En raison d'un mauvais choix de fart, Alex Harvey (à gauche) n'a pu rivaliser avec ses adversaires et a été largué par le peloton. Il a terminé au 18e rang du skiathlon de 30 km. Le skieur de Saint-Ferréol-les-Neiges va tenter de se reprendre demain au sprint individuel.

Alex Harvey trahi par le fart

Déjà confronté à des adversaires de taille, la présence d'un intrus sous ses skis a empêché Alex Harvey d'entreprendre ses Jeux olympiques du bon pied. Un mauvais choix de fart l'a relayé au 18e rang du skiathlon de 30 km remporté par le Suisse Dario Cologna, hier, au Centre Laura de ski de fond.
Le verdict était limpide comme l'eau qui ruisselle jusqu'aux pieds du massif Psekhako : les skis du fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges ne lui ont pas permis de rivaliser avec les grosses pointures de la discipline. «Il s'agit de la seule explication», a d'ailleurs confirmé l'entraîneur Louis Bouchard.
Après le départ, Harvey a réalisé qu'il devait composer avec un problème de taille et il ne s'agissait pas des éventuels médaillés d'or (Cologna), d'argent (le Suédois Marcus Hellner) et de bronze (le Norvégien Martin Johnsrud Sundby).
«En classique, c'était game over après le deuxième tour. On n'avait pas d'adhérence du tout et on n'était pas rapide non plus. Nous avons perdu 45 secondes [dans la première moitié de la course] en poussant à 100 %, alors que les gars devant n'étaient qu'à 75 et 80 %», constatait Harvey, déçu de la tournure des événements.
Le joueur concession de l'équipe canadienne est débarqué à Sotchi avec de grandes ambitions, la chance de grimper sur le podium étant présente à chaque épreuve. Le résultat de cette sortie de 15 km classique suivi de 15 autres kilomètres en style libre ne l'ébranlait pas, bien qu'il le dérange.
«Je suis frustré, je suis déçu, mais pas choqué, ce sont des choses qui arrivent. Ça fait partie de la game. Physiquement, je sais que je suis dans le coup. C'est un peu dans les mêmes cordes qu'à Vancouver, où j'avais fini 22e au 15 km libre à la première course. Si je peux être un spot de mieux au sprint par équipe, on va être content», disait-il à propos de la course où il avait terminé quatrième en 2010.
Le soleil gâche tout
Si ses planches faisaient le travail en début de course, tout s'est gâché quand le soleil a pointé ses rayons sur le parcours. Du coup, la dureté de la cire choisie l'empêchait d'avoir de la retenue dans les montées, ce qui l'éloignait du peloton. Après 15 km à forcer comme un diable dans l'eau bénite, Harvey comptait 47,6 secondes de retard sur le meneur. Il a bien essayé de revenir sur le groupe en style libre en retranchant une quinzaine de secondes avant de renoncer à brûler davantage d'énergie.
«Dans un 30 km, le monde se regarde dans les 15 premiers. En patin, je voulais voir comment je me sentais vraiment. Physiquement, je sais que je suis dans le coup. Avec des skis égaux, j'ai largué le groupe qui était avec moi et rattrapé ceux devant. Dans le dernier tour, il n'y avait plus personne en avant de moi, alors ça ne donnait rien de pousser pour gagner 10 secondes», a expliqué celui qui a bouclé la distance en 1:10:00,2, plus d'une minutes et 44 secondes après l'apparition du seigneur Cologna, les bras en croix. Ivan Babikov (25e) et Graeme Killick (45e) étaient aussi de la course.
Bon joueur, Harvey n'en voulait pas à ceux qui ont fait le choix du fart en question. «Un problème de fartage, ça survient souvent en ski de fond, mais on espère toujours que ça ne nous arrivera pas. Aujourd'hui [dimanche], ç'a été nous. Les farteurs vont prendre ça dur, mais ils vont bien rebondir», estimait Harvey, qui a eu droit à un mot d'excuse de la part d'Yves Bilodeau, le chef-technicien de l'équipe.
Un deuil de 15 minutes et on tourne la page
Depuis le début des Jeux, Alex Harvey jongle avec la possibilité de rayer une épreuve à son programme. Avec une vue de recul, aurait-il dû renoncer au skiathlon de 30 km?
«Avoir su que je n'aurais pas eu de bons skis, je ne l'aurais pas fait. Mais on ne peut pas le deviner. Ça ne m'hypothèque pas plus pour le sprint [de mardi] que si j'avais remporté la course», résumait celui qui devra avoir de arguments solides pour convaincre son entraîneur de l'inscrire au départ du 15 km classique, vendredi.
En raison d'une fin de parcours moins intense que le sprint pour déterminer les trois premiers, Harvey n'a pas l'impression d'avoir vidé son réservoir pour la suite des choses. «J'ai poussé autant que Cologna, Northug, Hellner, je n'ai pas perdu plus d'énergie qu'eux autres. C'est juste que pour Cologna et Hellner, c'est un podium, tandis que moi, c'est rien, c'est allé dans le vide», a-t-il illustré.
Celui qui le connaît le plus savait déjà que l'étudiant en droit ne se lancerait pas dans un procès à ne plus finir. Aux Jeux, l'heure n'est pas à l'analyse, mais plutôt aux résultats.
«Même si Alex est jeune, il a beaucoup d'expérience et sait qu'il doit vite tourner la page. Le mot d'ordre de l'équipe, c'est de passer à la prochaine étape, de trouver ce qui s'est passé, d'être le meilleur possible. Tout le personnel doit avoir cette attitude. On va repasser là-dessus très rapidement parce qu'on n'a pas de temps pour faire une réflexion profonde. Après la course, t'es choqué 15 minutes, tu fais ton deuil 15 minutes, pis tu t'entraînes à nouveau. Tu n'as pas le choix», a souligné l'entraîneur Louis Bouchard (photo).
Ce qu'il a vu de son protégé dans la portion en style libre le réconforte. Dans une poursuite du genre, il est parfois possible de combler un recul d'une quarantaine de secondes, mais le peloton de dimanche «n'a pas niaisé», a-t-il noté.
Bouchard a invité Harvey à tourner la page et ne penser qu'au sprint individuel de demain. «Il a des chances dans toutes les courses, on va y aller une à la fois. Je suis très confiant, je ne suis pas...» a indiqué le stratège du Centre national Pierre-Harvey sans ajouter les adjectifs inquiet ou découragé qui pouvaient s'inclure dans l'espace à combler.