Le pianiste Alain Lefèvre s'est produit avec l'Orchestre symphonique de Québec, mercredi soir, pour un concert «aux accents de musiques nordiques».

Alain Lefèvre et l'OSQ : envoûtant Rachmaninov... moins deux mesures

À l'aube de terminer son mandat d'artiste associé avec l'Orchestre symphonique de Québec (OSQ), le pianiste Alain Lefèvre s'est produit avec l'orchestre, mercredi soir, pour un concert «aux accents de musiques nordiques»... tout à fait de saison en cette froide soirée d'hiver. Heureusement, la musique a rapidement réchauffé l'atmosphère de la Salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre de Québec, remplie presque à pleine capacité.
Dirigé par le chef Stéphane Laforest, l'OSQ a d'abord ouvert le programme avec une oeuvre du compositeur québécois Roger Matton, Mouvement symphonique II. Une des premières oeuvres symphoniques d'un compositeur canadien à être exécutées en Union soviétique. La table était mise de belle façon pour lancer cette soirée qui présentait comme coeur de programme le Concerto no 1 de Sergueï Rachmaninov.
Alain Lefèvre s'y est attaqué avec son habituelle prestance et son remarquable talent. Cependant, vers la fin du concerto, surprise, le pianiste cesse de jouer, se lève et se dirige vers le lutrin du maestro pour tourner lui-même quelques pages de la partition... et se rassoit à son piano, sans recommencer à jouer. Tout ça sous l'oeil des spectateurs quelque peu médusés.
Justement, la collègue Josianne Desloges soulignait dans l'édition du Soleil du 25 février, lors de son entrevue avec Alain Lefèvre, que le Concerto no 1, bien qu'un oeuvre de jeunesse de Rachmaninov, comportait «une partition rehaussée de nombreuses difficultés techniques». Il semble bien que l'on en ait eu la preuve, mercredi soir.
Après un léger cafouillage entre le chef Laforest, les musiciens et le pianiste soliste, le concert a repris, pour quelques minutes seulement, car nous étions alors tout près de l'entracte. Le Concerto no 1 s'est terminé avec les accolades chaleureuses entre le pianiste, le maestro et le premier violon, sous les applaudissements nourris de l'assistance comme si rien d'inhabituel ne s'était passé.
Au retour, le chef Stéphane Laforest a pris la parole, comme il le fait bien souvent. «Il est habituel qu'on ne parle pas durant les concerts... hé bien, moi je fais le contraire depuis 30 ans», a-t-il lancé avec le sourire. Puis, il a rapidement discuté de ce petit moment de confusion involontaire survenu plus tôt. «Qu'est-ce qui s'est passé, c'est la faute de qui? Bien franchement, je ne le sais pas. Nous avons raté deux mesures sur 23 000, ce n'est pas si pire... mais on s'en excuse!» Un mea culpa qui a bien fait rigoler la foule.
La soirée s'est poursuivie avec Finlandia, de Sibelius, et la Symphonie no 2 «Petite-Russienne» de Tchaïkovski. Le compositeur a composé cette symphonie en Ukraine, que l'on surnommait à l'époque la Petite Russie, et maestro a dédié ce moment au peuple ukrainien, plongé dans la tourmente.
Le Concerto no 1 de Rachmaninov avec Alain Lefèvre est repris jeudi matin à 10h30, à la salle Louis-Fréchette du Grand-Théâtre. «Si j'étais vous, je reviendrais demain (jeudi) pour vois si on va avoir nos deux mesures manquées... et moi, je vous garantis qu'on va les avoir!» a d'ailleurs invité le chef Stéphane Laforest.
Curieux d'aller vérifier?