«Je suis allé jusqu'au bout du processus judiciaire», dit Me Fortin qui tente de faire la lumière sur l'affaire Coffin.

Affaire Coffin: les témoignages à huis clos demeureront secrets jusqu'en 2064

L'avocat à la retraite et chercheur Clément Fortin ne pourra finalement pas lire les transcriptions sténographiques des témoignages entendus à huis clos en 1964 devant la commission Brossard dans l'affaire Wilbert Coffin, ce prospecteur minier pendu en 1956 pour le meurtre de trois chasseurs américains en 1953 en Gaspésie.
À moins d'un revirement de la situation ou d'un changement dans la loi, voire de son interprétation, il ne pourra pas consulter de son vivant ces documents tenus secrets, puisqu'ils ne pourront être rendus publics qu'en 2064, soit 100 ans après la date de leur création.
Le juge Martin Hébert, de la Cour du Québec, vient d'infirmer la décision de la Commission d'accès à l'information du Québec rendue le 10 décembre 2007. Celle-ci avait autorisé Me Fortin à consulter les quelques centaines de pages du fonds de la Commission royale d'enquête sur l'affaire Coffin présidée par le juge Roger Brossard.
Selon le juge Hébert, la Commission d'accès à l'information a erré dans l'interprétation d'un article de la loi et a excédé sa compétence en autorisant l'accès à des témoignages rendus à huis clos devant la commission Brossard.
Toutefois, le magistrat estime que le débat soulevé par Me Fortin traite d'une question rarement abordée par la jurisprudence et fort légitime dans la mesure où elle est motivée à des fins de recherche. Dans cette perspective, il ne lui est pas paru opportun de le condamner au paiement des frais judiciaires.
Trop beau pour être vrai!
«Je suis allé jusqu'au bout du processus judiciaire», dit Me Fortin, qui tente de faire la lumière sur l'affaire Coffin. «La balle est maintenant dans le camp du législateur. Il doit rédiger des lois que ses fonctionnaires comprennent et veillent bien à les appliquer. Les juges doivent aussi les interpréter de façon à respecter le but poursuivi par le législateur.»
Quand la Commission d'accès à l'information l'a autorisé à consulter les témoignages, Me Fortin a estimé que «c'était trop beau pour être vrai!» Comme de fait, la Bibliothèque nationale et les Archives nationales du Québec ont interjeté appel de cette décision devant la Cour du Québec.
Il s'est d'ailleurs dit stupéfait de cette position, d'autant plus qu'il ne s'attendait pas à trouver de révélations fracassantes dans les témoignages livrés à huis clos, compte tenu de ce qu'il a déjà lu «entre les lignes» dans les documents publics.
Passionné d'histoire, Me Fortin a entre autres publié le docu-roman L'affaire Coffin : une supercherie dans lequel il affirme que le jury ne s'était pas trompé en envoyant Wilbert Coffin à la potence. Depuis 2007, il est l'auteur d'un blogue en préparation du deuxième tome de l'affaire Coffin. Clément Fortin a exercé en cabinet privé, a été professeur à l'Université de Sherbrooke et a dirigé l'École du barreau et la formation permanente des avocats.