nous inspire». Il les invitera à relever eux aussi des défis.
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La famille Viel-Larue a réglé les papiers et les formalités; renvoyé la carte d'assurance maladie et le lit d'hôpital installé au rez-de-chaussée où une chambre pour Nic avait été aménagée à même le salon.
Elle va tourner tranquillement une page, mais ne s'est pas résignée à rendre le passeport de leur fils, estampillé de ses derniers rêves.
Ils ont emporté ce passeport au Mexique où ils ont pris quelques jours après les funérailles. «Nic aimait les voyages; on va continuer à voyager avec lui.»
Dans leurs valises, ils auront aussi des t-shirts de «Team Nic», semblables à ceux portés par les élèves des Maristes lors de journées de soutien à leur camarade.
Les parents vont continuer à prendre des photos en portant les t-shirts et à les placer sur la page Facebook de leur fils qu'ils garderont active.
Carl Viel explique: «Les Grecs disaient: tant qu'on parle de toi, tu es toujours vivant.»
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J'étais venu à l'hôtel de ville pour entendre parler de l'avenir du Concorde et des difficultés de déglaçage des rues. Du redoux de cette semaine qui devrait permettre de venir à bout de la glace.
Il m'a semblé en sortant du couloir, que ça n'avait tout à coup plus la même importance.
Bien sûr, on voudra déglacer les rues si la température et la machinerie le permettent. Sauver la vocation hôtelière du Concorde si c'est encore possible.
Mais quand j'ai vu mercredi après-midi par ma fenêtre la gratte de la Ville passer tout droit au bout de ma rue pourtant encombrée de glace, j'ai eu un haussement d'épaules et suis retourné à ce texte.