Les cinq interprètes d'Albertine: Émilie Bibeau, Marie Tifo, Éva Daigle, Monique Miller et Lise Castonguay, accompagnées de l'interprète de Madeleine (la soeur d'Albertine), Lorraine Côté (troisième à partir de la gauche)

Albertine, en cinq temps: lettre à moi-même

Si vous aviez la chance, comme le personnage d'Albertine, de dialoguer avec vous-même, à un autre âge, quel serait-il et que vous diriez-vous? Le Soleil a demandé aux comédiennes et à la metteure en scène d'Albertine, en cinq temps de se prêter au jeu.
Monique Miller (Albertine à 70 ans)
«J'aimerais me parler à deux âges différents, soit à 35 ans, l'année où j'ai perdu ma mère, et à 45 ans, au moment où mon père est décédé. À la Monique de 35 ans, je dirais : "Qu'est-ce que je peux faire pour la garder? Aide-moi, je veux la garder auprès de moi." Je dirais exactement la même chose à la Monique de 45 ans, mais cette fois pour mon père.»
Lise Castonguay (Albertine à 60 ans)
«Je crois que je parlerais à la petite Lise de cinq ans, qui voulait voyager et qui demandait toujours à ses parents sur un ton exaspéré : "Pourquoi on sort jamais de la province de Québec?" Je lui dirais merci d'avoir rêvé si fort! Je lui dirais aussi de ne pas avoir peur, que le père Noël, c'est matante Gertrude qui s'est déguisée, et qu'il y aura toujours comme ça sur sa route des personnes bienfaisantes.»
Marie Tifo (Albertine à 50 ans)
«J'aimerais parler à la Marie de 20, 30, 40 et 50 ans pour lui dire : "Marie, prends le temps de t'arrêter et de profiter de tous les instants possibles avec ta mère, tandis qu'elle est encore là. Quand tu auras 60 ans, il sera trop tard, puisqu'elle n'y sera plus et te manquera beaucoup, alors prends le temps de le faire maintenant."»
Éva Daigle (Albertine à 40 ans)
«La réponse qui me vient le plus spontanément est 25 ans... Je dirais très certainement à cette moi du passé de se calmer les nerfs en général, d'arrêter de vouloir porter le sort du monde sur ses épaules, de faire plus attention à elle... et de faire confiance à la vie! Je lui dirais aussi de se regarder un peu plus honnêtement, de prendre conscience de ce qu'elle demande et exige des autres... Plus jeune, j'étais convaincue de toujours avoir raison; je m'affirmais haut et fort et je fonçais comme un bulldozer... Je ne me voyais pas aller, et j'en ai bien honte aujourd'hui.»
Émilie Bibeau (Albertine à 30 ans)
 «Je choisirais de parler à la Émilie de 70 ans et je lui demanderais : "Au bout de toute cette vie, qu'est-ce qu'il te reste? Et à quoi penses-tu, le soir, avant de t'endormir? Le monde te fascine-t-il encore? Es-tu en paix, dis-moi?"»
Lorraine Côté (Madeleine, la soeur d'Albertine)
«J'essaie de m'améliorer aujourd'hui, pour mieux vivre dans le futur. On appelle ça acquérir de la sagesse, je crois, un des avantages de prendre de l'âge... Aussi, je préférerais me rencontrer dans le passé, pour intervenir sur mon présent. Me revoir lorsque j'avais entre 25 et 35 ans, pour me faire la morale. Pour moi, c'est le moment le plus délinquant de ma vie. Je me dirais de réfléchir avant d'agir et d'être plus respectueuse envers les autres. Pourquoi? Parce que je regrette certaines paroles que j'ai dites ou que je n'ai pas dites, certains gestes que j'ai posés ou que je n'ai pas posés...»
Lorraine Pintal (metteure en scène)
«Si je le pouvais, je ferais un bilan avec moi-même à 18 ans. Je venais d'arriver à Montréal, la société était en pleine effervescence politique, culturelle, féministe... Je découvrais Montréal et tout le milieu culturel du théâtre. J'aimerais savoir comment je me sentais à l'époque, pouvoir piquer une jasette avec cette jeune femme que j'étais.» (page A5)