Michel Nadeau et Marie-Josée Bastien, auteurs et metteurs en scène de la pièce Act of God présentée au Théâtre Périscope de Québec.

Act of God: racines de la catastrophe

La création peut prendre racine là où on l'attend le moins. Pour Act of God, le tandem formé par Michel Nadeau et Marie-Josée Bastien est allé puiser au coeur de la catastrophe... et d'une théorie de biologie forestière.
Le lien peut sembler étrange, mais la métaphore est puissante. En pleine période de création collective avec les membres du Théâtre Niveau Parking, Lorraine Côté est arrivée avec un article parlant d'une chercheuse en Abitibi, Annie DesRochers, qui a découvert que contrairement à ce qu'on pense, les arbres ne luttent pas l'un contre l'autre pour survivre. «Annie DesRochers a déterré une portion de forêt pour découvrir que non seulement toutes les racines étaient entrecroisées, entremêlées, comme on s'y attendait, mais qu'en plus, 75 à 80 % des racines étaient fusionnées, même entre les arbres d'une espèce différente», raconte Michel Nadeau. «Ce qui fait que quand on coupe un arbre, la sève des autres qui n'ont pas été coupés va aider la souche restante. On pensait que les arbres se faisaient la compétition pour la nourriture, pour la lumière, mais non, il s'agit plutôt d'un système de coopération très complexe», poursuit-il.
L'image était là, toute prête à soutenir la création du tandem d'auteurs qui plonge au coeur de la notion de catastrophe. Dans Act of God, deux couples d'amis vivent dans le même duplex. Une tragédie viendra faire éclater leurs vies. Au fil de l'histoire se tissera un réseau de liens avec d'autres personnages, plus ou moins proches de leur vie. «Nos sept personnages sont comme des arbres. Extérieurement, on dirait qu'ils sont indépendants, mais en dessous, ils sont liés. La pièce parle de la catastrophe, mais c'est un prétexte. Au final, ça parle surtout des liens qui nous unissent, des liens visibles et conscients, et des liens invisibles et inconscients. Un peu comme les racines sous la terre», explique Michel Nadeau.
Le résultat est une oeuvre chorale, un peu à l'image des films Babel et 21 grammes d'Alejandro Inarritu, explique Marie-Josée Bastien. Dans un décor qui rappelle une structure de maison déséquilibrée, inspiré par les photos des maisons dévastées par l'ouragan Katrina, les scènes se répondent en contrepoint, précise l'auteure et metteure en scène. «Chaque acteur joue un personnage principal, mais aussi des figurants dans les histoires des autres personnages», révèle Marie-Josée Bastien. «On parle beaucoup de l'humanité. La réponse à la catastrophe, elle est dans l'autre, continue-t-elle. On vit tous des drames, on essaie de s'en sortir du mieux qu'on peut, avec l'aide des autres, ou encore on essaie d'aider les autres.» Michel Nadeau complète : «On est dans la bienveillance. [...] La nature essaie toujours de réparer, de retrouver un équilibre. C'est un mouvement naturel.»
Il s'agit d'une première vraie création en tandem pour les deux auteurs, même s'ils travaillent ensemble depuis des années. Une sorte de challenge qu'ils se sont lancé, et dont le résultat s'est avéré fructueux. «Ça nous a permis d'utiliser les forces de chacun», note Marie-Josée Bastien. Pour ce qui est de la mise en scène, chacun a eu un rôle bien défini. «Marie-Josée était plus micro, j'étais plus macro», explique Michel Nadeau. «C'était intéressant d'en avoir un qui avait du recul quand l'autre était plongé dans la création», conclut-il.
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Provoquer le chaos
Dans leur nouvelle création, Michel Nadeau et Marie-Josée Bastien se sont intéressés à une oeuvre d'un psychologue de Québec, Jean-François Vézina, Danser avec le chaos. Et plus particulièrement à l'archétype du trickster. «Le trickster, c'est un personnage qui peut prendre plusieurs formes, mais qui va provoquer la catastrophe, qui va provoquer le déséquilibre pour faire sortir le côté sombre du protagoniste, pour mettre à jour les choses que l'on cache», explique Michel Nadeau. «Un peu comme le Joker avec Batman», image-t-il. Dans leur pièce, le trickster a pris les traits d'une jeune adolescente «qui frôle la catastrophe, qui bouscule l'histoire de tout le monde, mais qui au final aura un rôle utile», analyse le metteur en scène. «On ne sait pas grand-chose d'elle, et c'est volontaire», continue Marie-Josée Bastien. «C'est comme un personnage caméléon qui se colle aux autres. Elle provoque toutes les histoires pour ensuite les réaligner, pour que quelque chose arrive de positif», termine la femme de théâtre.
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À l'affiche
Titre : Act of God
Texte : Marie-Josée Bastien et Michel Nadeau
Mise en scène : Marie-Josée Bastien et Michel Nadeau
Interprètes : Véronika Makdissi-Warren, Caroline B. Boudreau, Charles-Étienne Beaulne, Danièle Belley, Maud de Palma-Duquet, Hugues Frenette, Christian Michaud
Salle : Périscope
Dates : du 11 mars au 5 avril
Synopsis : Un photographe de guerre vivant du malheur des autres. Une jeune femme recherchant la catastrophe, quitte à la provoquer. Une femme travaillant à Info-Suicide. Deux couples dont l'amitié éclate à la suite d'une tragédie. Un vendeur d'assurances dont la vie est d'une linéarité absolue. Leurs destins se croisent et se décroisent au coeur de la catastrophe.