Lorsque la pièce commence, deux acteurs dans une salle de répétition s'apprêtent à se glisser dans la peau de Laurel (Maxime Gaudet­te) et Hardy (Patrice Dubois).
Lorsque la pièce commence, deux acteurs dans une salle de répétition s'apprêtent à se glisser dans la peau de Laurel (Maxime Gaudet­te) et Hardy (Patrice Dubois).

Abraham Lincoln va au théâtre: un tour de force!

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
Le Périscope a eu la main heureuse en invitant Abraham Lincoln va au théâtre, une production du théâtre PàP. La brillante pièce de Larry Tremblay est un véritable tour de force, servie par une rigoureuse mise en scène de Claude Poissant et de fabuleux acteurs. Sa vision de l'Amérique, des rapports humains et du théâtre fait autant rire que réfléchir.
Lorsque la pièce commence, deux acteurs dans une salle de répétition s'apprêtent à se glisser dans la peau de Laurel (Maxime Gaudette) et Hardy (Patrice Dubois). Le célèbre duo burlesque doit recréer la mort d'Abraham Lincoln (Benoît Gouin), le 16e président des États-Unis, assassiné par un acteur. Le texte de Tremblay ressemble à une poupée russe. Cette pièce en cache une autre, qui en cache une autre...
De la même façon, sous le masque des pitreries des acteurs - on rit beaucoup dans cet univers caustique à l'humour décalé - se révèlent peu à peu les véritables drames humains des relations basées sur un rapport sado-masochiste. Comme s'il y avait toujours un dominant et un dominé, et entre les deux, la vaste gamme des émotions.
En parallèle, sans avoir l'air d'y toucher, Tremblay en profite pour régler ses (nos) comptes avec l'Amérique en empruntant à l'une de ses principales composantes à fabriquer le mythe : le divertissement. Brillant!
Le prétexte de l'assassinat de Lincoln n'est pas fortuit. C'est la profonde fracture de l'esclavage, entre le Nord et le Sud, les riches et les pauvres, la droite et la gauche qui continuent de diviser la société américaine. C'est sa violence intrinsèque.
Mise en scène redoutable
Ce qui pourrait être un fastidieux exercice de style devient au contraire de fascinants allers-retours entre la réalité et la fiction, le vrai et le faux que contient toute représentation. La mise en scène de Poissant le rend possible en étant d'une efficacité redoutable. Par de simples permutations de son trio d'acteurs, il réussit à maintenir la tension et l'attention.
Il faut dire que les remarquables performances de ceux-ci commandent le respect. Ils naviguent entre leurs divers personnages avec beaucoup de doigté, ce qui n'est pas évident puisqu'ils passent parfois de l'un à l'autre dans la seconde.
Au final, Abraham Lincoln va au théâtre est d'une redoutable efficacité. Les spectateurs y vivent une exaltante et ludique expérien­ce théâtrale. Si vous ne devez voir qu'une seule pièce cet automne, ce pourrait bien être celle-là.
Abraham Lincoln va au théâtre est à l'affiche du Théâtre Périscope jusqu'au 17 octobre.