Selon Karen Greenberg, Ahmed Abbassi sonne le glas d'une pratique discutable qui a fait son temps plus de 10 ans après les attentats meurtriers du 11 septembre 2001.

Ahmed Abbassi pourra retourner en Tunisie

Après 15 mois derrière les barreaux américains, Ahmed Abbassi pourra retourner chez lui en Tunisie, au grand bonheur de sa famille qui a poussé un énorme soupir de soulagement mercredi lorsqu'elle a appris que l'ex-étudiant de l'Université Laval (UL) arrêté il y a plus d'un an à New York pour des accusations de terrorisme a plutôt été condamné pour la totalité du temps déjà passé en détention préventive après avoir fraudé l'immigration.
«C'est une journée exceptionnelle! Toute la ville où nos parents habitent [à Sbihka, au sud de Tunis] fête, tout le monde est dehors à pousser des cris de joie», s'est exclamée mercredi en fin de journée la soeur du jeune homme de 27 ans qui habite à Québec mais qui est en contact avec sa famille à l'étranger. «On était certain depuis le début qu'il serait libéré», a poursuivi Mme Abbassi, qui préfère taire son prénom.
Son frère, qui poursuivait ses études de deuxième cycle en génie chimique à l'UL avant son arrestation en mai 2013, est toujours détenu en attendant sa déportation en Tunisie. Il est trop tôt pour dire ce qu'il fera une fois là-bas, à savoir s'il tenterait notamment de revenir au Canada. «Pour l'instant, ce qui compte pour sa femme, mes parents et ses amis, c'est de revoir Ahmed», a fait valoir sa soeur, qui insiste pour réitérer l'innocence de son frère. «À chaque fois qu'il nous parlait, il nous disait qu'il n'avait jamais causé de mal à personne et que ce qui était dit dans les médias, c'était 1 % de l'histoire.»
Les procureurs américains alléguaient qu'Abassi avait l'intention de commettre des actes terroristes, qu'il avait monté un réseau terroriste et radicalisé un compatriote, le Montréalais Chiheb Esseghaier.
Mais dans les documents de détermination de la peine, les avocats de l'accusé ont plaidé que même si leur client avait exprimé des opinions radicales, il n'en demeure pas moins qu'il avait résisté aux plans d'Esseghaier.
Selon Me Sabrina Shroff, Chiheb Esseghaier a été incapable de convaincre Ahmed Abbassi de participer à ses projets. Il est devenu si frustré par ces refus qu'il a taxé Abbassi de faux musulman «inutile à la cause».
Les accusations de terrorisme qui pesaient contre Ahmed Abbassi ont finalement été abandonnées, faute de preuves solides. Il a cependant plaidé coupable à des accusations réduites en matière d'immigration.
Les procureurs américains ne nient pas que l'accusé a refusé de participer au complot présumé élaboré par Esseghaier «de façon répétitive» et qu'il a commis des infractions en matière d'immigration «en partie» parce qu'il voulait rejoindre sa femme au Canada, mais ils soutiennent malgré tout qu'il est «beaucoup plus dangereux» qu'un simple contrevenant.
Avec La Presse Canadienne