Frank Tremblay a aussi invité toutes les victimes de crimes sexuels commis par les membres du clergé à briser le silence et à entreprendre des procédures judiciaires pour obtenir réparation, même si elles sont longues et qu'elles l'ont personnellement anéanti.

Agressions sexuelles: Frank Tremblay demande la fin du délai de prescription

Au lendemain de sa victoire contre les Rédemptoristes, la victime Frank Tremblay demande au gouvernement d'abolir le délai de prescription dans les causes d'agressions sexuelles. Avec l'appui de l'ex-ministre de la Justice Marc Bellemare, il exhorte aussi le cardinal Gérald Cyprien Lacroix à rencontrer les victimes, à l'image du pape François, et à cesser d'invoquer la prescription.
Frank Tremblay a obtenu gain de cause, jeudi, dans son recours collectif contre la congrégation des Rédemptoristes. Le juge Claude Bouchard, de la Cour supérieure, a cru les victimes d'abus sexuels commis au Séminaire Saint-Alphonse de Sainte-Anne-de-Beaupré, entre 1960 et 1987, et leur accorde un minimum de 5,2 millions $ en dommages.
La validité du recours collectif intenté par Frank Tremblay reposait en grande partie sur le délai de prescription. La loi prévoit qu'une victime peut poursuivre son agresseur après le délai de prescription de trois ans seulement si elle démontre son impossibilité d'agir.
M. Tremblay demande maintenant à la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, d'abolir ce délai «ignoble qui ne sert que les abuseurs».
«Le délai de prescription est l'argument des faibles», renchérit l'avocat et ex-ministre Marc Bellemare, qui souligne que le Québec est la seule province au Canada à toujours demander aux victimes de sévices sexuels de prouver qu'elles ne pouvaient poursuivre leur agresseur auparavant.
Frank Tremblay demande également au cardinal de Québec, Mgr Gérald Cyprien Lacroix, de cesser d'opposer le délai de prescription aux poursuites intentées par les victimes, comme il l'a fait lors du procès de France Bédard contre l'archevêché de Québec.
«Mgr Lacroix ne prêche pas les vertus de Jésus lorsqu'il encourage la ligne dure contre les victimes, les avocats à grands frais et les procès interminables qui les épuisent et les humilient», soutient celui qui a aussi dû prouver que sa cause contre les Rédemptoristes n'était pas prescrite.
Frank Tremblay incite les fidèles de l'Église catholique à ne plus rien donner à la quête et à ne pas payer la dîme tant que le cardinal Lacroix ne s'engagera pas publiquement à cesser d'invoquer le délai de prescription dans des causes d'agressions sexuelles impliquant des prêtres. «Le boycott est primordial pour ne pas que d'autres individus vivent la même chose que j'ai vécue», dit-il.
Une autre victime de prêtre, Pierre Bolduc, aimerait rencontrer personnellement Mgr Lacroix, ce qui lui a été refusé en juin. Il rapporte que la réponse du cardinal débutait par «La paix soit avec vous!» «Comment voulez-vous que je sois en paix? Son patron [le pape François] a rencontré six victimes la semaine dernière et a sommé les évêques du monde entier à faire la même chose. Il se prétend le cardinal du peuple, mais il ne veut pas nous voir. C'est quel peuple qu'il veut avec lui?» questionne M. Bolduc.