Le Néerlandais Sven Kramer.

À surveiller: Sven Kramer à la chasse de ses démons

À 27 ans, Sven Kramer est souvent présenté comme le meilleur patineur de vitesse longue piste de l'histoire. Premier athlète de la discipline à conquérir six titres de champion du monde toutes distances, premier homme à conserver son titre olympique du 5000 m depuis le Suédois Tomas Gustafson (1984 et 1988) et détenteur de cinq médailles olympiques (deux or, une argent, deux bronze), le Néerlandais peut égaler d'ici la fin des Jeux de Sotchi le record de sept médailles du patineur finlandais Clas Thunber (1924 et 1928). Mais mardi au 10 000 m, il a surtout une revanche à prendre sur le destin.
23 février 2010, Vancouver. Déjà médaillé d'or au 5000 m, Kramer a les larmes aux yeux après avoir fini bon premier au 10 000 m. Ce ne sont toutefois pas des larmes de joie. Il vient d'apprendre sa disqualification à la suite d'une gaffe inexplicable de son entraîneur, qui l'a dirigé vers le mauvais corridor vers la fin de l'épreuve.
Après avoir signé le 8 février un record olympique - 6:10,76, sept secondes de plus que son record du monde - et défendu avec succès son titre au 5000 m en présence du roi, de la reine et du premier ministre de son pays, Kramer se lance donc aujourd'hui (8 h, heure du Québec) à la chasse de ses démons olympiques.
Car Vancouver n'est pas la seule ombre à son tableau. Encore adolescent à Turin en 2006, il avait coupé la ligne pendant la poursuite par équipes et entraîné la disqualification des Néerlandais, grands favoris de l'épreuve. Deux jours avant le 1500 m de Sotchi couru samedi dernier, Kramer avait d'ailleurs annoncé qu'il renonçait à la distance pour se concentrer sur le 10 000 et la poursuite (finale le samedi 22 février).
Misant sur des qualités physiques hors normes développées en pratiquant aussi le cyclisme sur route, Kramer (6'2'', 183 lb) ne se déplace jamais sur le circuit des Coupes du monde sans son technicien personnel. D'autres filment tous ses entraînements pour analyser les moindres détails. «Sven patine relâché. Il peut partir à fond et réussir encore à accélérer. Des talents comme ça, il y en a un par génération. C'est de l'ordre d'un Nadal ou d'un Zidane», a confié au journal L'Équipe le patineur français Alexis Contin au début des Jeux.
Kramer est professionnel jusqu'au bout des lames, s'impatientant devant l'amateurisme des autres. En témoigne sa réaction à Vancouver lorsqu'une journaliste de NBC lui avait demandé, pour des besoins d'archivage, de s'identifier, de nommer sa discipline et d'indiquer son épreuve après sa victoire au 5000 m. «Êtes-vous stupide? Oubliez ça, je ne ferai pas ça!» Une réponse qui avait fait les beaux jours de YouTube à l'époque.
Sources : Agence France-Presse, L'Équipe, La Presse