Martin Johnsrud Sundby a remporté l'épreuve du 30 kilomètres style libre, samedi. Le Norvégien avait été sanctionné pour dopage à Davos, il y a deux ans, ce qui lui avait coûté le titre en 2015. Il avait été banni pour deux mois.

Alex Harvey sous-estimait l'ampleur du dopage

Comme la majorité de la classe sportive, à part peut-être les Russes, Alex Harvey est choqué par l'ampleur des révélations du rapport McLaren concernant le «dopage institutionnel» en Russie. «Je sais que beaucoup de personnes trichent, mais je ne pensais pas autant que ça, honnêtement.»
Joint à Davos où il prenait part cette fin de semaine à des épreuves de Coupe du monde, le fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges a dit avoir appris avec stupéfaction les dernières conclusions de l'enquête indépendante menée par le juriste Richard McLaren.
Dans un bilan coup de poing, vendredi, le professeur canadien et son équipe ont attesté que 1000 athlètes russes pratiquant une trentaine de sports, autant d'été, d'hiver que paralympiques, ont profité, entre 2011 et 2015, d'un système de manipulations des tests de dopage. Perfectionné au fil du temps, le stratagème aurait notamment servi aux Jeux olympiques de Sotchi, en 2014, le tout en collaboration avec les services secrets russes. 
«C'est quand même un rapport étoffé avec beaucoup d'éléments de preuve. Je ne m'attendais pas à autant [d'athlètes touchés]. [...] C'est sûr que c'est choquant parce que tu t'investis corps et âme dans ton sport», a réagi Alex Harvey.
Ce dernier ne s'est pas fait voler de médaille à Sotchi, lui qui a connu des Jeux olympiques fort décevants. Il n'en était pas moins sceptique quant aux performances de certains adversaires russes. Les hôtes avaient notamment enregistré un spectaculaire triplé au 50 kilomètres masculin, remporté par Alexander Legkov. La Russie avait aussi gagné deux autres médailles, dont une d'argent signée Legkov au sprint masculin. 
Le rapport McLaren alimente évidemment les discussions dans le milieu. «On en jase [entre athlètes]. [...] Mais ça va plus haut que nous. On n'a pas trop de poids dans la balance», a dit Harvey. Le mieux que les sportifs puissent faire est de condamner, a-t-il ajouté.
Pétition
Dans une sortie publique il y a quelques semaines, Gian Franco Kasper, président de la Fédération internationale de ski (FIS), réclamait des preuves tangibles et des noms à Richard McLaren. «Nous ne pouvons dire si c'est acceptable ou non. Il doit amener des preuves avec des noms», a-t-il déclaré.
Certains auraient préféré voir le leader de la FIS prendre une position plus ferme contre le dopage. Harvey a fait savoir samedi que plusieurs membres de la Fédération ont d'ailleurs signé une pétition à l'interne, invitant Kasper à condamner les actions reprochées aux Russes.
Pour sa part, le Québécois garde la passion pour son sport malgré ces révélations troublantes. «Dans mon sport, ceux qui se dopent ont un avantage au niveau physique, mais il y a d'autres facteurs : l'équipement, le fartage, la technique, a-t-il expliqué. Ça reste possible de battre ce monde-là quand même. Si je ne croyais pas être capable de remporter des podiums, ça fait longtemps que j'aurais arrêté.»
«Une bonne» 12e place
Côté compétition, Alex Harvey a pris la 12e place samedi à l'épreuve du 30 kilomètres de Davos. «Douzième, c'est pas exceptionnel, mais je suis satisfait», a-t-il dit, qualifiant le parcours suisse de «bête noire». «Je n'ai jamais vraiment eu de super résultat ici.»
Harvey a souligné qu'il avait de la difficulté lors des courses en altitude. Celle de Davos est disputée à une élévation de 1600 mètres. En pareilles conditions, il n'avait jamais mieux fait qu'une 17e place, a-t-il comparé. «Au niveau de la performance physique, c'est ma meilleure course de la saison.» Le fondeur prendra part au sprint, dimanche.
Bilodeau connaît bien la «magouille» russe
Si la «magouille» dans le sport le désole, mais ne le surprend pas, le double médaillé d'or olympique Alexandre Bilodeau s'avoue très surpris par l'ampleur du système de dopage russe, dont les derniers détails ont été révélés vendredi dans le rapport final du Canadien Richard McLaren.
S'il affirme n'avoir jamais entendu parler de dopage dans son sport, Bilodeau a toutefois constaté une certaine forme de «magouille». Il se rappelle que lors des trois premiers jours des JO de 2014, les meilleurs athlètes au monde, «tous les numéros 1, 2 et 3 qui n'étaient pas des Russes» ont dû subir des contrôles aléatoires, à des moments discutables. Il croit, encore aujourd'hui, que les organisateurs russes tentaient par toutes les stratégies possibles de les déstabiliser.
Si les tests antidopage font partie du sport, Bilodeau reconnaît avoir vécu beaucoup de frustration, à tel point qu'il a dû en parler avec son psychologue sportif. «J'étais frustré, j'étais dans la salle antidopage et l'entraînement commençait dans cinq minutes», a-t-il raconté, avant de prendre le départ à l'événement caritatif des 24h de Tremblant. «Je n'avais même pas mes bottes dans les pieds. Je n'avais même pas envie encore. Je ne pouvais pas commencer à boire de l'eau pour aller aux toilettes tout de suite, mon échantillon aurait été trop dilué. J'ai ensuite signé des papiers pour avoir un chaperon. Cela prend une bonne demi-heure pour passer dans ce processus.» S'il n'a manqué que 45 minutes d'entraînement sur deux heures, il n'a pu cependant faire la reconnaissance de la piste comme les autres.
Âgé de 29 ans, le comptable Bilodeau travaille pour la firme KPMG. Il est en attente de son titre de l'Ordre des comptables professionnels agréés du Québec (CPA), qu'il devrait recevoir dans un an.  La Presse canadienne