Alex Harvey a abandonné la course après 10 km.

Abandon d'Alex Harvey: une débâcle à oublier chez les cousins Hamelin

La dernière fois qu'il a passé à l'intérieur du stade, c'était pour aller y ramasser son sac à dos! Avec encore cinq kilomètres à parcourir, Alex Harvey a abandonné l'épreuve de 15 km en style classique, vendredi au Centre Laura de ski de fond, afin de ne pas s'enliser à l'approche de la dernière chance qu'il lui reste de grimper sur le podium.
Pour une deuxième fois en trois courses, l'équipe canadienne n'a pas trouvé la bonne recette à appliquer sous les skis de Harvey, Devon Kershaw (35e) et Ivan Babikov (39e). «Je n'aurais pas eu un bon résultat et la seule chose que je pouvais faire, c'était de creuser un profond trou dans le sol et de ne pas m'en sortir», expliquait Harvey après son abandon.
Cinq jours après sa victoire en skiathlon, c'est le Suisse Dario Cologna (38:29,7) qui a remporté l'or. Il a devancé le Suédois Johan Olsson par 28,5 secondes et son compatriote Daniel Richardsson par 38,8 secondes. Cologna avait déjà glané l'or à Vancouver sur le 15 km style libre.
Harvey s'est vite aperçu que la journée ne se passerait pas comme il l'espérait. «J'avais commencé à penser décrocher et vers le 10e km, [le Kazakh] Poltoranin m'a dépassé et j'ai instantanément perdu 15 secondes sur lui. Après, j'ai eu un regain d'énergie en suivant [le Norvégien] Jespersen, qui a fini sixième, jusqu'à ce qu'il me prenne 10 mètres dans une descente miniature et j'ai dit à Justin [Wadsworth, l'entraîneur], ça ne donne rien : je perds trop de temps dans les descentes», résumait-il à propos de la décision.
Mauvais skis, mauvaise cire
En bout de ligne, un mauvais choix de cire, mais aussi de skis, confirmait le principal intéressé qui ne cachait pas que le niveau de frustration était à la hausse dans l'équipe, autant chez les athlètes, les entraîneurs que les techniciens.
«Il s'agit d'un mélange des deux [cire et skis]. Quand j'ai testé mon équipement, j'avais confiance. C'est frustrant, mais il ne faut pas le rester. Il ne faut pas se laisser abattre. On a réussi à mettre tous les éléments en place une dizaine de fois par saison en Coupe du monde, ce n'est pas si difficile que ça. Là, ça adonne qu'on ne l'a pas fait dans nos trois premières. On se dit qu'il est impossible de rater toutes les courses de classique techniquement, que la loi de la moyenne va finir par jouer pour nous», notait-il sur les raisons de la débâcle.
Pour l'instant, l'équipe n'a pas produit en trois occasions. À part sur papier, elle n'a pas menacé les canons du circuit.
Comment se changer un peu les idées lorsque le doute s'installe? «On va regarder les autres Canadiens gagner plein de médailles... Ç'a l'air que les frères Hamelin sont mes cousins [selon une recherche du site ancestry.ca]», a dit Harvey au sujet des patineurs de vitesse sur courte piste. «Je vais regarder mes cousins gagner une médaille», a-t-il ajouté avec un petit sourire qui laissait deviner que la situation avait assez duré.
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Wadsworth doit gérer la frustration
L'heure n'est pas à la rigolade chez l'équipe canadienne de ski de fond, confirme l'entraîneur-chef Justin Wadsworth. Pendant que les filles en arrachent, les gars n'ont pas les skis pour rivaliser avec le plateau relevé de Sotchi, comme l'a démontré l'abandon d'Alex Harvey au 15 km de vendredi.
«Je ne le cacherai pas, l'atmosphère n'est pas à son meilleur. Le ski de fond est une science et les athlètes doivent savoir qu'ils ne sont pas responsables. D'un autre côté, les techniciens font tout ce qu'ils peuvent pour trouver une solution aux problèmes, ils sont aussi frustrés qu'eux.» Selon Wadsworth, les résultats en deçà des attentes ne sont pas liés à la condition physique de ses protégés. «Alex était en bonne forme, il était capable de pousser dans les montées, mais la cire d'adhérence ne lui permettait pas d'être rapide dans les descentes. Ce n'est pas un problème d'application de cire, mais bien de choisir la bonne. Il se pourrait aussi que nos skis d'essai soient trop rigides, peut-être qu'on devrait en utiliser des moins durs.»
Pendant ce temps, d'autres pays n'ont pas de misère à bien chausser leurs fondeurs, comme la Norvège (sept médailles, dont trois d'or), la Suède (7) et la Suisse (le doublé doré de Dario Cologna). «On ne peut pas vraiment savoir ce qu'ils font, nous avons tous nos technicalités. Présentement, on est pris avec notre problème, à nous de nous en sortir.
«Les gars se sentent bien, mais ça commence à être dur à vivre. Ils doivent se demander comment seront leurs skis, la prochaine fois, surtout que je ne vois pas de refroidissement dans l'air», indique le mari américain de la Canadienne Beckie Scott, médaillée d'or de 2002.